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50 PREMIERS REVISEURSle 29 avril 2015
5 ans après avoir enregistré, pour Deutsche Harmonia Mundi, une version inoxydable et simplement splendide de l'Art de la Fugue au clavecin seul (juste un peu aidé par le jeune Bob van Asperen), Gustav Leonhardt enregistra en 1974 avec ses complices de la famille Kuijken et sa femme Marie, une version non moins de référence, de l'Offrande musicale, pour le label Seon.

On pourrait dire que cette offrande musicale est un peu, par rapport à l'art de la fugue, ce que l'Annapurna est à l'Everest, parmi les monuments musicaux spéculatifs marqués par une insertion de symbolique et de proportions pythagoriciennes et d'une rhétorique très élaborée, voire codée, dans ses oeuvres.

C'est à dire qu'il s'agit d'une oeuvre apparemment moins monumentale, mais pas forcément plus facile à aborder, de par sa variété formelle, entre forme archaique du ricercar et sonate en trio galante, des "problèmes"(ou libertés) d'agencement et d'instrumentation que cela pose (chaque version propose quasiment sa solution à cet égard) et de la difficulté à restituer l'unité, ou en tout cas le fil conducteur, de cette oeuvre.

Cette oeuvre semble avoir eu (au moins) deux buts pratiques:
- Servir d'offrande à Roi de Prusse en souvenir de sa visite à Berlin et Potsdam de 1747 où son fils Carl Philipp Emmanuel officiait, voire d'excuses pour avoir refusé d'improviser sur un ricercar à 6 voix sur le fameux thème royal, ce qui semble avoir été pour BACH une douleur voire une humiliation au cours d'une visite qui semble s'être par ailleurs bien passée.
- Servir de contribution annuelle à la société Mizler en 1748, société qu'il avait joint l'année précédente avec les variations canoniques en contribution initiale. Il semble bien que l'Art de la Fugue fut apparemment concue, au moins en partie, pour servir de contribution à l'année 1749, contribution finale, puisque les membres de la société Mizler étaient dispensés de contribution à partir de leur 65eme année.

Et de ces deux buts, semblent émerger deux grandes options interprétatives, la première privilégiant le ton improvisateur et galant qui fut certainement celui de la visite, la seconde privilégiant l'unité, l'équilibre architectural, les proportions, la rhétorique et la "pureté", ou plutôt la recherche d'absolu, qui est l'option en phase avec le dernier BACH et les valeurs de société Mizler.

Sans surprise, Gustav Leonhardt choisit plutôt la seconde option et brille par sa simple éloquence, sa tenue de ce qui semblent être une conversation dialectique, entre les différentes voix, d'une magnifique continuité. Il brille aussi bien sür par un magnifique sens du détail et du relief.

Pourtant, contrairement à la version ultérieure des frères Kuijken pour DHM, cette version réfléchie et recueillie n'est ni froide ni intellectuelle mais étonamment chaleureuse, car elle sait ne pas être parfaite, dans ce sens qu'on sent que les différentes voix (au clavecin seul) s'adaptent et s'influencent en permanence les unes aux autres sans avoir l'impression d'une partition récitée.

La rugosité typée des instruments de l'époque et la prise de son proche, peu réverbérée et un peu mate, moins brillante que les prises de son DHM mais finalement aussi "reposant pour l'oreilel et atemporel, participe à cette absence de monotonie et ce sentiment d'évidence qu'aucune autre version n'a, à mon avis et à ma connaissance, égalé, même s'il existe d'autres partis pris possibles (plus improvisé, plus véloce, plus lié..).

On a du mal à comprendre pourquoi cette performance, tout comme les premières suites anglaises de Leonhardt, manque à l'appel dans la dernière édition récente du coffret BACH-Leonhardt de Seon, tant cette réussite, certes collective, porte la marque personnelle du maître hollandais, qui était aussi doué individuellement qu'à faire briller les autres.

Depuis, la discographie de cette offrande musicale, s'est incroyablement étoffée en qualité et en quantité, mais cette performance de Leonhardt et de ses amis garde son caractère à la fois historiquement fondateur et de référence sens litéral du terme.
0Commentaire2 sur 2 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 3 juin 2005
Voici réédité sous un habillage agréable (Vermeer de Delft),la version la plus aboutie de l'offrande musicale. A la fois austère et pleine de vie, cette interprétation d'il y a 30 ans environ n'a pas vielli d'une ride et s'impose commme la référence absolue de ce chef-d'oeuvre de Bach. Tout y est: la rigueur, la posésie et l'intelleigence musicale. Un disque à ne pas manquer.
0Commentaire13 sur 15 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 1 mars 2008
Ce disque contient également la cantate "Ich Habe Genug" -Baryton:Max van Egmond,Baroque Orchestra,Frans Brüggen- et la Toccata (sans fugue) BWV565...
0Commentaire4 sur 6 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 21 septembre 2014
Vendeur très professionnel, m'a contacté pour me prévenir d'une ou deux inexactitudes dans le nom des interprètes afin que je ne sois pas déçu.
C'est tellement rare. Bravo à eux.
0Commentaire0 sur 1 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus

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