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Hitchcock et Les premières oeuvres : 1927/1928,
Par Nicolas Mesnier-Nature "NMN" "LE DISC... (Besançon, France) - Voir tous mes commentaires (TOP 50 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret Alfred Hitchcock 2 DVD : Les Premières Œuvres 1927/1929 : Le Masque de cuir / A l'américaine / Laquelle des trois / The Manxman (DVD)
The farmer's wife (1928) ou Laquelle des trois est le 7è film d'Hitchcock tourné en Angleterre, chronologiquement entre The Ring et Champagne.La thématique de cette comédie est très simple : il s'agit de la formation d'un couple. Le fermier, veuf, marie sa fille et est décidé à son tour à se remarier donc à rencontrer les femmes supposées lui convenir. La base théâtrale du film pourrait devenir une simple succession de saynettes amusantes chez un metteur en scène ordinaire. Avec Hitchcock cela prend une autre tournure grâce à l'originalité de la mise en scène. Remarquons d'abord que le cinéaste fait s'adresser très souvent les acteurs à la caméra : on a ainsi l'impression qu'ils nous parlent directement. Il y a beaucoup de gros plan voire de très gros plans (la bouche du fermier en train de se brosser la moustache par exemple). Hitch met également en valeur la campagne anglaise en filmant de nombreux extérieurs vus un peu comme des peintures paysagistes réalistes. En partant d'une base dramatique (le décès de sa femme), très vite l'histoire tourne à la comédie : les dernières paroles de l'épouse sont pour la servante qui devra s'occuper des caleçons de son mari... Le valet de ferme est le personnage comique par excellence, ronchon, mal habillé, à la morale discutable. La vision de la femme pour Hitchcock est sans concession : les trois « prétendantes » représentent trois types caractéristiques : la maîtresse-femme indépendante, la maigre frigide coincée, la grosse hystérique vulgaire. Elles sont systématiquement associées à la nourriture, à la boisson ou à un animal (voire un objet) : la déclaration à la maîtresse-femme se fait avec des tasses de thé à la main, celle à la maigre frigide alors qu'elle tient de la gelée. La première est traitée de « grosse poule », la maigre de « petit rat gris », la grosse de « montgolfière », de « mouton » et d' « agneau ». Certaines répliques sont parfaitement ciblée thématiquement : « il y a bien une ou deux femmes qui me trottent dans la tête comme un fumet de déjeuner du dimanche », « de dos elle ne fait pas plus de 30 ans - Mais c'est son côté face avec lequel vous vivrez », « je n'ai rien contre les rondes du moment qu'elles sont placées au bon endroit », « elle viendra me manger dans la main quand je voudrai », « des navets ronds et blancs comme les seins des femmes », « je ne suis pas contre les femmes qui ressemblent à des oreillers tant qu'ils sont placés là où il faut », « une femme qui est un oreiller à 30 ans se transforme en édredon à quarante » etc. La femme est nourriture et boisson. N'oublions pas que Hitchcock, complexé par son obésité, était un fin gourmet amateur de bons vins... Ce film utilise les surimpressions afin d'évoquer les souvenirs, la présence de quelqu'un ou créer des raccourcis efficaces. La religion est traitée avec dérision : par le biais de la mère du pasteur en chaise roulante (comique de situation) ou par la prière avant le repas nuptial où les convives se transforment par le biais d'un fondu-enchaîné très rapidement en goinfres. La déclaration finale du fermier envers sa servante se fera devant un symbolique feu de cheminée. Champagne (1928) ou « A l'américaine », est le 8è film d'Hitchcock en Angleterre, tourné entre The Farmer's wife (Laquelle des Trois) et The Manxman, le dernier film muet. Les thèmes principaux traités dans Champagne reviendront souvent dans toute l'aeuvre d'Hitchcock : le trio amoureux, le voyeurisme, le travestissement, la multiplication des fausses pistes, la nourriture. L'humour y intervient dès que possible. La manière de filmer certains plans est la signature du maître. Dès le tout début, on voit une coupe de champagne en caméra subjective (c'est nous qui buvons) après avoir reçu le bouchon en pleine figure ! Puis on aperçoit la piste de danse au fond du verre : autrement dit, on voit sans être vu (voyeurisme) par les yeux d'un des personnages principaux, le plus louche... Ce même plan sera repris en fin de film. Le problème de la vision est également traité en caméra subjective lors du tangage du navire (où seul un ivrogne marchant de travers avance désormais droit!), lors de l'arrivée et de l'embrassade du père et de la fille (c'est nous qui sommes embrassés) en combinaison avec un travelling avant suivi d'un travelling arrière. Hitch multiplie également les surimpressions : lors de l'annonce de la « ruine » paternelle, le vertige visuelle de sa fille tourne autour d'elle et nous donne mal au coeur; lorsqu'elle pense aux deux hommes de sa vie, leurs visages respectifs s'impriment sur elle. Certaines transitions par l'objet sont les bienvenues : le drap secoué précédent la mise de la nappe sur la table, la danse sur le bateau et l'affiche de publicité, le carton du détective avec le nom sur la sonnette de son appartement. Le vol en pleine rue des bijoux n'est montré que par les pieds des protagonistes. Une contre-plongée sur la salle de bal et la table est mêlée à un plan subjectif. L'humour est toujours au rendez-vous : il vise la nourriture (la tête de cochon vue deux fois et qui donne mal au coeur, les tentatives ratées de la fille pour faire du pain et des gâteaux, les mains pleines de farines imprimées sur le dos de son amant, les petits pains tombées par terre, ramassés à la main et servis précautionneusement par une pince!), les femmes et leur corps (la fille arrivant par avion le visage noirci sauf autour des yeux grâce à ses lunettes, l'évocation des dents, du nez, des jambes, des doigts, des mains tous mis en situations ironiques, le jeux de déguisements/travestissements), les membres de la société qui apparaissent comme différents de ce qu'ils sont (gags avec le maître d'hôtel, le père, le détective). Le monde d'Hitchcock est un monde de faux semblants, de simulacres, de jeux où tout peut déraper. Le détective ne cherche-t-il pas d'abuser la fille sous couvert de sa fonction qui lui servira à se rattraper s'il échoue, ce qui se produira ? La déchéance suite à une fausse ruine peut entraîner vers le fond rapidement n'importe qui. La foule du bateau qui se rue à l'extérieur est tournée comme une prise de panique, et l'on y croit avant de s'apercevoir qu'il s'agissait d'assister à l'arrivée d'un hydravion ! En guise de morale plutôt pessimiste, Hitch nous enseigne que le retour à la « normale » - le riche redevient riche - rétablit vite les instincts premiers dus à la naissance : les enfants de riches ne pourront jamais changer. The Manxman (« L'homme de l'île de Man ») - 1929 - est le 9è film d'Hitchcock de sa période anglaise, entre Champagne et Blackmail (Chantage). Il est donc son dernier film muet. Ce film peu connu n'est pas le meilleur de sa période muette. Hitchcock y développe les thèmes de l'ambition opposée à l'amour, les obligations liées à l'amitié, la tradition familiale bloquante, la tromperie, l'enfant, le remords, la mer. L'histoire est très liée à un certain contexte mélodramatique propre à l'époque. Le traitement cinématographique de ce film garde quelques traits limités mais caractéristiques de la manière d'Hitchcock. Tout d'abord, on remarquera l'importance des extérieurs filmés de manière à mettre en valeur la beauté de la nature, comme un contrepoint à la laideur des hommes : bateaux à voiles des marins sur la mer (premier et dernier plan), nature luxuriante. Un très beau plan restera gravé dans les mémoires : lorsque la jeune femme rencontre son amant sur la plage, ils sont vus, minuscules, à tour de rôle à travers un immense rocher troué à la manière d'un oeil. Lors du repas de mariage, le plan est composé symétriquement de façon à mettre le gâteau entre les mariés. On voit ensuite l'amant en surimpression : méthode traditionnelle du muet pour imager les pensées. Lors de la scène entre la jeune femme et l'amant dans le moulin, il met en route la meule qui tourne autour d'un bâton; des cordes gisent par terre; un gros plan pudique mais suggestif sur leurs pieds lorsqu'ils s'embrassent nous font comprendre aisément la suite : la naissance d'un enfant naturel, source de tous les problèmes. L'épisode de la meule sera revu en surimpression lors du mariage... A des moments cruciaux, la lumière tournante d'un phare symbolise un moment de crise, un suspense. Lors du suicide raté de la jeune femme, elle réapparaîtra. Un fondu enchaîné audacieux suit entre les remous de l'eau noire où elle vient de plonger et la plume de l'amant trempée dans une encre noire. La scène du tribunal où se retrouvent la jeune femme et son mari demande une explication : les lois anglaises de l'époque considéraient le suicide comme un meurtre sur sa propre personne. Toute personne proche d'elle comme le conjoint est considérée comme responsable et doit être jugée elle aussi. The Ring (1927) est le 6è film d'Hitchcock tourné en Angleterre entre Easy Virtue et The Farmer's Wife. Le titre du film fait appel à de multiples références : l'anneau du bracelet, l'anneau nuptial, le ring de boxe. Il y aura beaucoup d'objets ronds dès le début à la foire (le tambour pour le premier plan, les tentes, le mouvement circulaire des manèges) et la structure du film est cyclique : il commence et s'achève sur un match de boxe. Hitchcock tourne un film qui n'est ni une comédie ni un suspense. Il traite d'un de ses thèmes récurrents : le triangle amoureux. L'histoire est très simple mais cette simplicité se trouve sublimée par la mise en scène, très imaginative. Hitchcock multiplie le travail sur l'image : surimpressions, jeux de reflets de miroir ou d'eau (qui déforment l'image, comme la vision de l'homme saoul ou le délire du jaloux), vues en plongée (l' « oeil de Dieu ») lors du combat final, associées à de belles vues d'ensemble où les hommes vus en taille réduite semblent être des instruments du destin, plans subjectifs (on reçoit le coup de poing lors du combat). Les associations d'images par le biais d'un montage intelligent appuient certaines idées : lors du premier cadeau offert à la fille, l'image suivante montre une bouilloire qui siffle; la renommée grandissante du boxeur se perçoit par la montée au sens littérale de son nom sur une affiche dont les différents plans nous surlignent par la lumière son évolution de bas en haut. Lors du mariage, le doigt reçoit la bague et le bracelet-serpent offert par l'amant glisse du bras. L'anticléricalisme d'Hitchcock est associé au grotesque lors du mariage à l'église : deux soeurs siamoises veulent s'assoir l'une à gauche, l'autre à droite, les témoins se disputent, le soigneur se met un doigt dans le nez, laisse tomber l'anneau, le marié exhibe un pansement sur la joue en forme de croix, le nain entre à côté de l'obèse, etc. Hitchcock a toujours été fasciné par le monde du spectacle et du théâtre. Ce film en est une brillante illustration. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles |
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