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5.0 étoiles sur 5 Une interprétation très convaincante, 16 janvier 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : La Belle Meunière (CD)
La Belle Meunière, comme l'immense majorité des lieder de Schubert, a été composée pour voix aigüe (soprano ou ténor). Bien des barytons l'ont chantée et la chantent en transposition, quelques basses aussi. Matthias Goerne est un baryton-basse au timbre sombre et bien évidemment son interprétation ne se situe pas dans la même ligne que celle de Wunderlich, de Schreier ou de Prégardien, pour ne citer que quelques exemples.
L'apprenti-meunier du cycle, ce personnage qui incarne le marginal, l'exclu, est ici un rêveur, un poète introverti. Cela est sensible dès "Wohin?", où on ne retrouve pas l'énergie juvénile habituelle, mais où les vers
Das kann kein Rauschen sein
Es singen wohl die Nixen
Tief unten ihren Reim
(ce ne peut être un bruissement/ les nymphes sans doute/ chantent leur refrain dans les profondeurs)
nous confirment: pour lui le rêve est plus important que la réalité. Ce ne peut être la voix de la nature, des êtres fantasques sont à l'oeuvre et tissent leurs enchantements.
Ceci est concrétisé dans "Halt!" : le héros voit un moulin, certes, mais celui-ci a tous les attributs de l'idéal : "das Haus, wie so traulich, die Fenster wie blank, und die Sonne wie helle ..." (la maison, si intime, les fenêtres si brillantes, et le soleil si clair) mis en valeur par Goerne. A peine a-t-il aperçu le moulin que celui-ci devient une vision de rêve et il se demande "war es also gemeint?" (était-ce donc l'intention?). Dans "Danksagung an dem Bach" il est de nouveau dans son intérieur onirique. Premier conflit avec la réalité : "Am Feierabend". Le martèlement du piano se fait plus dur. À la fin du da capo, dans l'ultime énoncé de "Daß die schöne Müllerin merkte meinen treuen Sinn", il est retourné dans le rêve. Le ton est plus doux, le chanteur entame un diminuendo qui se poursuit au piano avant que deux accords martelés ramènent la réalité.
Goerne dépeint cette atmosphère onirique avec sa voix de velours aux riches nuances. Son contrôle du souffle lui permet de longues lignes legato et un tempo calme et rêveur.
L'indiscret, "Der Neugierige" est plongé dans le rêve, ce que souligne Eschenbach avec de délicates nuances pianistiques comme son soutien de "ein Wörtchen".

Dans "Ungeduld" a lieu la première tentative extravertie : le héros sort de son monde intérieur. Le piano martèle de nouveau - mais quel beau toucher! - avant que le héros ne se rende compte qu'il n'attire pas malgré tout l'attention de la belle meunière (und sie merkt nichts von all dem bangen Treiben). "Morgengruß" commence de manière plus décidée, mais avec "so muß ich wieder gehen" le meunier se replie dans son monde intérieur. Dans la dernière strophe a lieu une timide tentative de quitter le monde onirique mais les derniers vers ramèment des images poétiques (Die Lerche wirbelt ... ) et l'imaginaire de la poésie (Leid und Sorgen). On ne quitte pas cet univers intérieur dans "Des Müllers Blumen". Ces trois lieder strophiques (Morgengruß, Des Müllers Blumen, Tränenregen) sont interprétés ici comme le mouvement lent d'un concerto de Mozart, nuancé, avec subtilité et délicatesse.

Dans "Tränenregen" le héros est totalement plongé dans l'imaginaire "romantique" : solitude à deux au clair de lune, murmure du ruisseau ... avec l'inévitable "mal du siècle" (les pensées suicidaires ne se fondent à ce stade sur rien de concret mais elle font partie de l'imaginaire des Romantiques): "in seine Tiefe ziehn", où Eschenbach accentue les graves. À la fin, c'en est trop pour la meunière. "Ade, ich geh nach Haus" : moi, je retourne dans la réalité.

L'ironie de Müller vis-à-vis des Romantiques est ici combinée à la sympathie de Schubert: le meunier de Goerne est le poète romantique qui vit dans son monde de fleurettes bleues, de clairs de lune et de "Sehnsucht". Il ne connaît pas le bonheur simple. Quand Goerne chante
Meiner Sehnsucht allerheißesten Schmerz
Durft ich aushauchen in Liederscherz
(je pouvais exprimer la plus brûlante douleur de la "Sehnsucht" dans le badinage des chants),
il nous fait comprendre que le monde du héros est un artefact poétique.
Ach, wie groß ist wohl meines Glückes Last (comme le fardeau de mon bonheur est lourd): il ne peut littéralement accepter son bonheur, il est victime du mal du siècle.
Goerne l'exprime avec un beau legato lyrique, accompagné par Eschenbach dans les gradations de p et de pp voulues par Schubert. Comme il ne s'attache pas outre mesure aux mots, on saisit mieux la totalité du discours. Et aussi le fait que la meunière et son père (dans sa seule brève intervention) s'expriment de façon directe et naturelle. Quand le héros s'y essaie (dans "Der Jäger", par endroits dans "Eifersucht und Stolz"), il recule très vite devant sa propre hardiesse ("doch sag ihr nicht, hörst du, kein Wort ...").

Dans cette interprétation on peut concevoir que la meunière et le héros aient réellement eu brièvement quelque chose ensemble (serait-ce seulement un baiser), mais qu'elle n'est pas à la recherche de la fleur bleue ou du mal du siècle, seulement du bonheur et du plaisir - ce que lui apporte plutôt le chasseur ("wenn von dem Fang der Jäger lustig zieht nach Haus ..."). On comprend bien alors pourquoi Schubert a écarté quelques poèmes. La meunière n'est pas la mijaurée présentée dans les poèmes écartés, tout simplement une gentille jeune fille pas compliquée, tandis que le héros préfère se replier sur son monde imaginaire, mal du siècle y compris.

Il exprime ceci dans "Die liebe Farbe". Le "vert" poétique est l'emblème de ses espérances déçues, trahies. Mais le vert est aussi une couleur bien rélle, une "böse Farbe". Dernier conflit avec la réalité: le vert poétique, qu'il a chanté dans "Mit dem grünen Lautenbande", n'est pas celui du monde réel, où il est un "weißer Mann", un homme blanc.
Dans "Der Müller und der Bach" la première strophe est chantée avec une beauté bellinienne, de sorte que la seconde apparaît comme une variante ornementée où la beauté initiale est un peu surchargée, ce que le héros commente ainsi: "liebes Bächlein, du meinst es so gut, aber weißt Du, wie Liebe tut?"

le dernier lied ist est presque programmatique: les premiers accords sont "martelés", le monde réel est bien présent. Le ruisseau chante une mélodie du monde imaginaire, où le monde réel est reflété (in dem blauen kristallenen Kämmerlein). Après "daß ich die Augen ihm halte bedeckt werden" (pour que je lui couvre les yeux) les accords s'adoucissent, le monde réel s'estompe. La pleine lune peut se lever.

EUne belle interprétation, qui ouvre plusieurs voies: l'ironie de Müller face aux poètes romantiques, mais aussi une sympathie profonde, voire une empathie avec eux ; la fuite hors du monde réel dans le monde imaginaire, celui de la poésie, fuite qui ici n'est pas critiquée, encore moins condamnée, car elle correspond au sentiment de l'époque, omniprésent dans le cercle des schubertiens.
Tout ceci, Goerne le réalise avec son beau timbre riche en couleurs. Ici il a vraiment un souffle inépuisable, ce qui entraîne çà et là Eschenbach vers une lenteur à la Richter, vers un jeu contemplatif qu'il maîtrise sans affectation. Son phrasé, son accentuation, son toucher qui lui permet de différencier les lieder strophiques, la manière dont il fait sentir les modulations, tout ceci est très remarquable.

Une seule ombre au tableau : Bien qu'ici Goerne n'avale pas les consonnes finales comme il le fait souvent, il est toujours fâché avec les consonnes doubles. "Und die Sonne, wie helle vom Himmel sie scheint" devient "Und die Sone wie häle vom Himel sie scheint" Le Saxon transforme aussi "pflanzen" en "flanzen" et "Pfeife" en "Feife". on doit passer là-dessus pour apprécier une interprétation qui certes ne rend pas les autres obsolètes mais est en soi cohérente et présentée d'une manière très convaincante.
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1 internaute sur 3 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 la belle meunière, 18 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert: Die schöne Müllerin, Op.25 D.795 (Téléchargement MP3)
la perfection pour cette belle meunière. une voix magnifique et une sensibilité indispensable pour cette oeuvre de schubert.
beaucoup d'émotions
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1 internaute sur 5 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 très satisfaite, 3 juillet 2009
Par 
M. Bourget "cristal" (lyon France) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Schubert : La Belle Meunière (CD)
aucune critique , satisfaite à tous points de vue
Schubert chanté par Mathias Goerne , c'est magnifique
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Schubert : La Belle Meunière
Schubert : La Belle Meunière de Schubert Franz (CD - 2009)
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