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Eté 1964. Le toute jeune section rythmique de Miles émet le désir et ce, depuis quelques mois, de changer de saxophoniste... Les trois jeunes loups aimeraient trouver un ténor plus audacieux que George Coleman. Faut dire que Hancock, Carter et Williams peuvent se targuer de faire du bon boulot. Jamais on n'avait entendu une rythmique aussi bien huilée, et prenant autant de risques. Miles est vraiment gâté. D'ailleurs, ne parle-t-on pas de LA rythmique? En tout cas, le ténor qui, jusque-là, avait enregistré de belles envolées lyriques, notamment au cours de ce concert magistral à New-York (en février 1964) n'était pas assez audacieux pour le pianiste et le batteur... Ce dernier recommande alors à Miles un saxophoniste que John Coltrane connaît bien: Eric Dolphy en personne... Manque de bol, le trompettiste n'est pas fan de ce musicien "désinvolte" (sic), et qui, selon ses propres dires, "manquait d'élégance" (re-sic). Cela dit, il se laisse influencer par le jeune batteur pour embaucher Sam Rivers, lequel avait des goûts plutôt ambigus en termes d'improvisation... Du moins pour le Sorcier noir... Parce que Rivers, quoi qu'on en dise, et malgré tout son talent, c'est un sax hors norme, un ténor qui est plus "out" que "in"... Mais Miles se laisse finalement persuader... Et justement, Rivers qui s'entendait fort bien avec Tony Williams allait enregistrer avec celui-ci deux galettes fort réussies pour le label Blue Note (Fuchsia Swing Song et Spring). A ses côtés, on retrouvait alors Jaki Byard et Ron Carter ou encore Wayne Shorter, Herbie Hancock et Gary Peacock...

Mais il est clair que Rivers, qui était aussi l'aîné de Miles (de deux ans), était plutôt ancré dans la "new thing" (ou le free jazz). Disons qu'ayant fait ses classes dans le bop, il montrait un intérêt grandissant pour les formes abstraites... Mais quelle mouche les avaient donc piqués à tous ces musiciens (Archie Shepp, Albert Ayler, Ornette Coleman et bientôt John Coltrane)? Et dire que même sa jeune section rythmique s'y intéressait de près maintenant... Cela avait de quoi le désemparer, Miles. Quant à Rivers, son propre groupe était plutôt avant-gardiste, terme qui ne veut pas dire grand chose, mais qui désignait à cette époque un jazz laissant la part belle à l'improvisation libre (et faisant croire aux néophytes que les musiciens jouaient alors du grand n'importe quoi...), avec certes un choix thématique souvent abstrait ou disons sortant des sentiers battus, mais qui avait le mérite de proposer une alternative au jazz traditionnel. Le jazz ne se répète pas. Il doit aller de l'avant. Ne pas reculer et encore moins revenir en arrière. Il fallait donc surprendre, et éviter d'ennuyer le public en répétant par exemple les gimmicks du bop et du hard bop... Bref, les musiciens recherchaient de nouvelles formes d'improvisation (Bobby Hutcherson, Jackie McLean, Eric Dolphy, Andrew Hill). En compagnie de Miles, Rivers se rendit donc au Japon pour la première fois. Aussi, lors de ce concert donné à Tokyo le 14 juillet 1964, c'est, selon la légende, l'une des rares fois où Miles ne quitta jamais la scène (sic), comme il avait coutume de le faire notamment pendant le solo des autres musiciens. D'ailleurs, certains voient dans cette "déférence" au public japonais une explication à cette prise de risque plutôt limitée de la part du quintette. Il est vrai que même Rivers semble parfois conventionnel. On est loin par exemple de ses prestations sur Fuchsia Swing Song (Blue Note, 1964) et sur Contours (Blue Note, 1965). Un manque de compréhension peut-être entre les deux soufflants... Quoi qu'il en soit, la session garde tout son intérêt...

Dès le premier thème, après la présentation du groupe par Teruo Isono, "If I were a Bell" démarre en trombe. La trompette de Miles se fait précise, lumineuse, et la rythmique est pleine de panache, comme d'habitude. Le jeu de Rivers est assuré, pour ne pas dire assumé, mais l'interaction entre les deux soufflants est quasi-inexistante. L'on ressent aussi un décalage net entre l'élégance de la rythmique et le jeu de Rivers, qui, on le sent bien, essaie de prendre quelques risques sans jamais trop y arriver. Mais même si la sauce ne semble pas trop prendre, l'originalité en terme de sonorité est belle et bien là. Pour le thème suivant, "My Funy Valentine", peu de surprise là encore. D'ailleurs, le quintette ne me paraît pas toujours au diapason avec les soufflants. Un côté flasque, et comme un manque d'inspiration lors du solo de Herbie Hancock. Mais ça reste honorable. Avec "So What", le thème le plus enlevé du set, l'on se dit que c'est bien l'occasion qui nous permettra de confirmer ou d'infirmer nos premières impressions, où l'on va pouvoir mesurer la prise de risque réelle de l'ensemble. Miles est très bon, comme d'habitude. Trompette ciselée et même lunaire. Il connaît parfaitement son répertoire et ses musiciens. Les contrastes qu'il propose sont hallucinants. Mais encore une fois, le sax de Rivers ne fait pas forcément d'étincelles. Disons que ce répertoire n'est pas vraiment son univers, chose qui se confirmera par la suite, notamment au cours des deux derniers thèmes, sur Walkin' et All of You... Bref, on l'aura compris, cette galette aussi intéressante soit-elle s'adresse en priorité aux fans absolus du Sorcier Noir et aux curieux... Durée des deux sets : un peu plus de 50 minutes. Son impeccable.
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le 16 février 2013
Miles est ici avec son quintet du milieu des années 60. Sa rythmique composée de H. Hancock, Ron Carter et Tony Williams fait évoluer l'univers musical de Miles; l'ouverture vers d'autres formes, sans sacrifier ni la musicalité ni la couleur. Un Miles plus ouvert, plus engagé qui ne refuse pas la prise de risque. "So What" pris sur un tempo très rapide et son échange avec Tony Williams. "My funny valentine", une ballade sucrée et un peu mièvre est livrée dans une version poétique ou Miles donne le sentiment d'aller chercher le fond de la musique. Pour autant l'apport de Sam Rivers ne parait pas décisif; le son comme le langage où le "free" transparait bousculent la cohésion du groupe. Miles allait retrouver Wayne Shorter quelques semaines plus tard. Enfin, la prise de son laisse à désirer et "gomme" la profusion dynamique de la rythmique.
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le 13 mars 2013
Des reprises "musclées" sur des rythmiques endiablées (Ron Carter et Tony Williams envoient du lourd !), toutefois ça ne reste pas les meilleurs interprétations. Un peu déçu dans l'ensemble !
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le 15 juin 2010
Un des plus beaux disques live de Miles de la période entre J. Coltrane et W. Shorter.
On sent le désir et la recherche d'une musique qui n'a pas d'équivalent.
Et pour les disques de cette époque je préfère Sam Rivers à George Coleman, plus personnel, plus indépendant et plus musical. (Il y a des sessions avec Coleman qui sont extraordinaires d'énergies (voir :FOUR and MORE)
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