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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Des enregistrements rares, 20 février 2012
Par 
Patrick Gdt "Patrick Gdt." (Paris France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 100 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Samuel Barber : Adagio pour cordes - Concerto pour violon... (CD)
Le célébrissime Adagio pour corde Op;11 de Samuel Barber, est évidemment la pièce angulaire de ce double CD qui offre, chose assez rare, un éventail très bien choisi de pièces de Barber interprétées par le Saint Louis Symphonie Orchestra sous la houlette de Leonard Slatkin à la fin des années 80 à Saint Louis justement.
Que dire sinon que l'amateur n'a guère le choix dans la discographie : il y a bien sûr les multiples enregistrements de Bernstein, dont il faut à mon sens ne retenir que ceux avec le New York Philarmonic et l'orchestre de Los Angeles prises qui font évidemment valeur de référence absolue tant Bernstein a su intimiser la partition ; il y a l'enregistrement assez rigoureux, presuqe froid de Simon Rattle avec le Berliner Philarmoniker, et enfin, là où l'on irait pas le croire, un Célibidache qui parvint après deux symphonies de Schostakovitch, à émouvoir le public bavarois pourtant difficile à ébranler (les applaudissements en fin de concert en sont la preuve éclatante).
Pour moi, cette version avec Slatkin est sans doute la plus en phase avec l'intention originelle de Barber. En tout état de cause, les sonorités tirées de l'orchestre de Saint Louis, sont au niveau de la plus pure perfection même si parfois on regrettera un léger manque de fantaisie ou une intentionalité musicale un peu émoussée. Qu'importe, tout est en place, sans fioritures ni excès, et en cela, pour moi Slatkin a vraiment obtenu le meilleur de l'orchestre du Missouri. En face, j'y reviens Bernstein et Rattle ont quelque chose de plus convenu, de plus académique, peut être de "trop américain" chez Bernstein. Célibidache est plus latin, sans doute proche de la version qu'à du donner Toscanini aux USA, très lyrique.
Mais l'atout principal de ce double album, outre ce fameux adagio, est surtout l'ensemble de pièces qu'il contient, dont le choix est à saluer. Je ne citerai que la sonate pour violoncelle Op. ou le 'Third essay for orchestra Op 47" qui sont de pures merveilles.
Pour moi, ce double album, est réellement le CD de Barber à posséder dans sa bibliothèque. Les amateurs y ajouteront celui de Bernstein chez Sony qui brille, entre autres, par la présence d'Isaac Stern dans le concerto pour violon et orchestre.
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 L'adagio de Barber et... bien plus !!!, 31 janvier 2012
Par 
claude toon "Juge ou avocat ??" (paris) - Voir tous mes commentaires
(TESTEURS)    (TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Samuel Barber : Adagio pour cordes - Concerto pour violon... (CD)
L'adagio de Barber fait partie de ces œuvres intemporelles dont on dit : "J'connais rien au classique, mais ça j'aime bien". Mais Barber, c'est bien autre chose et cette anthologie offre de belles découvertes.
En 1936, Barber transcrit l'adagio de son quatuor pour orchestres à cordes. Lors d'un voyage à Rome, juste avant que le célébrissime maestro Arturo Toscanini ait demandé l'asile aux USA, Barber lui propose sa partition. Dur, elle lui est retournée sans commentaire. Vexé, Barber ne veut plus revoir Toscanini. C'est son ami Menotti qui apporte l'incroyable nouvelle ! Il y a malentendu. Toscanini a mémorisé l'adagio et propose de le créer. Cerise sur le gâteau, le premier "Essay for Orchestra" sera aussi inscrit au programme. Le concert a lieu en novembre 1938 avec le NBC symphony Orchestra créé pour Toscanini après sa traversée avisée de l'Atlantique. Pour Samuel Barber, c'est la consécration. En 1967, Barber réalisera une nouvelle transcription pour chœur a Cappella sur la prière Agnus Dei.

Cette musique émouvante, oscillant entre nostalgie et détresse s'entend dans de nombreux films : Platoon, Elephant Man, Amélie Poulain, et bien d'autres. Ses résonnances spirituelles en ont fait un morceau de choix pour les obsèques des grands de ce monde : de Franklin Delano Roosevelt (1945) à Jack Layton (2011). Enfin, il y a eu une flopée d'adaptations par des artistes très divers, de John Mac Cartney à William Orbit. L'Adagio a été remixé en 2004 par un célèbre DJ néerlandais Tiesto dans l'album Just Be, l'un de ses morceaux phares. Chacun appréciera suivant ses goûts...

Il est aisé de proposer de la sirupeuse guimauve extatique avec ce morceau. Le chef américain, Leonard Slatkin qui a travaillé près de 30 ans avec l'orchestre de Saint-Louis, avec un jeu précis, plutôt rapide (9'), évite bien entendu ce piège. Son phrasé conserve un coté méditatif mais sans aucune dramaturgie outrancière. Les cordes de Saints Louis, détimbrées et limpides se développent plan par plan, comme des vagues, des élans recueillis, sans emphase. Slatkin restitue la simplicité, l'humanité de la pièce, sans pathos. La forme est moins simple qu'il n'y parait. Mais pas de musicologie, écoutons !

Le concerto pout violon fut commandé par le mécène Samuel Fields pour son fils Iso Briselli. Ce dernier trouva la partition trop simple. Qu'à cela ne tienne, Barber écrivit un autre final très virtuose. Briselli le déclara alors injouable pour ne pas payer la partition (on y croit tous...). Mais on raconte que Barber engagea un violoniste qui le joua sans difficulté après deux heures de répétition. Le concerto était donc "jouable" et Barber fut payé, bien joué. Il fut officiellement créé en 1941 par Albert Spalding.
Le violoniste américain d'origine portugaise Elmar Oliveira nous le joue ici accompagné par Leonard Slatkin à la tête de l'orchestre de Saint-Louis. Les deux artistes ont reçu un Grammy awards pour ce disque. Le concerto est classiquement divisé en trois mouvements. Je le considère comme un des plus riches et accessibles écrit au XXème siècle !
L'ouvrage s'ouvre sur un thème élégiaque et pastoral du violon. Le vent et les paysages de Pennsylvanie au bout d'un archet ? Une mélodie très accentuée apporte une nouvelle idée très ensoleillé. Puis le violon caracole en s'opposant à un orchestre diablement coloré. L'orchestre nous entraîne dans une petite marche en début de développement. Oui, c'est assez néo-romantique mais Dieu que c'est poétique ! Les thèmes initiaux et le rythme de marche impulsé nous conduisent vers une impression d'immensité. La musique américaine retrouve souvent ces ambiances de grands espaces, calme ou venteux. On pense à Hanson, Copland, Groffé. La magie de ce mouvement repose sur un principe simple : opposé une mélodie souple et mouvante à un orchestre qui semble battre une mesure de mille feux.
Le second mouvement accentue l'impression d'intime promenade rencontrée au début de l'allegro. Les chants des bois et cors se mêlent à la cristalline mélopée du violon. Quelques accents pathétiques viennent épicer ce grand moment de félicité musicale.
Ahhh Briselli voulait de la difficulté dans le final, et bien il y en a... Le mouvement noté "Presto in moto perpetuo" est une course effrénée et joyeuse, une farandole de notes, un jeu de cache-cache violonistique extraordinairement ludique. Nous sommes au-delà de la virtuosité, dans un jaillissement d'éclats de rire. Chapeau aux deux interprètes.

Les trois "Essay for orchester" jalonnent la carrière de Barber. Il s'agit de courtes pièces symphoniques d'une dizaine de minutes d'une imagination assez fulgurante. Nous écoutons de la musique "abstraite" dans le sens où il n'y a pas de programme ou d'idée prédéfinie qui inspire la composition ; abstraite mais non intello...
Le premier Essay fut donc composé en 1936 et créé par Toscanini en 1938. Le climat sombre de la pièce rappelle celui de l'Adagio. Les cordes se déploient en longues phrases presque douloureuses, on peut imaginer un coucher de soleil intérieur. Le dramatisme évolue vers un passage quasi funèbre dominé par les cuivres d'une glaçante beauté. On pense à une influence de Sibelius. Un développement central plus animé intervient avec des notes joyeuses de flûte et clarinette et s'achève par des tuttis scandés et soutenus par un piano. La pièce se conclut dans une lumière crépusculaire mais apaisée. Il y a une puissance organique secrète dans ce morceau qui prend aux tripes. Je ne suis pas surpris d'avoir trouvé la vidéo de l'enregistrement de Leonard Slatkin sur le web.
Le second Essay, très populaire, fut commandé et créé par Bruno Walter en 1942. Il se présente comme une suite hiératique et échevelée opposant des accords puissants des cuivres et des percussions à des motifs interrogatifs et fantaisistes des cordes et de la petite harmonie. On trouve des accents quasi mahlériens à certains moments dans ce morceau empreint de vitalité (vidéo du CD Slatkin originel également disponible sur le web).
Le troisième et dernier Essay est encore une œuvre au destin bizarre. Il fut commandé en 1978 par une excentrique madame Aufrey Sheldon qui paya le compositeur. On raconte qu'elle était amoureuse de Samuel, mais... elle se suicida avant la création ! C'est un morceau de musique pure, élégant, un rien pastoral et cinématographique. Il n'atteint pas néanmoins la profondeur émotionnelle des deux premiers.

Et puis, pour compléter, on écoutera la très belle sonate pour violoncelle et piano qui m'a fait songer à celles de Fauré (c'est dire), des pièces pour piano, courtes et brillantes, un peu jazzy, et enfin, une ouverture et un court ballet symphonique inspirée de la légende de Médée.
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