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5.0 étoiles sur 5
Le tournant du Gun Club, 26 mars 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Las Vegas Story (CD)
Troisième album du Gun Club, The Las Vegas Story marque un tournant pour le groupe. Fire of Love, leur premier, était un manifeste blues, posant Jeffrey Lee Pierce comme seul successeur valable de la tradition, guitares râpeuses en avant et voix habitée. Let's Preach the Blues ! Sans démentir cet héritage (dont Jeffrey n'aurait pu se défaire), Miami explorait des territoires plus teintés de country. Mais avec Las Vegas Story, foin de la campagne, on part pour la ville ! Le groupe adopte un son nettement plus urbain (la production est plus travaillée que précédement)qui annonce l'album solo de Jeffrey, et les influences vont chercher vers le jazz, soit le blues transformé au contact de la ville.
Pour que tout le monde comprenne, deux reprises explicitent le propos : Pharaoh Sanders et Nina Simone, jazz classique et free jazz (sur Death Party ils réunissaient les deux en reprenant Strange Fruits façon free jazz, manière d'annoncer la suite). The Creator has a Masterplan, reprend l'intro du morceau de Sanders et donne des frissons ; mais c'est My Man's Gone Now, au piano, qui sidère l'auditeur par les capacités vocales de JLP.
Autour de ces deux manifestes, quelques-uns des plus beaux morceaux du groupe : My Dreams, Eternally is Here, Bad America, Secret Fires... La guitare slide illumine comme jamais, malgré la noirceur qui se dégage de l'ensemble. L'influence jazz se fait sentir dans les solos de guitare, inspirés comme rarement des solos peuvent l'être, abandonnant les tics du blues. Ici Jeffrey rejoint la démarche du groupe Television, particulièrement la guitare de Tom Verlaine ; et à écouter de près certains morceaux (Bad America par exemple) on se dit qu'il ne fait pas que le rejoindre, il lui emprunte beaucoup. Encore une fois cette évolution sera encore plus sensible sur Wildweed.
C'est donc un des meilleurs albums du Gun Club que Las Vegas Story, un album absolument indispensable, qui révèle une nouvelle facette de groupe sans pour autant renier l'esprit du début. Ce que la bande de Jeffrey livre ici était en gestation dès les premières répétitions, on peut s'en convaincre en écoutant la version free jazz de Strange Fruit sur Early Warnings.
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