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5.0 étoiles sur 5 Celle que l'on ne voit pas..., 19 août 2013
Par 
Tornado (Provence Côte d'Azur) - Voir tous mes commentaires
(TOP 10 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : La Féline / Vaudou / L'Homme léopard - Coffret Collector [Édition Collector] (DVD)
Ce très beau coffret (au contenu identique à l'édition 2005) est dédié à Jacques Tourneur (le fils de Maurice Tourneur), et regroupe trois films datant des années 40.
Ce n'est pourtant pas seulement à Jacques Tourneur qu'il faut allouer la réussite de ces œuvres, mais également à son producteur Val Lewton. Ensemble, ils produiront et réaliseront cette trilogie d'épouvante composée chronologiquement de "La féline" (1942), "Vaudou" (1943) et "L'Homme léopard" (1944). Il s'agit d'une trilogie thématique, c'est-à-dire que les films ne se suivent pas et n'ont aucun lien entre eux autre que le thème de la "peur suggérée".
Lewton était le maître à penser de l'école de la "suggestion", où la peur devait être indicible plutôt que manifeste. Ce parti-pris était né d'une obligation de dépasser les impératifs commerciaux d'un studio, la "RKO", que son propriétaire Howard Hughes avait mis dans le rouge. C'est donc le talent combiné de ces deux artisans passionnés qui réussit à transcender les limites imposées par le budget de la production afin de créer des œuvres puissantes à la beauté et à la fascination intemporelle.

Les qualités techniques de ce coffret sont hélas déjà dépassées par les nouvelles technologies. Si l'image et le son ont été restaurés (avec notamment une disponibilité de la bande son en 5.1), ils accusent déjà l'obsolescence sur du matériel HD et sur un téléviseur grand format. L'image est ainsi pâlichonne et nimbée d'un voile diaphane persistant. L'ensemble est donc condamné à finir dans les bacs à soldes en cas d'éventuelle future sortie blu-ray...
C'est dommage parce que le coffret est très beau. Il comporte deux DVD et un livret composé de la biographie de Tourneur et de fiches analytiques en ce qui concerne chaque film.
Le premier disque regroupe le film "La Féline" ainsi que plusieurs bonus autour du réalisateur Jacques Tourneur et de... Val Lewton ! Au programme : Un entretien avec Jacques Tourneur en personne (5 mn), un autre sur Lewton (16 mn) par Patrick Brion (la voix virile du cinéma de minuit !), un autre par Patrick Rollet à propos de "L'Homme Léopard" (22 mn), et encore deux autres sur le cinéaste par Jean-Claude Biette et Marina de Van. La plus-part de ces entretiens sont très intéressants, notamment celui de Patrick Brion (passionné et... passionnant !).
Le second disque est occupé uniquement par les deux autres films. Aucun film n'est disponible en VF, seulement en VOSTF.

- LA FELINE ("Cat People") :
Irena et Oliver tombent amoureux l'un de l'autre. La jeune femme est une immigrée serbe qui pense porter le poids d'une malédiction liée à ses origines. Elle accepte d'épouser Oliver mais se refuse à lui de manière charnelle, car elle redoute de lui faire du mal si ses instincts animaux, profondément enfouis, venaient à se réveiller. Devant cette réticence, Oliver finit par se rapprocher d'une collègue de travail, Alice, loin d'être insensible aux charmes du jeune homme. Profondément jalouse, Irena sent la malédiction de la "Féline" prendre le dessus sur sa nature humaine et paisible...
Par dessus tout, "la Féline" restera célèbre pour deux choses :
- Le film sauva son studio, la RKO, juste après que l'échec de Citizen Kane, le chef d'œuvre d'Orson Welles, ait failli le mettre en position de déposer le bilan. Il eut un succès considérable mais ne motiva pourtant pas Howard Hughes de financer les projets suivants du duo Lewton/Tourneur avec davantage de générosité...
- La réalisation de Jacques Tourneur, chapotée par les directives de Val Lewton, fera date. Le principe de suggestion relevé plus haut a beau être aujourd'hui une composante logique du cinéma d'épouvante, il faut remettre les choses dans leur contexte : A l'époque, il s'agissait d'une nouveauté absolue. Toute la décennie précédente avait été dominée, dans le domaine de l'horreur, par les films du studio Universal, qui faisaient la part belle aux maquillages en nous montrant les effrayants "Dracula", "Frankenstein" et autres "Loup-garou". Dans "la Féline", Tourneur et Lewton ne montrent rien. La panthère n'apparaît que vaguement lors du dénouement, en ombres portées.
Ce parti-pris au départ imposé par les limites budgétaires deviendra alors une véritable trouvaille, riche en possibilités dramatiques et symboliques. C'est ainsi que les spectateurs de l'époque hurlaient de terreur devant la célèbre scène de la piscine, dans laquelle on ne voit rien d'autre qu'une ombre, que le réalisateur avouera plus tard être celle de son poing devant la caméra ! Et c'est ainsi que, par le biais de cette ellipse, qui mettra le spectateur face à un doute réel (la panthère était elle là ? Iréna s'est-elle réellement transformée ou bien a-t-elle seulement pensé qu'elle se transformait, nous obligeant ainsi à penser comme elle ?), les auteurs développaient une véritable allégorie de la schizophrénie, thématique que venait entériner le personnage du psychanalyste interprété par l'acteur Tom Conway, que l'on reverra un an plus tard sur les plateaux de "Vaudou"...
Alors certes, le film a vieilli. Il est très lent et parfois un peu bavard, et il ne fait plus vraiment peur. Il faut le replacer dans son contexte et se laisser envoûter par son charme suranné et son atmosphère incroyablement romantique et onirique. Cette école de la suggestion permettra à d'autres auteurs, par la suite, de nous offrir toute une série d'œuvres majeures, à commencer par La maison du diable ou encore le sublime Les Innocents...

- VAUDOU ("I Walked With A Zombie") :
Une jeune infirmière est convoquée dans une île des caraïbes afin de veiller sur l'épouse malade d'un riche propriétaire terrien. Jessica, la jeune épouse, a semble-t-il perdu la raison. Mais une ambiance familiale tendue et des tambours dans la nuit semblent indiquer que les choses sont bien plus compliquées et qu'un mystère effroyable plane sur cette île tropicale...
La réussite de leur second opus, "Vaudou", se joue sur deux tableaux :
- Le scénario, qui adapte très librement "Jane Eyre", de Charlotte Brontë, est un petit bijou qui mélange mélodrame et mystère vaudou sur fond de film d'aventure colonialiste. En définitive, il finit par échapper à toues ces composantes pour posséder un statut unique à la dimension onirique et envoutante. Les dialogues prennent largement le pas sur l'action, les non-dits laissent planer le mystère jusqu'au dénouement final qui se joue sur une révélation échappant complètement aux habituelles histoires manichéennes de bien contre le mal, qui rappelle le splendide et méconnu Les Amants Du Capricorne, qu'Alfred Hitchcock tournera six ans plus tard... Tout au long de l'intrigue, la plongée dans le vaudou se fait croissante. D'abord rejetée par des considérations scientifiques, cette dimension se fait de plus en plus pressante jusqu'à se révéler sans lourdeur, laissant le spectateur presque perplexe à l'idée de son existence, comme s'il était passé du naturel au surnaturel sans s'en apercevoir... Une vision du vaudou exemplaire, presque documentaire, sans jugement, sans effets racoleurs ni manifestation théâtrale ampoulée.
La version finale du scénario est de Curt Siodmak, mais l'idée de départ revient à Jacques Tourneur, sachant qu'il participait étroitement, en compagnie de Val Lewton, à son écriture...
- La réalisation est une nouvelle fois, après "La Féline", un modèle d'angoisse à peine perceptible (qui se joue d'ailleurs surtout une fois le film terminé). La voix-off de l'héroïne se fait murmure, l'horreur attendue laisse la place à la mélancolie, et bien entendu, les jeux d'ombres et de lumière assurent quasiment à eux-seuls le spectacle. Telle était la méthode du tandem Lewton/Tourneur : Un noir et blanc expressionniste directement issu des films d'horreur de la Universal des années 30 (dont on ne reprend ici que l'esthétique, et non les monstres...), une atmosphère onirique, mélancolique et infiniment romantique, ici accentuée par un voyage exotique particulièrement envoutant. Le son des tambours résonne ainsi longtemps après la vision du métrage, distillant une angoisse diffuse mais réelle, plus fascinante que terrifiante.
Alors certes, le film a vieilli, il ne fait plus peur et il est très lent (indolent et langoureux devrais-je dire plutôt...), mais il a su préserver une incroyable pouvoir de fascination surannée.
Personnellement, mon préféré des trois.

- L'HOMME LEOPARD ("The Leopard-man") :
Un léopard domestique s'échappe dans un petit village du Nouveau Mexique. Une femme est retrouvée morte, le corps mutilé, puis une seconde. Rapidement, il apparaît improbable qu'un animal agresse des jeunes femmes uniquement par plaisir de tuer. Quelle est donc la véritable identité du tueur ? Est-ce un homme ou un animal ? Et quels sont ses desseins ?
"L'Homme Léopard" est certainement le moins impressionnant de la trilogie Lewton/Tourneur du fait qu'il n'est pas vraiment un film fantastique. C'est surtout un exercice de style cinématographique sur fond d'intrigue policière, le tout nimbé d'une atmosphère angoissante, qui lui donne un statut de film d'épouvante et une aura de film fantastique. C'est également l'un des pionniers du genre dans le domaine des tueurs psychopathes.
Très court mais particulièrement bavard et hiératique, il déçoit un peu dans le fond, mais se révèle éblouissant dans le forme dès lors que l'on s'intéresse un peu à sa construction. Les auteurs se servent de toute une série d'artifices filmiques (la nuit, le mystère, le suspense, les bruitages, une menace invisible) afin de donner corps à une intrigue plutôt banale. Tout se joue ainsi dans la manière dont l'histoire est racontée, davantage que dans son contenu. Les scènes bavardes et domestiques laissent ainsi la place, de manière chronique, à des séquences graphiques et expressionnistes de pure angoisse, comme celle du tunnel, celle du cimetière ou encore celle de la procession finale. La fameuse scène de la mort de la jeune Teresa Delgado, dont on entend les cris avant de voir le sang couler sous la porte, résume à elle-seule le pouvoir de suggestion d'un cinéma de la peur diffuse, qui devient plus impressionnante encore lorsqu'on se retrouve dans l'obligation d'imaginer les événements, plutôt que de les voir...
Film relativement mineur dans le fond, "L'Homme Léopard" est à prendre comme un exercice de style qui démontre que face aux limites budgétaires, l'inventivité de la mise en scène et les trouvailles formelles peuvent à elles-seules transcender leur sujet.

Et après ? Dans la suite de sa carrière, Tourneur ne reviendra qu'une seule fois dans le genre fantastique en 1953 avec le superbe Curse of the Demon ("Rendez-vous avec la peur"), que nous attendons toujours dans une sortie DVD européenne...
Val Lewton produira en tout quatorze films fantastiques pour la RKO, tous bâtis sur le même thème de la peur suggérée, avec notamment la sublime (fausse) suite de "La Féline" : La Malédiction Des Hommes Chats, puis avec, entre autres, La Septième Victime, Le Récupérateur De Cadavres, L'Île Des Morts, Bedlam et Le Vaisseau Fantôme...
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