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1000 PREMIERS RÉVISEURSle 18 janvier 2010
Max Ophüls, après une carrière théâtrale à succès, en Allemagne, réalise son premier film en 1929, et se fait remarquer en 1933, avec LIEBELEI. Anticipant la montée du nazisme, il quitte l'Allemagne, se réfugie en France avec femme et enfant. Il participe à la radio à des émissions de propagande anti-nazie, et devient rapidement la bête noire à abattre par les hommes de Goebbels. Au début de la guerre, Louis Jouvet le fait passer en Suisse, puis il s'envole pour Hollywood, où il réalise quatre films, dont le plus célèbre reste LETTRE A UNE INCONNUE Lettre d'une inconnue. Il ne revient en France qu'en 1950, pour réaliser ces quatre derniers films, succession de chefs d'oeuvres, le premier de la liste étant : LA RONDE.

Ce film est une splendeur. C'est un film à sketches, tiré d'une pièce d'Arthur Schnitzler. On y voit un soldat (Serge Reggiani) céder à une prostituée (Simone Signoret), puis rejoindre sa maîtresse, une jeune domestique (Simone Simon), elle même amoureuse de son patron (Daniel Gélin), ce dernier vivant une aventure avec une femme mariée (Danielle Darrieux) dont le mari s'encanaille d'une cocotte, elle même maîtresse d'un poète (Jean Louis Barrault)... La ronde des amants, des maîtresses, la ronde des sentiments, la ronde de l'amour, rythmée par une petite valse nonchalante.

Tout commence par un plan séquence admirable, en travelling, où on suit un homme, dont les interventions sous différents traits ponctueront le récit, faisant office de transitions. Il s'adresse à nous, il commente, intervient... C'est le narrateur, ou est -ce l'auteur ? Ou Ophüls lui-même ? Voire, le spectateur ? « Je suis personne, et tout le monde » nous dit-il... en s'étonnant même de marcher dans un studio de cinéma. Derrière lui, un manège tourne, et Simone Signoret apparaît, surprise, et sommée de prendre sa place pour que le film commence... Fiction, réalité, illusion, narration... Max Ophüls brouille les pistes, nous éblouit et nous enchante.

Cette première séquence illustre à merveille le style de Max Ophüls. Une grâce absolue des mouvements de caméra, de longs plans complexes, des cadrages baroques, des éclairages sophistiqués. Lorsque je pointe du doigt, dans mes chroniques, les mises en scène « plan-plan » de certains réalisateurs, c'est pour les opposer à ce style, à cette invention constante, cette audace narrative, à ce plaisir de filmer, de mettre la caméra au centre du récit. Cette recherche formelle sert parfaitement le propos de film. La ronde, le mouvement, les cercles, les arabesques, et ce passage de témoin, constant, entre les scènes. Arthur Schnitzler était médecin de formation, et il pensait, en écrivant cette pièce, aux ravages de la syphilis, transmise d'amants en amants. Ophüls n'y fait pas allusion, mais dresse un catalogue complet de toute sorte de liaisons amoureuses, qui d'ailleurs choqua à la sortie du film. Car sous cet écrin majestueux, Ophüls nous parle de sexe (et dans toutes les couches sociales, puisque plus le film avance, plus les protagonistes sont riches).

Sujet évoqué sans détour, et avec humour. Le coït furtif de Reggiani, sur un quai, trop pressé de rentrer à la caserne. La panne sexuelle de Daniel Gélin (qui n'arrive pas à déboucher une bouteille de vin, doit-on y voir un signe ?), alors que le manège, en parallèle, se grippe, n'avance plus... La libido exacerbée d'une comédienne, qui tient bien en main, et caresse le sabre de son amant, un officier (Gérard Philippe), sabre qui filmé en amorce, aux proportions impressionnantes, s'apparente à un chibre érigé. "Je reviendrais dans trois jours" dit l'officier... "Pourquoi pas dès ce soir ?" s'offusque la comédienne ! Les femmes mènent la danse. Citons aussi la conversation des époux, chacun dans son lit, filmée à travers une horloge, dont le pendule oscille de droite à gauche, d'un lit à l'autre. Quelle finesse ! Et Gélin, encore lui, exigeant de sa maîtresse qu'elle se déshabille, d'un simple : « enlèves tout ! ». Et elle s'exécute. Coucheries, duperies, tromperies ! Champagne, cocottes et bel artilleur ! Mais le bonheur dans tout ça ? L'amour, l'honnêteté des sentiments ? Le tableau est plus noir qu'il n'y paraît.

LA RONDE est un enchantement de tous les instants. Un film qui brille par son audace, sa créativité, son intelligence, l'originalité de sa construction, par la qualité des interprètes, par la modernité de son jeu, et l'excellence de ses dialogues.

Deux ans plus tard, Max Ophüls réalisera LE PLAISIR, Le Plaisir déjà chroniqué sur ce site.
2525 commentaires|12 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 22 avril 2015
ce film joué par de merveilleux acteurs , je le désirais depuis longtemps car je l'avais vu dans un cinéma qui n'existe plus
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