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9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 À pleine dents, 13 juillet 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Adam's Apple [Remastered] (CD)
WAYNE SHORTER
Période faste que ces années soixante pour Wayne Shorter. La première partie de la décennie est consacrée à Art Blakey et ses «Jazz Messengers», la seconde au nouveau quintet de Miles Davis qui fera exploser les frontières du jazz. Il est non seulement le cuivre incontournable de ces deux ensembles, l’arrangeur hors pair de standards, l’orchestrateur des sessions en studio, le rassembleur des talents éclectiques qui l’entourent, mais aussi, cerise sur les galettes, un compositeur exceptionnel dont la générosité est sans égal parce que sans ego.
Le plus extraordinaire est la capacité du saxophoniste à absorber tout ce qu’il touche et à le transformer en pépite sonore et trébuchante. À tel point qu’entre 1960 et 1970, il gravera sous son seul nom treize albums, dont six en l'espace de 18 mois, entre la fin avril 1964 et la mi-octobre 1965. «Adam’s Apple» suit ces deux grands millésimes et est publié en 1966.

LE CONTEXTE DE L’ALBUM «ADAM’S APPLE»
Ce disque est le 7e album sur les 11 produits par «Blue Note» durant cette décennie.
Deux journées, les 2 et 24 février, seront nécessaires pour enregistrer les six titres dont cinq sont des compositions de Wayne Shorter.
Cette œuvre est l’une des moins connues de la période «Blue Note», les deux opus «Juju» et «Speak No Evil» ayant éclipsé les autres.
Un septième morceau, composé pour cette session par Herbie Hancock, sera ajouté en 1987 lors de la première mastérisation. Le son du support numérique de 2003 est d'excellente facture.

LE QUARTET
Wayne Shorter (saxophone ténor), Herbie Hancock (piano), Reggie Workman (contrebasse), Joe Chambers (batterie)
Les membres du quartet se connaissent sur le bout des doigts.
Herbie Hancock est son double clavier depuis qu’ils se sont côtoyés sur un concert de Miles Davis. Ils sont devenus dès lors comme les inséparables. Le pianiste a ainsi participé à trois des quatre derniers albums du saxophoniste. Et l’histoire continue jusqu'aujourd’hui.
Reggie Workman a collaboré avec Wayne Shorter sur quatre albums des «Jazz Messengers» dont le fabuleux «Indestructible». Séduit par le jeu ciselé et pénétrant du contrebassiste, Shorter lui réserve deux sessions sublimes dont l’énigmatique «Juju».
Quant à Joe Chambers, le coup de foudre a eu lieu l’année précédente, d’abord sur «Et Cetera» puis sur «The All Seeing Eye», deux disques de Shorter comme leader. Et le trompettiste Freddie Hubbard n’est pas étranger à cette rencontre.
«Adam’s Apple» est une très grande réussite due notamment à l’osmose du quartet, à son énergie communicative et à son apparente fluidité mélodique.

LES SEPT MORCEAUX DE L’ALBUM (48 minutes 25)
1. «Adam’s Apple» (6 minutes 52)
EXPANSIONS JOYEUSES
Et c’est parti pour une rythmique tendance Blues-Funky au tempo rapide.
«Ne vous posez aucune question, les gars. Faites-vous plaisir!» semble dire Wayne Shorter. Il faut dire que sa mélodie chaloupée incite à la ligne droite, à la promenade par temps clair, ciel dégagé. Son solo est lumineux, comme soulagé des tensions orageuses accumulées sur les précédents albums («Speak No Evil»). Pas de tourments, pas d’angoisse existentielle, pas de péché originel. La joie de vivre, respirer, croquer la vie à pleine dents. À la moitié du morceau, les éclats de batterie donnent le signal d’un court moment d’improvisation du saxophoniste puis Herbie Hancock suit le chemin tracé par un solo chatoyant.
Les deux dernières minutes, retour de la mélodie… plus lancinante, plus inquiète, plus tendue… «Wayne, fais comme tu as dit au début. Pas de mystère. Fluide, la narration.» lui indique la rythmique à l’unisson. La structure musicale circulaire est bouclée.

2. «502 Blues (Drinkin’ And Drivin’)» (6 minutes 37)
FLOTTEMENTS TOURNOYANTS
C’est le seul morceau de l’album vinyle que le saxophoniste n’a pas composé. L’auteur est Jimmy Rowles, un pianiste tendance Swing-Cool Jazz. A priori, un univers assez loin de celui de Wayne Shorter.
Les touches cristallines d’Herbie Hancock annoncent la couleur. Blues, et la ballade sera délicate, contemplative. Le solo de Wayne Shorter semble planer au dessus de sa section rythmique. Quelques roulements de tambours, quelques battements de cordes tentent bien de le ramener au sol. Mais c’est peine perdue. Si bien qu’Herbie Hancock se décide à le rejoindre dans un solo d’une sensualité dont il le secret, mais sans empressement, comme un papillon frêle voletant au gré de l’air. Une fois notre duo réuni, l’unisson se fait encore plus léger puis un mouvement s’installe tel une parade amoureuse aux effluves enivrantes.

3. «El Gaucho» (6 minutes 32)
MODULATIONS SYMÉTRIQUES
Cette composition est la mélodie inversée d’«Adam’s Apple», comme si Wayne Shorter avait retourné sa feuille de partitions avec le désir de la jouer en transparence. Mais c’est bien l’un des seuls points communs entre les deux titres.
La section rythmique se lance sur les traces d’une Bossa Nova. Mais comme souvent chez le saxophoniste, les apparences sont trompeuses. Son solo frôle la fluidité des arabesques brésiliennes pour mieux s’en extirper par ses propres volutes musicales qui s’éparpillent à travers l’espace sonore créé par ses comparses. Une manière étrange et originale de vouloir rassembler les instruments par des changements de rythmes virtuoses et décalés. Le solo d’Herbie Hancock est quant à lui magique de créativité. Pendant que sa main gauche joue la mélodie, sa main droite improvise des gammes abstraites pour mieux revenir au Blues de son enfance. Excité par les coups explosifs de Joe Chambers, il déploie son envoûtement musical jusqu’à rejoindre Wayne Shorter pour un unisson enflammé.

4. «Footprints» (7 minutes 32)
FLUCTUATIONS CIRCULAIRES
Ce titre est l’un des grands classiques de Wayne Shorter. Le titre lui va d’ailleurs comme un gant puisque cette empreinte laisse des traces encore aujourd’hui, ayant même donné son nom à un fameux live avec son quartet de ce début de siècle.
Cette ballade en forme de valse modale a la saveur apparente d’une douce mélopée, du moins pendant le premier quart du morceau. Les premières notes du duo Hanckock-Workman installe en effet la mélodie dans un rêve éveillé. Puis le bercement des notes cuivrées accentue cette sensation de monde parallèle. Mais progressivement, sans que l’on s’en rende compte, le tempo s’accélère, la tension monte, le déchirement mélodique franchit un cap, l’improvisation surgit, nous sortant d’une torpeur indolente. Comme c’est étrange cette capacité que possède le saxophoniste à installer une atmosphère sereine mais qui garde un charme mystérieux et peut à tout moment se rompre. Finalement, cette mélodie insaisissable facilite l’affranchissement des musiciens du carcan harmonique et le solo de près de deux minutes d’Herbie Hancock est bluffant d’oscillations musicales et de pulsations multiples. Ici encore, ses deux mains s’affrontent, se répondent, se conspuent, s’entrelacent comme dans un délire amoureux. Son duo avec les percussions de Joe Chambers n’en est que plus éblouissant. L’intensité de l’échange en rythme croisé est superbe et se conclut comme suspendu, laissant le champ libre aux notes poétiques de la contrebasse. Que fait Wayne pendant ces deux minutes 30? Le retour salutaire du leitmotiv par Reggie Workman réveille la batterie assoupie qui se décide à sonner le tocsin. Le saxophoniste reprend alors magistralement l’oscillation sonore et boucle son morceau circulaire.
«Footprints» donne une grande liberté d’interprétation aux musiciens comme à l’auditeur, et c’est en cela que cette composition est si belle, si fascinante, si envoûtante.

5. «Teru» (6 minutes 15)
SOPHISTICATIONS POÉTIQUES
Une ballade d’apparence simple dans sa structure, d’une complexité dans son écriture poétique, d’une modernité sidérante près d’un demi-siècle plus tard. Cette composition mélancolique révolutionne le standard de la ballade.
La mélodie est susurrée par Wayne Shorter au creux de l’oreille d’Herbie Hancock. Le saxophoniste tente un solo mais c’est un dialogue qui s’installe, alternant l’osmose et le décalé. Les deux musiciens semblent vouloir éterniser cet échange en ralentissant le tempo. La contrebasse et les percussions sont d’une discrétion qui accentue le climat poétique langoureux. Suit un beau solo d’Herbie Hancock auquel lui succède un duo avec les cordes fragiles de Reggie Workman.
Retour à la mélodie sur laquelle les notes s’entrelacent, se complètent. Un magnifique échange entre sax, piano et contrebasse, tout en réciprocité, simultanéité et croisement. Une impression d’évidence, de simplicité, de plénitude. Quelle belle déclaration d’amour à sa femme d’origine japonaise Teruka Nakagami dont il vient pourtant de divorcer! Et quel compositeur, ce Wayne Shorter! Chez lui, la révolution musicale n’est jamais frontale, violente, elle est sous-jacente, lente, en profondeur, travaillant de l’intérieur. Le morceau suivant en est un magnifique exemple.

6. «Chief Crazy Horse» (7 minutes 39)
PUISSANCE DE L’HOMMAGE
Wayne Shorter, un homme en avance sur son temps? Un musicien qui anticipe ce qui va surgir? Sur la plan jazzistique, c’est évident. Sur le plan des idées, c’est moins connu. L’hommage qu’il rend ici Crazy Horse, célèbre chef sioux qui a participé à l’écrasement des forces militaires du Général Custer lors de «Little Big Horn», est un plaidoyer pro-indien, ce bien avant «Soldat bleu» ou «Little Big Man». Trois-quatre films pro-indiens dans les années 50, dont le fameux «Flèche Brisée» de Daves, un ou deux John Ford tardifs… et puis c’est tout pour un autre regard porté sur le peuple amérindien, considéré encore par la société américaine comme primitif et sauvage. 1966, c’est la révolution des mœurs mais surtout la reconnaissance enfin affirmée des droits des afro-américains. Les Amérindiens sont les grands oubliés de ces années 60 mais la colère gronde (1968, c’est la création de l’«American Indian Movement») et le début des années 70 sera explosif (l’occupation de la prison d’Alcatraz ou le siège à Wounded Knee).
Wayne Shorter est très sensible aux combats pour les droits civiques, c’est dans cet esprit humaniste qu’il écrit une composition épique sur Crazy Horse. Le chant mélodique est en effet construit comme une épopée cinématographique.
L’introduction de la section rythmique au diapason installe immédiatement une narration très suggestive. L’atmosphère est et restera homérique mais sans être déclamatoire ou grandiloquente. Le souffle lyrique du saxophoniste est ainsi tout en retenue, racontant une histoire héroïque sans omettre les zones d’ombre, les mystères de la tragédie indienne. La montée des notes dans les aigus puis leur descente dans les graves se fait de manière progressive, par paliers, d’où cette sensation de quiétude, de sérénité, de non-violence même si Wayne Shorter évoque des faits historiques douloureux. Le solo qui suit, celui d’Herbie Hancock, est aussi un beau témoignage narratif qui évolue progressivement vers une tension que les percussions explosives de Joe Chambers accompagnent. Et le solo du batteur est d’ailleurs un modèle du genre, entretenant un suspens qui s’amplifie jusqu’à la double tragédie finale de Crazy Horse.
Les deux dernières minutes marquent le retour à la mélodie, plus calme, moins angoissante. L’aspect circulaire de ce morceau a encore une dimension symbolique. Wayne Shorter aurait-il, comme Charlie Parker, des origines amérindiennes? Pour les peuplades d’Amériques du Nord, le cercle est synonyme de sagesse. Le saxophoniste est un philosophe.

7. «The Collector» (6 minutes 56)
UN DON ENSORCELÉ ET DIABOLIQUE
C'est une composition originale d’Herbie Hancock pour l'album «Adam’s Apple». Le morceau n’a pas été retenu lors la sortie du vinyle mais a été ajouté pour la version numérique.
Pour quelles raisons a-t-il été mis de côté en 1966? C’est un beau morceau très dissonant et qui s’oppose à la tonalité des autres titres. Son interprétation est plus free, les moments d’improvisations sont très importants et plus tourmentés.
Alors pourquoi le graver sur le CD de 1987? C’est un très bel exemple de l’évolution du jazz dans cette année charnière, notamment pour Shorter et Hancock qui vont donner ce qu’ils ont de plus subversif au second quintet de Miles Davis. Un morceau transitoire qui annonce l’explosion des cadres classiques du jazz.
Au début, un semblant harmonieux agite le quartet mais le malaise s’installe rapidement dans une profusion de notes chaotiques et contradictoires. Wayne Shorter et Herbie Hancock ne sont pas sur la même longueur d’onde, l’un est souple et enveloppant, l’autre est rigide, presque discordant. C’est l’opposition de deux styles: le narratif contre l’abstrait. La simplicité, la fluidité contre la complexité et les heurs. Et puis soudain, c’est la réconciliation musicale. La section rythmique de Reggie Workman et Joe Chambers a œuvré pour cette paix apparente. Un solo du pianiste ne l’entend pas de cette oreille: le chaos revient sur le clavier, les rythmes semblent désarticuler, le «sorcier» usent de tous ses maléfices pour abîmer sa mélodie. Le sortilège prend possession de la contrebasse qui produit des notes abstraites comme un somnambule. Que dire du solo du batteur? La rage et la folie accumulées se déchaînent sous les coups de tambours. Le réveil est brutal. Mais ce diable de Joe Chambers termine sa prestation avec maestria en revenant comme par miracle au tempo de la mélodie. Le court final n’en est que plus majestueux. Par l’altérité, l’osmose entre les musiciens a pris forme. Sept minutes étonnantes comme pour dire «Sous le chaos, la vie».

LA SUITE C’EST POUR MILES
Quel chanceux, ce Miles Davis.
Les musiciens de son second quintet sont à l’avant-garde musical.
Le trompettiste est en manque d’inspiration depuis quelques années: il passe par une période difficile sur le plan de l’écriture.
Les quatre membres de son ensemble ont, eux, des idées plein la tête. Le batteur Tony Williams veut la peau du jazz, du moins celle des standards qui pèsent sur le renouvellement du jazz. Ron Carter, depuis qu’il a participé à deux albums d’Eric Dolphy, est prêt à toutes les expérimentations. Herbie Hancock est le catalyseur des deux comparses de la rythmique et le pianiste capable de jouer tous les registres sans préjugés. Enfin Wayne Shorter est l’homme qui va aider Miles à reprendre pied sur le plan de la composition. Il lui a déjà offert deux beaux morceaux pour «E.S.P.», album de l’année précédente. Généreux, le saxophoniste lui offrira durant les trois années qui suivent plus de vingt compositions toutes aussi subtiles, riches et mystérieuses les unes que les autres: «Orbits», le «Footprints» d’«Adam’s Apple», «Dolores», «Prince of Darkness», «Masqualero», «Nefertiti», «Pinocchio», «Water Babies», «Paraphernalia», entre autres modèles du genre…
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4.0 étoiles sur 5 Le marron c'est moche !, 9 septembre 2014
Par 
Darko "From Hell !" (Bretagne - France depuis 1492) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Adam's Apple [Remastered] (CD)
S'il fallait expliquer au profane ce qu'est le Hard Bop, bien mieux qu'un long discours, il suffirait de lui passer cet "Adam's Apple" du saxophoniste américain Wayne Shorter et en particulier ce premier titre éponyme qui cumule à lui seul tous les ingrédients de ce genre haut en couleurs : mélodie entêtante, alternance de mesures simples et composées, tempo médium, motifs répétitifs en forme de question/réponse...., bref tout y est.....

Paru sur le label Blue Note en février 1966, cet album ne possède pas la plus belle des pochettes réalisées par Reid Miles, loin s'en faut, mais le contenu vaut vraiment le détour. D'abord parce qu'il est l'oeuvre d'un quartet de choc : Wayne Shorter (ts), Herbie Hancock (p), Reggie Workman (b) et Joe Chambers (d), à ne pas confondre avec Paul qui n'est d'ailleurs pas son frère ! Ensuite parce que le disque contient la version originale du titre "Footprints" qui sera popularisé quelques temps plus tard par Miles Davis sur son album "Miles Smiles", raison pour laquelle la paternité de ce titre magnifique lui est souvent attribuée à tort.

Le reste de l'album est tout aussi superbe et se passe de tout commentaires "502 Blues", "El Gaucho" (rien à voir avec Manu Valls !), "Teru", "Chief Crazy Horse" (Ugh !), "The Collector" . Vraiment parfait !

Alors pourquoi seulement 4 étoiles ? Ben .... parce que je n'aime vraiment pas la pochette ! .
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Adam's Apple [Remastered] de Wayne Shorter (CD - 2003)
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