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5.0 étoiles sur 5 Prodigieuse(s) rencontre(s), 11 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Joyous Encounter (CD)
Joe Lovano est un géant du jazz.
Joe doit être le fils caché de Sonny.
De par sa virtuosité et sa générosité, on pourrait l’affubler d’une partie du pseudonyme du grand Rollins: «The Son of Saxophone Colossus».
Il faut dire que Joe Lovano est tombé dans la marmite à l’âge de 4-5 ans lorsque son père, barbier de son état civil et saxophoniste de ses virées nocturnes, lui enseigne les rudiments de l’instrument, tendance tessiture alto.
Avec ses frères, Joe est sevré dans un band de jazz qui lui permet d’intégrer le «Berklee College of Music» à Boston.
Dans cette école prestigieuse (qui a formé Gary Burton, John Abercrombie, John Scofield, Pat Metheny…), il rencontre ce qui se fait de mieux parmi les professeurs. Impressionnés par le jeune musicien qui se lance à souffle perdu dans le saxophone version ténor, ses enseignants qui ont une grande ouverture d’esprit lui permettent d’acquérir à la fois une maîtrise technique et des qualités d’improvisations.
Fin des années 60, c’est l’explosion du jazz dans le bon sens du terme, qui, après avoir lancé le «Free», se frotte à tous les genres musicaux. Joe, jeune étudiant, est une éponge jazzistique et son tempérament sicilien l’entraîne loin des sentiers battus du jazz classique.

Au début des années 80, Joe fait une «prodigieuse rencontre».
C’est à cette période qu’il est repéré par le batteur Paul Motian qui, lui, a commencé sa carrière vingt-ans plus tôt.
C’est le début d’un trio majeur du jazz avec Motian comme leader accompagné de Lovano et de Bill Frisel à la guitare. Le trio magique «sévira» presque jusqu’au décès du batteur.

Mais les rencontres de Joe ne s’arrêtent pas là.
Cet homme est béni des dieux du jazz puisqu’il a collaboré comme leader ou sideman avec les plus grands (Michel Petrucciani, Dave Holland, Charlie Haden, Jim Hall, Jack DeJohnette, Joshua Redman, Elvin Jones, Esperanza Spalding…).

Hélas pour lui, il commet sa seule erreur en 2003-2004 lorsqu’il rencontre Hank Jones pour l’enregistrement de deux albums «I'm All For You» et «Joyous Encounter».
Le géant du piano écrasera-t-il sa baraka prodigieuse?

LE CONTEXTE
«Joyous Encounter» a été enregistré en deux jours, début septembre 2004, à New York.
Le leader Joe Lovano retrouve pour la première fois les mêmes musiciens sur deux albums successifs.
Les membres de son quartet se sont en effet déjà «affrontés», c’était encore sur deux jours, en juin 2003.

LES MUSICIENS
Joe Lovano (ténor saxophone), Hank Jones (piano), George Mraz (basse), Paul Motian (batterie).

L’ALBUM ET SON DOUBLE
Ce diptyque est complémentaire, voire indissociable, même si l’on perçoit des différences importantes.
Le premier est une succession de 9 ballades: elles sont issues de standards interprétés par les plus grands saxophonistes de jazz qui ont précédé Joe Lovano (sauf la première qui est une composition du leader). L’atmosphère est feutrée et calme, le tempo très langoureux voire mélancolique.
Pour résumer, Joe Lovano place l’auditeur entre 1933 et 1949 (sauf pour 3 titres).
Le second est un ensemble d’apparence plus éclectique qui comprend onze morceaux avec des tempos plus variés et plus proches des années 60 et 70 (sauf 2 titres). Deux compositions sont de Lovano et les neuf autres sont encore des standards enregistrés par ses grands aînés saxophonistes.

Les deux albums peuvent donc sembler très différents.
Avec le recul, dix ans après leur sortie, et après plusieurs écoutes en simultané, on distingue des affinités qui se créent entre les titres des différents disques. Les résonances thématiques, interférences sonores, similitudes d’arrangements enrichissent chacun des albums.
Comme si le deuxième était un calque du premier qui alterne continuité puis rupture, et vice et versa.

«Joyous Encounter» peut ainsi être très lyrique et renvoyer à «I’m All For You».
Il peut être saccadé, à la limite de la rupture mélodique comme si Joe Lovano, en tant qu’orchestrateur, voulait déconstruire ce précédent album.
En cela, on imagine l’influence de Hank Jones, très grand arrangeur et pianiste de génie.
Et puis, sur les deux albums, on retrouve cinq compositions du frère de Hank, Thad Jones, trompettiste mais aussi grand chef d’orchestre à partir des années 70.

Joe Lovano investit ainsi un nouvel univers.
De nombreux critiques ont mésestimé l’un ou l’autre album à leur sortie.
Il apparait, aujourd’hui, évident de les appréhender ensemble.
Il est ainsi plus aisé d'apprécier cette prodigieuse et «joyeuse rencontre».

LES TITRES (66 minutes 49)
1. «Autumn in New York»: un classique de Vernon Duke (1934) et interprété un nombre incroyable de fois, notamment par des saxophonistes de légende (Charlie Parker, Sonny Stitt, George Coleman, Dexter Gordon).
C’est le plus long morceau de l’album (plus de dix minutes).
Hank Jones démarre sur des notes lentes et mélancoliques et Joe Lovano suit sa mesure avec, de temps à autre, quelques envolées lyriques.
Le dialogue entre les deux musiciens est magnifique et prend une nouvelle dimension lorsque la section rythmique de George Mraz et Paul Motian vient se joindre au duo.
Une interprétation très émouvante qui se rapproche du 8e titre «Early Autumn» (premier album) et rappelle celle de Bird bien qu’ici, ce soit un quartet qui ferait face à un orchestre de près de 30 musiciens.

2. Bird’s Eye View: première des deux compositions de Joe Lovano.
Un titre très Bebop et un hommage direct à Charlie Parker.
Ils ne sont que quatre mais ils se déchaînent pendant plus de cinq minutes.
Le jeu de Lovano est proche de la dissonance qui s’accentue avec le rythme trépidant de Paul Motian.
Et Hank Jones, en retrait pendant la moitié du morceau, réalise un solo d’une virtuosité qui va inciter les trois autres à surenchérir.
Puissant et incisif, non sans évoquer «I Can’t Believe That You’re In Love With Me», toujours par Bird.

3. «Don’t Ever Leave Me»: une composition de Thad Jones de 1966.
Bel hommage de Joe Lovano à Thad Jones, frère d’Hank. Celui-ci réalise encore un superbe solo.
Étonnant que cet ensemble qui se situe entre plusieurs frontières, entre un staccato Bebop et une ballade Hard bop.

4. «Alone Together»: une composition d’Arthur Schwartz et Howard Dietz (1939) qui est un must du jazz classique.
Une superbe introduction solitaire et tout en mélopée d’Hank Jones.
Le solo de Lovano survient au bout d’une minute trente. Il réalise des arabesques qui frisent le chuchotement au creux de l’oreille du pianiste.
Hank Jones revient pour un second solo d’une virtuosité qui le met en transe (on entend le souffle sourd de sa voix).
Encore un morceau très mélancolique qui donne des frissons.

5. «Six and Four»: un titre d’Oliver Nelson de 1961. Ce compositeur et saxophoniste était un grand ami de Hank Jones. Ils ont collaboré ensemble sur trois albums dans les années 60.
Démarrage au quart de tour de la section rythmique qui entraîne le saxophoniste vers un déluge de notes prodigieuses.
Le solo du piano est soutenu par une basse-batterie frénétique.
Ça swingue, ça chahute, ça s’envole, ça tourbillonne. Vertigineux et sublime.
Et le phrasé de Lovano rappelle celui de Joshua Redman, son cadet saxophoniste à qui il avait offert une magnifique session d’enregistrement en 1993 sur «Tenor Legacy», album-hommage à Sonny Rollins.

6. «Pannonica»: un chef-d’œuvre de Thelonius Monk, mais le pianiste a-il commis des compositions mineures?
Ce titre est une création qui rend hommage à Pannonica de Koenigswarter, grand mécène anglaise sans qui de nombreux jazzmen Bebop n’auraient pas pu survivre.
Le paradoxe? Lovano réussit le tour de force de produire un spleen joyeux.
Tristesse et langueur alternent avec joie de vivre.
Là encore, Hank Jones réalise un magnifique solo où sa voix est encore plus présente, comme entraînée par le style trépidant et saccadé qui caractérisait Monk.
C’est d’une beauté qui frise la perfection d’autant plus que la basse de George Mraz effectue un solo d’une sensibilité à fleur de peau.

7. «Consummation»: deuxième composition de Thad Jones (1970).
Encore une belle mélodie qui alterne les solos de Lovano et Jones.
Un jeu d’ensemble qui rappelle les interprétations Hard bop des années 60 du label «Blue Note».
George Mraz y effectue aussi un beau solo qui rappelle sa collaboration avec Oscar Peterson.

8. «Quiet Lady»: troisième composition de Thad Jones (1975).
Cette ballade est le pendant de «The Summury» (1972), seule composition de Thad Jones présente sur l’album «I’m All For You».
C’est le morceau le plus "tristement joyeux" des 11 titres de «Joyous Encounter».

9. «Joyous Encounter»: seconde composition de Lovano.
L’interprétation est très enlevée, avec des pulsations magistrales de la section rythmique, donnant ainsi une énergie d’une grande puissance au saxophoniste.
Lovano emprunte des sonorités Hard bop très rapides au Sonny Rollins de la fin des années 50.

10. «A Child Is Born»: dernière composition de Thad Jones (1970).
C’est un grand classique du trompettiste au moment où sa carrière s’oriente vers de grands orchestres avec Mel Lewis.
Une ballade christique et mélancolique du quartet qui parvient à évoquer la complexité harmonique originale et rappelle aussi l’album «The Water is Wide» de Charles Lloyd.

11. «Crescent»: une composition de John Coltrane, issue de l’album éponyme de 1964.
Joe Lovano est ici sur les traces de Coltrane, la référence ultime en matière de jeu modal.
Son interprétation est par moment très proche de la mélodie originale, et, à d’autres moments, on sent qu’il «s’égare» dans des sonorités plus libres, proches des improvisations que Coltrane réalisera après 1965.
Le quartet de Lovano donne sa pleine mesure dès l'ouverture du morceau et renvoie au quartet de Coltrane (peut-être le quartet le plus important de l'histoire du Jazz).
Quel plaisir d'écouter les deux interprétations, immédiatement l'une après l'autre.
Hank Jones est McCoy Tyner, George Mraz est Jimmy Garrison, et Paul Motian est Elvin Jones (encore un frère de Hank, décidément le monde du jazz est une affaire de famille).
Un titre entre l’épure et la rupture.

POUR RÉPONDRE
à la question de la fin de l’intro.
Hank Jones réalise une performance musicale fabuleuse sur tous les morceaux de cet album.
Sa virtuosité et sa vélocité incroyable à 86 ans sont un cran au dessus de «I’m All For You».
Joe Lovano a peut-être estimé qu’un deuxième album avec des tempos différents permettrait de mettre en valeur les couleurs du pianiste.
Et comme le saxophoniste a toujours été généreux avec les différents sidemen qui l’accompagnent depuis 25 ans, prenant exemple sur son expérience avec Paul Motian, il leur offre des plages de liberté et d’improvisation.
Joe Lovano est en retrait sur certains titres mais déborde d’énergie sur d’autres quand la section rythmique des trois autres musiciens est à l’unisson.
C’est un album que Lovano aurait pu co-signer avec les deux frères Jones, Hank comme musicien et arrangeur et Thad comme compositeur («posthume»).
Le saxophoniste et le pianiste quasi-nonagénaire en auront l’occasion en 2007 sur l’album «Kids: Live At Dizzy’S Club Coca-Cola».
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5.0 étoiles sur 5 fusionnel!, 23 mars 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Joyous Encounter (CD)
Coup sur coup (2003/2004),Joe Lovano sort deux albums
de standards:"Ballad Songbook" et "Joyous Encounter".
Avec la même section rythmique:les subtiles (le mot est faible)
Hank Jones au piano ,George Mraz basse et un vieux complice
d'aventures d'un autre genre:Paul Motian à la batterie.
Deux mesures d' "Autumn in New York" et nous sommes embarqués
par le son droit,rond et brûlant du ténor de Joe (moins impressionnant
au soprano).Filez vers "A Child is born"la composition du trompettiste
Thad Jones (le frère de Hank) et vous fusionnez totalement
avec un maître magnifique du Jazz.
Tout aussi conseillé,sinon plus,l'hommage à Charlie Parker:"Bird Songs"
de 2010!
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