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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Soli enflammés pour mélodies radieuses, 17 avril 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Una Mas (RVG Edition) (CD)
LE CONTEXTE DE L’ALBUM «UNA MAS»
Ce disque de Kenny Dorham est l’avant-dernier album sur les cinq produits par «Blue Note».
Une seule journée, le premier avril 1963, sera nécessaire pour enregistrer les quatre titres dont trois sont des compositions de Kenny Dorham.
Bien que différent, cet album me semble égaler «Afro-Cuban» (1955), disque que la critique dans sa grande majorité considère comme son chef-d’œuvre.

LES DIFFÉRENCES ENTRE «AFRO-CUBAN» et «UNA MAS»?
Elles sont nombreuses.

1. LE NOMBRE DE MUSICIENS
> Les deux opus sont basés sur un quintet majeur, mais sur le premier vient se greffer de temps à autre un à trois musiciens supplémentaires.

2. LE NOMBRE DE TITRES
> 7 morceaux contre 3 (édition de 1957 pour le premier disque, 1963 pour le second).
Deux et un titres seront respectivement rajoutés pour les versions CD.

3. LA LONGUEUR DES MORCEAUX
> Autour de 4-5 minutes pour le premier, de 5, 7, 9 à plus de 15 minutes pour le second. La longueur des soli est en conséquence. Chaque musicien sur «Una Mas» a la possibilité d’improviser autour de la mélodie.

4. LE STYLE
> «Afro-Cuban» est dans la mouvance de l’Afro-jazz dont la référence est Dizzie Gillespie. Après le Bebop passé de mode (en partie à cause de la disparition du géant Charlie Parker), Kenny Dorham s’ouvre sur de nouvelles sonorités, surtout cubaines (Mambo, Cha-cha-cha, Salsa). Dans cet album, sans renier le Bebop, il développe une musicalité latino-américaine très rythmée donc très dansante.
> «Una Mas» est Hard bop même s’il conserve un côté latino et un autre plus blues. Les morceaux sont marqués par les sonorités brésiliennes (Samba, Bossa-Nova), avec des rythmes plus lents et cool (en apparence).

En huit ans, le jazz et la musique de Dorham se sont considérablement transformés.
Hélas, Kenny Dorham n’aura pas l’occasion de se renouveler.
Encore une année, deux-trois albums comme leader, et puis une maladie rénale chronique qui le rongera pendant huit années jusqu’à sa mort en 1972.

LE QUINTET
Kenny Dorham (trompette), Joe Henderson (saxophone ténor), Herbie Hancock (piano), Butch Warren (basse), Tony Williams (batterie)
Globalement, à propos de la discographie de Dorham, les sidemen ne se produisent que sur un ou deux albums.
Et pourtant, on sent une grande homogénéité musicale, notamment sur ceux édités par «Blue Note».
Kenny Dorham était réputé comme un grand leader.
Les témoignages de ses partenaires viennent confirmer que non seulement le trompettiste était un immense compositeur mais aussi un arrangeur subtil.
Le saxophoniste Jackie McLean, avec qui il a réalisé deux albums dont un superbe live, évoque ainsi les qualités exceptionnelles de Kenny Dorham et reconnaît qu’il est trop mésestimé, qu’il n’a pas eu la reconnaissance méritée de son vivant.
En 1963, Joe Henderson est un débutant de 25 ans puisque c’est son premier enregistrement. Mazette, quelle entrée en matière!
Il collaborera sur quatre autres chefs-d’œuvre avec le trompettiste, un comme sideman («Trompeta Toccata») et trois comme leader (dont le fabuleux «In 'n Out»).
C’est la seule collaboration entre le trompettiste et Herbie Hancock, tout comme le batteur Tony Williams, un fidèle de Hancock. Mais les deux musiciens sont experts des "one shot".
Seul Butch Warren est assez peu connu. Il a quand même joué en tant que sideman pour Kenny Dorham et aussi pour Jackie McLean, Sonny Clark, Donald Byrd, Dexter Gordon, Thelonious Monk. Et sur «Takin’ Off», album d’Herbie Hancock où apparaît le célèbre hit «Watermelon Man».
Bref, du solide pour un renouvellement musical.

LES QUATRE MORCEAUX DE L’ALBUM (36 minutes 46)
Les trois premiers sont des compositions de Dorham.
1. «Una Mas (One More Time)» (15 minutes 20)
Une courte introduction typique d’Herbie Hancock, au toucher fluide entre Blues, Soul et Funk.
Rien que ça en 12 petites secondes. (Il faut dire que le pianiste était déjà avant l’âge de 14 ans un virtuose de la musique classique capable de jouer Mozart ou Ravel.)
Les deux cuivres enchaînent à l’unisson un thème sous influence.
La mélodie très Bossa Nova est soutenue par une section rythmique percutante.
Le tempo médium se déploie pour lancer un long solo de Kenny Dorham.
Pendant quatre minutes, sa trompette produit des sons tout en douceur, tout en volupté.
Son surnom «Quiet Kenny» lui va comme un gant.
Il réalise par moments une improvisation qui alterne les roucoulements et les ronronnements. Splendide.
Et le contraste est saisissant avec le solo du saxophoniste.
Joe Henderson, plus jeune de 12 ans, veut allier puissance et chaleur dans ses improvisations.
Et il y réussit le bougre, en passant allègrement de notes graves à des notes suraiguës.
Ses arabesques donnent le vertige au piano d’Hancock qui décide de lui répondre, d’abord en duo, puis avec un long solo avec des notes très tranchées.
La discrétion de la batterie-basse offre plus de souplesse à la créativité des solistes.
Puis le trio cuivres-piano reprend le thème pour se terminer dans une cascade de sons qui se désagrègent.
«Una Mas!» hurle Kenny Dorham.
Ce n’est pas fini. On comprend mieux le titre.
One more time.
Encore une fois, le thème.
Encore deux minutes 30 de bonheur partagé.
Cette fin est admirable d’un nouveau solo d’Hancock.
Bravissimo.
Et cette composition-orchestration anticipe stylistiquement de deux ans le mélodie-culte de Lee Morgan, le très soul «The Sidewinder».
«Una Mas», je réécoute.

2. «Straight Ahead» (8 minutes 59)
Après les 12 coups de Tony Williams, un riff s’installe au diapason du quintet.
Comme un pic vert perforant son tronc d’arbre, les notes martèlent les oreilles.
Une mélodie lancinante investit les lieux.
Mais, au bout de 36 secondes, la trompette de «Quiet Kenny» en a décidé autrement.
«Nous sommes un premier avril, amusons-nous.»
«Lançons des sons joyeux, c’est un printemps radieux au studio Van Gelder à Englewood Cliffs, New Jersey.»
La longueur des notes puis leurs enchaînements rapides expriment l’état d’esprit du trompettiste.
Herbie Hancock ne s’y trompe pas, il balaye avec régularité son clavier, comme un essuie-glace qui tente d’enlever la pluie cinglante du début.
En deux coups de marteau-pilon sur son clavier, Herbie passe le flambeau à Joe qui réalise un solo dans le même registre que Kenny, mais en plus Hard bop.
De temps en temps, le saxophoniste reprend le leitmotiv mélodique pour mieux le déconstruire par une succession euphorique de notes improvisées.
Quinze secondes de répétition obstinée de la formule magique, et un solo d’Hancock prend le relais par un jeu fluide et rapide, à l’opposé du développement précédent.
La Bossa Nova se transforme en Blues. Quelle surprise!
Malgré le pic vert à qui un pic épeiche, attiré par le riff-ramdam, vient prêter bec fort, le pianiste magnifie pendant une bonne minute son hommage au genre.
La dernière minute est marquée par une alternance de soli très brefs du batteur et de rappels de l’ostinato dissonant. Tony Williams, lui aussi, de déconstruire le thème Bossa Nova en développant une énergie débridée et désarticulée.
Un dernier cri de rage à l’unisson et la mélodie des pics «Straight Ahead» se fond dans la vibration des cymbales qui s'atténue vers un silence apaisant.

3. «Sao Paolo» (7 minutes 20)
Magnifique composition sur la brèche.
Après une introduction bleue dont Hancock et Williams ont le secret, un piaillement des cuivres crée une atmosphère toute en tension, vite balayée gracieusement par le thème mélodieux.
Kenny Dorham cherche, par son souffle fluide, parfois nonchalant, l’harmonie.
Joe Henderson lui répond par des changements de registre saccadés.
Les nombreuses ruptures de rythme et de style musical donnent la sensation (contradictoire?) d’écouter une Bossa Nova qui swingue Blues urbain.
«New Jersey est bien loin de Sao Paulo. Tentons de jeter des ponts musicaux.», argumentent le piano d’Hancock puis le sax d’Henderson.
«Quiet Kenny» et sa mélodie sont sur la tangente, celle que ses partenaires ont créée.
Qui l’emportera?
La tristesse mélancolique? Les désillusions?
Ou La joie de vivre? L’instant présent?

4. «If Ever I Would Leave You» (5 minutes 07)
L’introduction d’Herbie Hancock place tout de suite l’auditeur dans l’esprit de cette ballade de comédie musicale d’Alan Jay Lerner et Frederick Loewe.
Une ballade «joyeuse» qui s’éloigne de Broadway et du music-hall pour se rapprocher de l’univers de Chet Baker lorsque Dorham entame sa partition.
Le jeu poétique, lyrique, souvent fragile évoque en effet le sex-symbol du jazz qui susurre dans sa trompette.
Les arrangements sont clairement structurés et l’interprétation du quintet est irréprochable.
Et le saxophone souligne parfois la mélancolie, surligne à d’autres moments l’emphase lyrique.
D’autant plus que Joe Henderson suit par un court solo plein de volutes exaltées.
Le quintet termine par le thème d'un printemps renouvelé. Tout en douceur.

UNCROWNED KING OF THE TRUMPET
Art Blakey, avec qui Kenny Dorham avait collaboré deux fois pour les «Jazz Messengers», a proféré dans son style bien particulier une épitaphe magnifique à son propos: «était et restera un roi de la trompette sans couronne.»
Son sens aigu de la formule correspond parfaitement à cet album.
Le disque royal aurait mérité d'être couronné par plus de louangeuses critiques depuis sa sortie.
Mais Dorham a fort à faire avec la concurrence de l’instrument.
Il n’est pas romantique, il n’est pas précoce, il n’est pas charismatique.
Il est calme, serein, sûr de son univers musical.
C’est peut-être ce qui dérange.
Le besoin absolu de la critique de trouver et d'aduler des écorchés vifs ou désenchantés.

LE DESIGN GRAPHIQUE DE L’ALBUM
La pochette originale de ce disque est étrange.
Elle ressemble graphiquement à «The Freedom Rider», un album des «Jazz Messengers» paru deux ans auparavant.
Couleurs, typographie et cadrage sont identiques.
Et le visage de Dorham, si l’on n’y prête pas attention, peut être confondu avec Art Blakey, le leader de la célèbre formation.
Reid Miles, le graphiste virtuose et attitré de «Blue Note», s’est-il auto-plagié?
L’a-t-il confié à un de ses élèves pour la signer ensuite?
Attention donc à la méprise visuelle.
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6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Latino Kenny, 3 août 2003
Ce commentaire fait référence à cette édition : Una Mas (RVG Edition) (CD)
Kenny Dorham, c'est un trompetiste discret, au jeu somme toute assez sobre, mais si efficace ! Pas de fioriture, Kenny vit pour le rythme, valeur suprême. Une fois encore, c'est dans les rythmes cubains qu'il trouve son bonheur et qu'il comble nos oreilles.
Il est par ailleurs bien entouré par les jeunes virtuoses Herbie Hancock et Tony Williams et par le saxophoniste Joe Henderson, qui a déjà la classe.
Una Mas! (encore une fois)
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