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Dans les années 1980, l'arrivée providentielle du support CD invita les labels à régénérer leur catalogue pour le mettre à l'heure du DDD. En une bonne décennie, Decca engrangea ainsi quatre versions de "Petrouchka" : Antal Dorati à Detroit, Charles Dutoit à Montreal, Riccardo Chailly à Amsterdam, Georg Solti à Chicago (ah la belle époque...)

Peu avant l'essor de l'enregistrement numérique, Christoph von Dohnanyi avait déjà gravé la sienne à Vienne en décembre 1977 : avouons qu'on l'avait un peu oubliée et l'on se réjouit que la collection Eloquence ait pensé à rééditer cette interprétation finement musicale, qui octroie le rare plaisir d'entendre le conservatiste Wiener Philharmoniker jouer Stravinsky.
Pour mémoire, on se souviendra que le compositeur écrivait : « j'ai gardé un souvenir amer de ma première visite à Vienne. L'hostilité avec laquelle l'orchestre avait accueilli la musique de Petrouchka lors des répétitions avait vraiment été pour moi une surprise ».

On sent dès l'introduction de la "Fête populaire" que le maestro hongrois a ici décidé d'alléger leurs charmes melliflus pour mieux affûter la dimension rythmique de l'oeuvre, veillant attentivement à la netteté des contrebasses et violoncelles, et faisant claquer la percussion si nécessaire.
Même si on la place au second plan d'une discographie surabondante, cette lecture s'impose toujours parmi celles qui ont osé un regard analytique tout en préservant la saveur de cette partition superbement instrumentée.

Pour le "Mandarin Merveilleux" capté la même année, Dohnanyi concentre notre attention sur la texture du matériau sonore, valorisée avec un extrême raffinement, parfois jusqu'à l'abstraction.
Cette option oblitère selon moi l'élément chorégraphique du ballet (ainsi la course-poursuite attisée par un choix de tempo insensé qui réclame une vertigineuse virtuosité collective) mais elle aiguise le drame et suggère un fascinant rapprochement entre l'écriture bartokienne et le langage musical du Schoenberg de l'opus 16.
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