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Béla Bartók : The Six String Quartets
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C'est en 1959 que le Fine Arts Quartet a enregistré en stéréo (sur ce point: voir la suite du commentaire) les six quatuors de Bela Bartok au Masonic Hall, Wilmette, Illinois. Cet enregistrement très réputé aux Etats-Unis est resté en Europe plutôt confidentiel. Il a ses « fans » absolus (j'utilise à dessein ce mot) et ses détracteurs. J'ai voulu me faire une idée.

Les quatre membres du quatuor sont alors Leonard Sorkin (violon I), Abram Loft (violon II), Irving Ilmer (alto) et George Sopkin (violoncelle). En 1959, Bartok n'est plus de ce monde que depuis peu, et aux Etats-Unis, la ferveur s'est répandue, ce qui donne lieu aux enregistrements du quatuor Juilliard (le premier, avec Arthur Winograd, en 1949) et à celui-ci.

Si comme moi, vous commencez l'écoute par un mouvement comme le 1er mouvement du 5e quatuor, vous risquez de noter rapidement les défauts: c'est très « rough » dans l'exécution, pas très beau dans les timbres, et dénué du genre de virtuosité individuelle infaillible qu'on trouve chez les Juilliard version II, par exemple. Voilà, c'est dit. Pour la « magie nocturne » du récitatif de violoncelle au coeur du IVe quatuor, voyez plutôt les Takacs et l'envoûtante prestation d'Andras FejérBartok : les 6 quatuors à cordes (The 6 String Quartets - die Streichquartette).

Mais une autre chose qu'on note tout de suite, c'est la spatialisation intelligente de l'enregistrement qui permet de distinguer les voix. L'alto d'Irving Ilmer, très corsé, est placé tout à fait à droite (à droite du violoncelliste, ce que confirment les photos du livret) et c'est vraiment à soi seul un bonheur, celui de pouvoir suivre ce qu'il fait, et d'entendre distinctement ce que Bartok lui a confié (le rôle qu'il joue à des moments-clés du 3e quatuor est parfaitement audible ainsi). Pour une musique où les modes de jeu sont aussi importants, la prise de son décide de beaucoup de choses (l'Allegretto pizzicatto du 4e quatuor, fantastique ici).

Ensuite, il y a musicalement, des choses admirables. Dans le cinquième quatuor, le climax du mouvement IV, comme dans certains moments de la course-poursuite du V, on se laisse complètement porter par l'évidence d'une interprétation de caractère.

Pour le second quatuor, on peut trouver un second mouvement plus étourdissant, mais qui résisterait à la manière dont les musiciens nous mènent au sommet dynamique et expressif du premier temps ? La nuit noire du 3e mouvement, elle, est rendue dans toute son indicible désolation.

Le troisième quatuor, un des plus hauts chefs-d'oeuvres jamais composés, tous répertoires confondus, est l'objet d'une interprétation habitée, jamais édulcorée, qui a l'intensité d'un grand concert.

S'il y a 3 CDs, c'est qu'est jointe une émission de TV contenant la présentation du 1er quatuor par ces interprètes. Les exemples musicaux sont éclairants et l'anglais des interprètes, facile à comprendre, ce qui fait qu'on ne regrettera pas trop les images. Ce premier quatuor, si différent des suivants, reçoit lui aussi une interprétation pleine de saveur et de sens.

Notice en anglais ultra-détaillée sur les musiciens, avec analyse des oeuvres par le second violon, qui est aussi musicologue.

Autant je pense qu'il vaudrait mieux se familiariser avec ces oeuvres en compagnie d'autres formations (Vegh II, Juilliard IIBartok : les six quatuors à cordes, Takacs II, Belcea), autant le Fine Arts Quartet permet de percevoir autrement l'inépuisable richesse, les résonances profondes de cette somme, qui raconte aussi une vie, prise dans la tourmente du siècle.

L'un des musiciens le formule à sa manière dans cette émission, et ce qu'il dit est aussi simple que vrai : « Bartok n'a pas seulement vécu à notre époque, il a écrit pour notre époque ».
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