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5.0 étoiles sur 5 Sextet en mode majeur, 24 juillet 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Miles Davis At Newport (1958) (CD)
JAZZ À NEWPORT
Le 60e anniversaire de ce fameux festival approche à pas de géants du jazz. Créé par le couple Lorillard associé à l’impresario George Wein, 88 ans aux châtaignes et toujours fringuant organisateur, «Jazz at Newport» démarre sa première session en 1954 sur les chapeaux de roue avec la crème de la crème: «Modern Jazz Quartet», Dizzy Gillespie, Gerry Mulligan, Oscar Peterson, Errol Garner, Lennie Tristano ou Lee Konitz sont de la partie et c’est Ella Fitzgerald qui termine cette première édition. Pas mal pour un début. C’est l’année 1956 qui va donner ses lettres de noblesse au festival. Se produisent, entre autres, Count Basie, Charlie Mingus, Louis Armstrong, Art Blakey et ses «Jazz Messengers», Donald Byrd, Kai Winding and J.J. Johnson, Miles Davis (dont c’est déjà la 2e participation)… Tout ce beau monde sur deux jours, ça fait rêver l’amateur de concerts de jazz. Mais, car il y a un mais… ce n’est pas le plus décisif pour le festival. C’est aussi le grand retour du Duke et de sa troupe après une période de vaches maigres. Le dernier jour, un samedi 7 juillet à marquer dans les annales, Duke Ellington fait exploser les compteurs de l’applaudimètre. Plus de deux heures de musique où le pianiste-leader présente au fil des morceaux ses musiciens et annonce leurs soli vertigineux. Tous les cuivres sont au sommet, de l’impassible Johnny Hodges au pilier Quentin Jackson, en passant par le punchy Clark Terry, le surdoué Ray Nance ou le haut-voltigeur «Cat» Anderson. La rythmique se déchaîne sur «Diminuendo In Blue And Crescendo In Blue» quand soudain, titillé par le piano de son leader, le virtuose saxophoniste Paul Gonsalves se lance dans un solo prodigieux de plus de six minutes. Le public ovationne, rugit, on est proche de l’émeute et ce diable de «Cat» Anderson en rajoute une couche de «screaming», une spécialité maison et suraiguë du trompettiste. La légende du jazz s’installe à Newport, tranquille station balnéaire.

LE CONTEXTE DE «MILES DAVIS AT NEWPORT 1958»
C’est dans ce contexte flamboyant que Miles Davis revient deux ans plus tard avec la ferme intention de réaliser un show aussi bon que son aîné pianiste. La tâche s’annonce rude, sachant que le trompettiste a déjà réalisé son propre solo d’anthologie en 1955 sur «‘Round Midnight», et que, surtout, son premier grand quintet bat de l’aile. Créé en 1955, son ensemble majeur subit désillusion sur désillusion.
C’est d’abord John Coltrane qui est viré car Miles ne supporte plus ses problèmes de drogue et d’alcool. Puis c’est au tour du batteur Philly Jo Jones, congédié par le trompettiste ou exaspéré par l’ambiance délétère entre les deux cuivres (les témoignages divergent), de quitter le groupe. Et enfin c’est le pianiste Red Gardland qui subit les foudres du leader en étant à son tour débarqué. Reste le contrebassiste Paul Chambers mais lui aussi est accro à l’héroïne. Difficile pour Miles de respecter ses engagements mais sa carrière, déjà longue de quinze années, a déjà connu les montagnes russes. L’une de ses qualités, et les dieux du jazz savent qu’elles sont nombreuses, est sa clairvoyance. Il est capable de repérer en un clin d’oreille les meilleurs musiciens. Il a déjà embauché fin 1957 le «parkérien» et jubilatoire Cannonball Adderley. Ce dernier lui conseille Jimmy Cobb, un batteur autodidacte et fougueux que le saxophoniste alto a fait travaillé sur ses propres opus. Miles Davis mise aussi sur un nouveau venu, Bill Evans, musicien blanc (qui subira les quolibets de toutes sortes concernant la couleur de sa peau mais tiendra le choc racial) et grand spécialiste de Musique classique. Le quintet est au complet et l’année 1958 s’annonce sous de bons auspices. Quintet? Un sextet plutôt car John Coltrane est de retour et en pleine forme, complètement débarrassé de ses addictions.
«À nous six, Newport!»

LE SEXTET
Miles Davis (trompette), John Coltrane (saxophone ténor), Cannonball Adderley (saxophone alto), Bill Evans (piano), Paul Chambers (contrebasse), Jimmy Cobb (batterie)

LES SIX MORCEAUX DE L’ALBUM (40 minutes 22)
La prise de son du concert plutôt moyenne donne une qualité numérique relativement sourde voire, par moments, étouffée. Mais passons.
La fin de l’après-midi de ce trois juillet approche. Willis Connover présente tous les membres du sextet en deux minutes.

1. «Ah-Leu-Cha» (5 minutes 53)
Le concert débute par une célèbre composition Bebop que Charlie Parker a écrite dix ans plus tôt et que Miles et son premier quintet ont enregistré en studio en octobre 1955 pour son incontournable «‘Round About Midnight». Un titre de Bird qui ne peut que réjouir l’altiste Cannonball.
Le ton est immédiatement donné par l’unisson des cuivres. Le tempo moyen d’origine se transforme en rythme trépidant et Jimmy Cobb se déchaîne déjà sur ses fûts au bout de six secondes. Un solo de Miles? Interrompu par un déluge de coups de boutoir. Le trompettiste a fort à faire avec son batteur. Le dialogue entre nos deux tourtereaux n’en est que plus savoureux. Suit le solo de John Coltrane qui, fort de ses derniers enregistrements en tant que leader, place la barre de l’improvisation des entrelacs de notes à une hauteur incroyable. En arrière-plan sonore, Bill Evans soutient le saxophoniste par des interventions discrètes mais efficaces. Ses débuts avec Miles s’annoncent prometteurs. Le plus étrange dans ces quatre premières minutes de concert? Que le «beboppeur» Adderley suive le chemin de l’improvisation. Bien sûr, son style est plus rond et très bluesy mais les leçons Hard bop qu’il a tiré de son magnifique album «Somethin’ Else» (sur lequel Miles intervient comme sideman) ont été retenues.
«Ah-Leu-Cha» se termine par un court solo du trompettiste que le batteur fou se permet encore de dynamiter. Décidément, ce Jimmy Cobb est tempétueux et sa machine à explosion a lancé le train du sextet à vive allure.

2. «Straight, No Chaser» (8 minutes 48)
Un autre grand standard, signé cette fois-ci par Thelonious Monk en 1951, que Miles maîtrise à merveille et qu’il a gravé au mois de février 58 pour son opus «Milestones», chef-d’œuvre qui introduit le Jazz modal.
Miles Davis raffole des standards pour ses concerts et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’aime pas les hommages sages et respectueux. Pour l’amorce de ce classique, on sent tout de suite que l’interprétation du sextet ne sera pas tendre avec le matériau mélodique.
Un Blues? Unisson des cuivres impeccable. Seulement ce diable de Jimmy Cobb ne l’entend pas de cette oreille. L’envie de jeter un sort à Monk, lui-même magicien du jazz? Badaboum! Le remplaçant de Philly Jo Jones ne fait pas dans la dentelle fluide. Bill Evans contrebalance dans l’élégance du phrasé. Le solo de Miles oscille entre nonchalance et lyrisme haut perché. Il termine sur un motif populaire de gospel et… Aie! Fausse note. Ce qui a le mérite de réveiller John Coltrane qui s’était assoupi comme en hommage au somnolant Paul Gonsalves. Poussif le Trane, Jimmy Cobb l’attend et puis c’est parti pour les arabesques et les volutes modales. Sentant le ténor un peu à la rue de la rythmique, Cannonball Adderley prend le relais pour une prestation chaleureuse et sphérique. Mais la révélation de ce morceau est sans conteste Bill Evans qui réalise un solo d’une grande fraîcheur, assez loin du créateur de «Straight, No Chaser». Son style, si on peut parler de style chez Evans, est à la fois aérien, lorsqu’il effleure son clavier, et profond, quand il déploie ses gammes complexes, héritage de sa formation classique. La confirmation de ce moment live? Paul Chambers qui effectue le solo le plus long. Cette performance prodigieuse du contrebassiste est bien différente de ce qu’il avait fait pour l’album en studio. Elle se situe dans une sorte de swing grave merveilleux qui permet au sextet de terminer en beauté. Le public semble enfin sortir de la torpeur moite de l’été 58.

3. «Fran-Dance» (7 minutes 14)
Une composition très récente de Miles Davis puisqu’il vient de l’enregistrer en mai de la même année et avec le même sextet.
La conclusion explosive de «Straight, No Chaser» incite Miles Davis à prendre les choses en main. Sa déclaration lyrique est superbe d’intensité et parvient à canaliser sa section rythmique. Après deux morceaux de bon goût, le levain musical commence à naître. Rassuré par les qualités étranges du jeu de Bill Evans, John Coltrane se sent pousser des ailes, d’abord en suivant le sillon lyrique de son leader puis en produisant des rafales de notes foudroyantes. Il cachait bien son jeu, le Trane. La suite est tout aussi fantastique avec son jumeau Adderley à tel point que l’on a du mal à distinguer leur sonorité et leur phrasé respectifs. Le solo de Bill Evans, épaulé par les pulsations de la contrebasse et les effleurements de la batterie, n’a rien à envier aux cuivres. C’est dans un premier temps étincelant de fluidité puis, nonchalamment, le pianiste glisse çà et là quelques thèmes introspectifs. Ces instants suspendus préfigurent le Bill Evans qui s’épanouira sur le plan musical avec ses deux compères Scott LaFaro et Paul Motian. Miles conclut l’affaire par un second solo flamboyant. Sept minutes de jazz intense.

4. «Two Bass Hit» (4 minutes 11)
Ce titre est une composition de 1947 signée du pianiste John Lewis pour son leader-trompettiste Dizzy Gillespie. Celui-ci a d’abord été le mentor de Miles Davis puis est devenu un concurrent sérieux quand Miles s’est aguerri et a voulu asseoir ses ambitions artistiques. Néanmoins Gillespie a toujours témoigné un profond respect pour son cadet qui, tardivement, a fini par comprendre que cette histoire d’ego était ridicule. Début mars 1958 en studio, Miles rend un bel hommage à Gillespie et à Lewis en enregistrant «Two Bass Hit» sur «Milestones». Et cette version live?
Le rythme impulsé par Jimmy Cobb est frénétiquement chaotique. Miles Davis, lui-même, est remonté comme le coucou de mars. Le tempo Bebop de Gillepsie s’est mué en Hard bop rageur. Comme depuis le début du concert, John Coltrane démarre en marche arrière mais, cette fois-ci, son jeu hésitant ne dure que quelques notes. La suite de son solo est une fantastique chevauchée que son compère batteur accompagne dans un déluge de coups de caisse claire. Le saxophoniste ténor réalise un véritable morceau de bravoure. Près de trois minutes de torrents sonores ininterrompus, alternant fluidité mélodique et rupture harmonique. Que reste-t-il aux quatre autres musiciens? Rien ou pas grand-chose. Leurs instruments pour pleurer, d'abord d’une joie qui souligne la performance, puis d’une tristesse rageuse qui se plaint de ne pas pouvoir suivre en solo le rythme de Coltrane-Cobb. Nos deux phénomènes ne vont d’ailleurs s’arrêter en si bon chemin puisqu’ils enregistreront ensemble le peu connu mais excellent opus «Coltrane Jazz» et surtout le titre «Naima» pour «Giant Steps», album qui va propulser Trane dans la 4e dimension modale.
Et l’hommage à Dizzy Gillepsie? Pulvérisé. Réduit en cendres. Envolé en fumées.

5. «Bye Bye Blackbird» (9 minutes 11)
Un très grand classique composé en 1926 par Ray Henderson et gravé par Miles sur son toujours incontournable «'Round About Midnight».
Superbe introduction de Bill Evans aux accents étrangement classiques et qui contraste avec celle très bluesy de Red Garland, le pianiste de l'album de 1955. La performance qui suit est à la hauteur du pianiste. Le solo de Miles est aussi très différent de la prise en studio. L’aspect feutré et nonchalant disparaît pour laisser la place à un rythme plus heurté, plus tranchant, le Hard bop est ici pleinement assumé. Avec une rythmique de métronome, les improvisations punchy succèdent aux envolées lyriques. Puis c'est au tour de Trane, dont le diesel a encore quelques ratés à l’allumage. «Mais non, ce ne sont pas des ratés, semble dire le saxophoniste, c’est comme ça que je prends le train en marche.» Vitesse lente, presque chaotique et puis, brusquement, il surprend tout le monde, même les trois de la rythmique en sont désarçonnés. On comprend mieux pourquoi Miles l’a réintégré dans son ensemble. Son flair musical a décelé que le potentiel de son ténor est énorme et inexploité, que ses capacités d’explorations et d’expérimentations paraissent sans limites. Bye, bye le «Blackbird» de 1955, le nouveau millésime est un grand cru signée Trane. La robe est d’une couleur éclatante, les arômes sont explosifs, les papilles auditives sont submergées par un flot de sensations amères presque rageuses, et la finale est un tournoiement de notes qui passent du grave à l’aigu avec une vélocité telle que l’oreille a du mal à suivre. Il en faut du courage à Bill Evans pour s’engager dans un espace sonore devenu aussi saturé. Le pianiste se jette à l’eau et… coule à pic… pour mieux remonter. Mais sa prestation n’a rien à voir avec le saxophoniste. Lorsqu’Evans sort la tête de l’eau, c’est pour mieux l’incliner sur son clavier. Une posture recroquevillée qui paraît lourde, pesante mais son solo, lui, est aérien, affleure la mélodie, la transforme avec grâce en une improvisation qui se déplace comme une marche légère sur les flots tempétueux coltraniens. Ce pianiste est une véritable découverte pour le public attentiste de la soirée ellingtonienne. Du haut de ses 23 ans, nullement impressionné, tel un patriarche du jazz, Paul Chambers enchaîne magnifiquement sa partie délicatement swinguante qui met tout le monde d’accord. Une dernière inspiration de Miles conclut le morceau en exprimant son bonheur d’avoir trouvé les bons musiciens pour un renouveau musical. Et au fait, où est passé Cannonball Adderley? Il s’est tu d’admiration en pensant goulûment aux prochains enregistrements en studio. Dieu que le jazz est beau.
Certainement le beau moment de cette fin d’après-midi. Et en plus la qualité de l’enregistrement est ici excellente. Le preneur de son s’est aussi réveillé.

6. «The Theme» (2 minutes 49)
Que dire de la conclusion? Fraîche, ludique, humoristique, presque parodique avec ce qui a précédé. Les six musiciens se sont régalés et montrent leur contentement par cet «Au Revoir» jouissif. Ce jeudi est à marquer d’une pierre blanche. Miles a vraiment du flair.

LA SUITE EST ENTRÉE DANS L’HISTOIRE DE LA MUSIQUE
Un an plus tard, on reprend les six mêmes mais le jazz prend une autre tournure.
«Kind of Blue» est né et Miles a oublié de dire merci à Bill mais ça, c’est une autre histoire.
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