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Neil Young a 26 ans lorsqu’il publie Harvest que d’aucuns considèrent encore aujourd’hui comme le disque le plus commercial de son catalogue. Comme si le canadien était commercial… L’éphéméride est figée sur la page du 14 février 1972, une date qui va s’avérer historique pour le rock, mais personne ne le sait encore. Ce jour-là, j’ai eu une révélation : Harvest. A peine sorti de l’œuf et aussitôt bousculé par les critiques qui ne font pas montre d’un enthousiasme débordant à son endroit au motif d’être trop vendeur et lui préférant After The Gold Rush, Harvest rabat aujourd’hui le caquet à tous ceux qui n’ont pas su deviner en lui l’anthologique concentré de grandes compositions qu’il est et qu’il a toujours été. Là où un lot de journaleux couards ont relevé dans leurs marcs de café matinal une pole position dans les charts peu en rapport avec son statut de buffle, et pointé du doigt une surprenante et honteuse dérive du Loner vers le disco, le quatrième disque de Young rétorquait silencieusement, poursuivant une route toute tracée pour entrer dans la légende au rang des œuvres emblématiques de la musique. C’est ainsi que l’on appelle, il me semble, le sémillant top 100 de Rolling Stone Magazine qui le recense au rang 78. En quoi l’ex-Buffalo Springfield pourrait-il être critiquable d’avoir connu ici un état de grâce et une inspiration prodigue que la fertilité imaginative du sublime After The Gold Rush précédent annonçait ? Une ambiance folk-rock légèrement country autour de la guitare et du piano, un rythme qui baisse de pied marquant une cassure par rapport à ses devanciers, l’apparition d’orchestrations symphoniques, des mélodies mélancoliques qui s’enchaînent un peu plus que de raison et avec une facilité jalousée ou suspecte, il n’en fallait pas plus pour que cet album soit jeté en pâture à ces scribouillards qui prirent un plaisir vicieux à dépecer la carcasse de leur proie comme de vulgaires charognards, histoire de se faire du Young. Le paisible Harvest, l’auto-critique Out Of The Weekend, Heart Of Gold et sa structure guitare/harmonica intemporelle, l’héroïne meurtrière abordée par le cas de l’ami Danny Whitten (Are You Ready For The Country et The Needle And The Damage Done), l’extraordinaire Words étiré pour prolonger le divertissement avec les Stray Gators (Nashville) qui l’accompagnent , A Man Needs A Maid (hommage à son deuxième femme Carrie Snodgress), Old Man, le racisme resucé façon Alabama après celui qui alimente Southern Man sur le disque précédent… rien n’a été laissé au hasard dans ce disque esthétique. Aucun superflu, encore moins de superficiel, il ne fait état que d’une toute petite faiblesse : There’s A World. Et encore. Le succès d’Harvest prit Young lui-même au dépourvu, au point qu’il préféra se faire plus petit quelque temps et couper avec une célébrité qu’il n’a jamais recherchée. Sur un plan personnel (ce n’est pas Neil Young qui va me voler la vedette quand même), je ressens encore toute l’émotion qu’Harvest a pu me procurer dès que je l’extirpais de son habillage cartonné, les sensations pilo-érectiles éprouvées à chanter à tue-tête, avec le frérot, des paroles qui collaient littéralement à la musique et que la mémoire n’a jamais pu effacer. Je connaissais mieux le répertoire lyrique du canadien que mes cours scolaires. Pour tout ce qu’il véhicule encore aujourd’hui, il appartient au lot de mes petits préférés. Et vous voudriez qu’on demande au Loner, mélodiste exceptionnel, de s’excuser d’avoir signé ici un patchwork de ses plus belles chansons acoustiques? Harvest, c’est culte, avec des chansons sorties tout droit du terroir américain et qui font encore rêver. Qui aurait pu prédire alors que la Saint Valentin 1972 serait le point de départ d’une belle et longue histoire d’amour avec un des artistes préférés du rock et qu’elle serait citée comme date référence de la musique qui nous réunit ? Qui ? (PLO54)
33 commentaires| 22 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 28 août 2002
"Harvest" ,comme Neil Young l'a reconnu lui-même ,est sa plus grosse vente;son seul numéro un et son seul single "heart of gold" numéro 1.IL s'agit de l'album idéal de NY pour commencer si on ne l'a jamais entendu.Les mélodies sont faciles (non péjoratif),les orchestrations soignées et même parfois pompeuses ("a man need a maid","there's a world").Le meilleur titre est surement "needle and the damage done" qui est un peu déplacé ici et qui aurait pu se placer sur d'autres albums plus "habités".
On ne peut cependant avoir une idée de l'oeuvre de NY avec le seul "harvest".Son oeuvre qui court sur 35 ans(!) comprend des albums autrement plus forts ,pour lesquels cinq étoiles ne sont pas suffisantes :"after the gold rush" "zuma" le difficile mais éprouvant "tonight's the night" ,l'époustouflant "rust never sleeps",et les albums du come back "fredom" et "ragged glory".En live ,éviter "rock road" et "four way street de Crosby Stills Nash and Young (Young n'a pas besoin des 3 autres,il est meilleur sans eux")et optez pour "live rust" ou "weld" ,ce dernier de 1991 étant une incroyable fête sonore,dépassant les groupes les plus hard ,mais avec tellement plus de choses à exprimer.
Bref,achetez "Harvest" mais souvenez-vous que ce n'est qu'une introduction.
11 commentaire| 58 personnes ont trouvé cela utile. Ce commentaire vous a-t-il été utile ?OuiNonSignaler un abus
le 7 décembre 2000
Harvest evidemment, l'Artiste lui meme a avoué que c'etait son meilleur album et qu'il ne pensait pas un jour atteindre a nouveau cette hauteur. Peut etre, on pourrait etre d'accord avec Neil Young, et s'arreter la. Mais ca reste tres reducteur, car non Harvest n'est pas le meilleur album de Neil Young, mais il est le plus accessible. L'oeuvre du chanteur est tellement dense, tellement variee, qu'il est presque regrettable de dire qu'harvest est le meilleur album de Neil Young. A l'heure ou les meilleures ventes sont les best of, les quelques sages qui vont aller dans le sens de la decouverte meme de musiques d'il y a 30 ans, iront acheter harvest et il est probable que la majorité s'arretera la. Dans ce cas mieux vaut milles fois acheter un live de l'artiste, car oui harvest une merveille mais le Neil Young de l'epoque n'etait qu'en quete d'un coeur en or et non pas de nouvelles sonorités, de lui meme. Toutes les sensations que l'ont ressent en ecoutant freedom, on ne les recoit pas d'harvest, qui est trop lineaire. Il ne faut pas s'y meprendre Harvest est un disque indispensable mais il ne faut surtout pas croire qu'il est representatif de l'oeuvre du chanteur. (La Bo de dead man l'est beaucoup plus)
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le 15 septembre 2000
"Harvest" n'est pas seulement l'album le plus vendu de Neil Young dans le monde, c'est probablement celui qui symbolise le mieux la richesse mélodique et la force d'écriture du Loner. On n'y trouve pas les éclairs électriques de ses albums avec Crazy Horse mais on est loin également de l'excès de sirop d'érable de certaines collaborations avec Crosby, Stills et Nash ! L'ambiance générale, sur fonds de ballade country (heart of gold) ou de violons tragiques (a man needs a maid), est à la réflexion sur le sens de la vie et un plaidoyer pour la tolérance (Alabama).Le meilleur album pour accéder à l'univers musical merveilleux de Neil Young et certainement un des 10 à emporter avec vous sur une ile déserte. Bref si vous ne l'avez pas déjà, n'attendez pas une seconde de plus !
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Harvest est le dernier album de Neil Young (autrefois aussi appelé "The Loner") qui rappelons-le est mort assassiné sur une plage, de nuit, par un certain Cortez. Bien que canadien, il eut droit à des obsèques nationales aux Etats-Unis, son cercueil fut même enveloppé dans le drapeau américain. Puis vint le temps de l'oubli, car comme chacun sait: la rouille ne dort jamais...

Bien que lui préférant son prédécesseur After the Gold Rush, plus émouvant et intimiste, ce dernier chef-d'oeuvre du grand Neil mériterait d'être ressorti des oubliettes.

Ca commence par Out of the Week-end, jolie ballade lente et nonchalante, économie de notes, ça sent le farniente, petit ostinato à la guitare, harmonica langoureux, on se croirait dans la case finale d'un album de Lucky Luke.

Harvest, ambiance intimiste rappelant l'album précédent, piano, guitare sèche, basse, batterie, le génie de Neil Young ou comment pondre une mélodie sublime avec des accords passe-partout. La suivante, A Man Needs a Maid, dédiée à sa nouvelle copine. Une très jolie intro classico-folk au piano et de très beaux arrangements de cordes que certains reprochent toujours au maître, jamais contents! Bon, les cloches font un peu solennelles, mais l'amour c'est sérieux.

Heart of Gold, tiens on dirait Dylan qui aurait appris à chanter (c'est pour rire, on l'aime bien le Bob) quatre accords magiques joués des millions de fois autour d'un feu de camp, quand y avait un harmonica c'était le pied. Autour de son feu, Linda Rondstadt et James Taylor, on a vu pire. On s'énerve un peu avec Are You Ready For the Country, ses anciens potes, David "the gun" Crosby et Graham "hollies" Nash poussent la chansonnette.

Old man, nouveau chef-d'oeuvre, accompagnement de banjo trop top, la pedal steel guitar chante la mélodie du temps qui passe. There's A World avec le London Symphony Orchestra, son intro de péplum timbalisé a fait couler beaucoup d'encre. Il l'aurait pas faite que ça m'aurait manqué...

Alabama et c'est reparti pour la guerre de sécession! Pas contents les Lynyrds! Un hymne sur des guitares pré-grunge, la chanson fétiche du KKK.

The Needle And the Damage Done, qui n'a pas essayé de jouer ce beau morceau de picking, les doigts en sang et la langue entre les dents? Le plus beau plaidoyer sur les dangers de la couture! Et pour finir, Words, ballade à rallonge, solo de guitare aléatoire et halluciné, harmonies en lambeaux, le piano s'en va au loin, The Dream is over.
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le 29 avril 2015
Cette critique vaut pour le DVD Audio 5.1, "l'ancêtre" du Blu-ray audio et concurrent du SACD. Ce mixage est une merveille. La musique lancinante de cet album prend une toute autre dimension sur l'ensemble des enceintes. Alors vu la rareté de l'objet, il est à espérer qu'il sera repris un jour sur Blu-ray audio en haute définition. Reste pour les nostalgiques, la réédition en vinyle, disponible depuis plus d'un an.
L'album, lui, n'est plus à présenter.
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le 1 juin 2014
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Quitte à ne pas être très original, autant asséner d'entrée qu'effectivement ce disque est incontournable. Une des pierres angulaires du rock, toutes chapelles confondues. En fait, c'est souvent le Cd que possèdent ceux qui n'ont qu'un seul Cd de Neil Young.
Son plus connu, son plus accessible (et pourtant avoir réussir à vendre des camions d'un album de country hors des USA tient du prodige, mais « Harvest » est prodigieux), son seul n°1 (« Heart of gold »), et tous les vrais fans du Canadien à chemise de bûcheron à carreaux vous le diront, pas son meilleur (perso, c'est « Weld », tout de rage électrique et de larsens à la tonne).
Tous les morceaux sont bons, mais deux surtout sont chargés d'histoires et d'anecdotes.
« Alabama » sur le racisme latent de cet Etat du Sud, ce qui entraînera une riposte musicale énergique des par ailleurs excellents Lynyrd Skynyrd (« Sweet home Alabama » en substance « si le Sud des USA te plaît pas, retourne au Canada »).
« The needle et the damage done », la chanson la plus grave du Cd, parle des ravages de l'héroïne dans l'entourage de Neil Young, et comme un sinistre augure, anticipe notamment la mort par overdose de son guitariste Danny Whitten. Cette chanson aura une suite trois ans plus tard : ce sera un album tragique, désespéré, le plus sombre de Neil Young : « Tonight's the night ».
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le 16 juillet 2012
j'ai decouvert ce chef d'oeuvre musical alors que j'etait a peine adolescent. je n'etais pas tres mur pour ce genre de musique et, finalement, apres plusieurs auditions j'ai ete vraiment conquis. il y longtemps que j'atendais la version remasterisee et qui rend vraiment justice a cette ooeuvre incontournable des annes 70.
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Album impossible à dénigrer, il est d'une évidence totale et d'une richesse et d'une générosité indéniable, l'un des grands classiques de l'histoire du rock. Et comme tous ces derniers, on peut en préférer d'autres de son auteur, moins consensuels, plus personnels... Mais voilà, dès les premières mesures (en fait, dès la pochette, genre paquet de céréales quaker), il y a cet espace entre les instruments, cette respiration, ce sentiment champêtre doucereux: Neil Young fait une ode à la campagne (et non à la country) et il réussit donc parfaitement son coup. Hormis les deux incongruités très orchestrées que sont "A Man Needs A Maid" et "There's A World" qui déboulent ici un peu hors sujet (malgré leurs évidentes qualités: se reporter au live à Massey Hall pour de splendides versions en solo et donc dépouillées de leurs atours un brin pompiers), l'album est d'une grande (fausse) simplicité, déroulant languidement son bonhomme de chemin, d'une évidence radieuse et d'une tranquille assurance. A l'arrivée, tous les morceaux (hormis les deux précités) sont devenus des classiques hippies. L'album demeure donc cette parfaite réussite, et commerciale et artistique, le genre d'album qu'on trouvait dans n'importe quelle chambre d'étudiant durant les années 70, l'album donc imparable et qui résonnait chez tous ceux qui l'écoutaient comme une parfaite représentation de l'époque. Un album phare et important donc, qui marque son époque. Il est donc devenu depuis ce classique inaltérable et hors du temps tout en capturant parfaitement l'esprit de son époque. Bref, une référence. Je reviendrais seulement sur le fin de l'album, particulièrement intéressante et qui en dit beaucoup plus qu'on ne croirait. "Alabama" renvoie, huitième morceau, au Neil Young engagé et rageur, qui dénonce. Non, clairement, Neil Young ne s'est pas assagi malgré sa pause bucolique. D'autres brulots viendront, sa flamme est loin d'être éteinte. Suit "Needle And The Damage Done", préfiguration du noir "Tonight's The Night". La vie, et donc la mort, rodent toujours: on ne peut se suffire d'une ballade en forêt. Young cloue le disque par le plus long morceau et aussi par le plus électrique, ou l'on retrouve sa guitare acide et épileptique, "Words", charriant la fougue et la rage plus ou moins contrôlées de "Down By The River" ou "Cowgirl In The Sand", comme pour dire, là encore, que le feu brule toujours, que la rage n'est pas éteint, que la colère intérieure est toujours bien présente. Voilà, pour le reste, on se laisse aller à cette promenade dans les champs, morceaux simples mais superbes, portés par une tranquille assurance bien reposante et, en tout cas, fort addictive. L'album hippie dans toute sa splendeur car moins manichéen et cliché qu'on ne croit. Un des indispensables de l'histoire du rock.
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