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Le juge et l'assassin
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"Le Juge et l'Assassin", Bertrand Tavernier, 1976, couleurs.

Intelligent, sensible, sentimental même, Bouvier (Michel Galabru), l'Assassin, est tout à la fois anarchiste et croyant, sinon mystique, anticlérical et militariste, socialiste et élitiste, et dans ses manières, tour à tour peuple et aristocrate. Assassin et poète, arrogant et délicat, candide et roublard, il porte en lui tous les courants, rétrogrades et progressistes, du siècle qui va s'achever. Ils se bousculent en lui. Est-ce la folie qui ouvre ainsi Bouvier à toutes les contradictions du temps? Ou est-ce l'impossible cohabitation de tant d'idées contradictoires dans un cerveau qui le rend fou ?

Le Juge (Philippe Noiret), chasseur en chambre, méticuleux, sournois, souvent lâche, parfois audacieux, mais toujours très sûr et très conscient de son bon droit, et trop lisse, et trop propre, et trop gras, répugne, fascine, et surtout alerte notre bonne conscience d'honnêtes gens. Qu'il est facile d'être bon citoyen, bon fils, et honnête homme, quand, depuis l'enfance, toute une société n'a été là que pour vous guider, vous protéger de toute mésaventure. Mais à peine est-il menacé, et gravement, que Monsieur le Juge se découvre, et dans la violence, et dans la bestialité, touche du doigt sa solitude, et est prêt à rompre avec les convenances et les principes de toute une vie.
Un autre juge (Jean-Claude Brialy), plus sensible du fait de son homosexualité qui l'exclut du corps social, et plus critique du fait de sa mise en disponibilité, préfère disparaître que subir l'écoeurante autosatisfaction de la bourgeoisie toute puissante.
L'ancienne ouvrière, maîtresse de Noiret (Isabelle Hupert), ira retrouver ses camarades en grève et affronter les fusils de la troupe.

Un fait divers pour toute l'histoire d'une fin de siècle. Et rien n'y manque, ni l'antisémitisme, ni la charité intéressée, ni l'Alsace et la Lorraine, ni l'armée et sa revanche, ni le prolétariat et son premier éveil, ni la science, la vraie et la fausse, celle qui est au service de l'homme et celle qui est aux ordres de la société, ni la foi paysanne, ni les charmes ambigus du Tonkin et de la Cochinchine. Je jette cela pèle-mêle, mais dans le film, chaque allusion est à sa place, suffisante pour être reconnue, comprise, sans alourdir le propos qui reste d'une clarté exemplaire pour une telle fresque. Ce film est grand !
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5 sur 5 personnes ont trouvé le commentaire suivant utile
1976, Bertrand Tavernier signe un nouveau film avec Philippe Noiret, un juge. Utilisant cette fois, non plus Jean Rochefort pour lui faire face, mais Michel Galabru dans le rôle de l'assassin. Ce rôle d'assassin aura valu à Galabtu un César.
Le scénario est toujours dû à la même équipe (Jean Aurenche et Tavernier lui même).

Dans une France rurale du dernier quart du XIX ème siècle, une affaire policière concernant un "sérial killer" est le support véridique du film. Mais au delà d'une histoire de meurtres abominables c'est la justice, la folie, les méthodes d'investigations policières, la société de l'époque dans son contexte historique que Tavernier nous montre, critique et dépeint de couleurs nuancées...Et si ce beau film nous rendait mal à l'aise ?

L'assassin, Jacques Bouvier (Galabru) est un être malheureux, isolé, qui se voit fou, qui ne peut réfréner ses pulsions, qui hurle au scandale quand les médecins le disent normal. Lui, être lucide, intelligent, manipulateur est malade d'une maladie incurable, celle de la solitude. Solitude -car il n'est aimé de personne, d'aucune femme, -car , il s'est exclu de l'Eglise, l'anarchiste de Dieu-car il a été jugé comme fou et exclu de l'armée- car il est rejeté de la justice, le juge à qui il a donné sa confiance l'abandonne- car rejeté de la médecine "les seuls responsables des crimes sont les médecins" dira-t-il...Et nous spectateurs comment le jugeons nous ?

Le juge Rousseau (Noiret), l'homme qui va démasquer le coupable, obtenir ses aveux, le conduire méthodiquement à faire les reconstitutions des crimes, obtenir que la médecine le juge responsable de ses actes...serait probablement jugé aujourd'hui comme un mauvais juge...Mais c'est juge bon enfant et cherchant à faire appliquer la loi...un juge capable aussi de pulsions nauséabondes...un juge démasqué par un procureur (Jean Claude Brially), transplanté des colonies avec "son boy" qui s'évanouit dans un suicide. Et nous, aujourd'hui, spectateur comment le jugeons nous ce juge ?

Tavernier situe aussi avec une grande élégance, l'affaire dans le contexte historique de la société :
-les bonnes gens qui réclament la mort pour Dreyfus aussi violemment que pour Bouvier
-l'ambiance de patriotisme avec une superbe chanson "Sigismond le Strasbourgeois"
-ballades et chansons, comme celles chantées pendant la Commune, donnent au film une allure de revendications sociales

Tavernier offre aussi au spectateur le plaisir d'un décor naturel superbe, celui de l'Ardèche où le vagabond fou circule et commet ses forfaits

Revoir des acteurs aimés, tous jeunes, dans de petits rôles est une agréable surprise...Isabelle Huppert (la maitresse du juge), Gérard Jugnot, Monique Chaumette...

Les suppléments de cette collections sont à regarder impérativement... Bertrand Tavernier nous parle avec enthousiasme (interview de 2001), des commentaires que j'apprécie bien au delà de ceux qu'il fait pour la collection "westerns de légendes". Des commentaires à ne surtout pas manquer !
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Bertrand Tavernier me fait penser à Alain Corneau : leurs filmographies, pourtant très riches, ne comptent pas de faiblesses, contrairement à quelqu'un comme Chabrol, par exemple. A chaque fois qu'on découvre un Tavernier ou un Corneau qu'on n'avait pas encore vu, on pense immanquablement : "Qu'est-ce que c'est bien !"

C'est évidemment le cas avec "Le Juge et l'assassin", chef d'oeuvre, meilleur film de Tavernier avec "Coup de Torchon" et "Un Dimanche à la campagne" selon moi.

C'est un film de jeune réalisateur et ça se sent : il y a une passion pour le sujet. Une passion, une énergie et un émerveillement aussi, qui sont propres à la jeunesse. Tavernier, fasciné par Noiret autant que par Galabru, tente de percer le mystère de l'un et de l'autre, sans y parvenir, heureusement.

Il faut voir Galabru, complètement allumé, débarquer dans une pièce en déblatérant des propos incohérents ou se jeter aux pieds des croix en pierre dans les paysages hallucinants de l'Ardèche.

Il faut se rassasier de la prodigieuse beauté d'Isabelle Huppert dans ce film, Huppert presqu'encore enfant, l'une des plus marquantes incarnations de l'innocence au cinéma.

Il faut regarder Noiret, et surtout l'entendre, pour se demander "Mais comment fait-il, comment fait-il pour habiter autant un personnage si peu expansif, pour nous faire sentir et comprendre un homme si peu aimable ?"

Du grand cinéma français, du cinéma de narrateur où le réalisateur s'efface et disparaît derrière son histoire et ses interprètes. Impeccable.
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le 16 avril 2013
Ce film est la plus grande oeuvre de Tavernier.
Extrêmement intelligent, extrêmement émouvant, extrêmement engagé : en un mot très beau ! Il fait partie, avec 'L'aurore' de Murnau et "Soudain, l'été dernier" de Mankiewicz, de mes films préférés.
Galabru est extraordinaire. Les autres acteurs aussi.
La musique de Caussimon touche des sommets de beauté. La collaboration Caussimon / Tavernier est émotive.
Ce film est un des sommets du cinéma français et mondial.
Je vous conseille d'acheter les CDS des chansons de Caussimon : c'est époustouflant, extrêmement intelligent.
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le 16 mars 2014
"Le Juge et l'Assassin", Bertrand Tavernier, 1976, couleurs.

Interprétation magistrale du (presque ?) fou meurtrier par Galabru.
Noiret est très crédible aussi dans le personnage du juge.

Comme souvent, Tavernier raccroche son intrigue (les meurtres, le parcours de Bouvier) à la lutte des classes.

Peinture touchante de la vie dans les campagnes à la fin du XIXe.
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le 6 mai 2012
C'est un film que j'ai vu 1 fois au cinéma et 4 fois à la télé. C'est un film culte que je recherchais depuis un sacré moment. Une scène a été tournée dans un village célèbre, qui est devenue mythique. A conseiller donc !
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le 28 octobre 2004
Tavernier nous raconte le parcours d'un voyageur itinérant de début de siècle qui jalonne son parcours de meurtres de jeunes bergers et de filles de ferme. Son arrestation le conduit devant un juge de province qui va s'attacher à obtenir ses aveux.
Il s'en suit un superbe jeu de séduction réciproque entre ces deux personnages, fait de menace, de rouerie, et d'une fascination partagée. L'enjeu est élémentaire : la tête du coupable.
Ce film a donné à Michel Galabru une de ses plus belles compositions d'acteur.
La description de cette France encore rurale, de la petite bourgeoisie de province est bien filmée.
Le malaise s'insinue lorsque Tavernier nous entraîne dans une leçon de générosité sociale simpliste et irritante. Les bourgeois sont frileux et mesquins et le petit peuple - opprimé par les vilains bourgeois, cela va de soi - est foncièrement bon et généreux.
Cela renifle trop fort le film de propagande à la soviétique. Le spectateur n'a pas besoin qu'on lui mette la faucille sur le marteau : La dernière scène de grève conduite par Huppert, ternit un film pourtant passionnant.
Jean Aurenche, scénariste, ne souhaitait pas l'intégrer et Tavernier, vingt ans après, regrette cette conclusion. Nous aussi.
« Le juge et l'assassin » demeure un excellent film, admirablement interprété, filmé avec cette connotation humaniste, constante chez Bertrand Tavernier.
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Fin du XIXème, Joseph Bouvier est révoqué de l'armée à cause de ses excès de violence. Suite à ce renvoi, l'homme s'attaque à sa fiancée et tente de se suicider, en vain. Après un séjour en hôpital psychiatrique, Joseph ressort de cet endroit encore plus enragé et décide de se venger sur toutes les personnes qui croiseront son chemin en Ardèche. Non loin de là, le juge Rousseau, passionné par l'affaire, prend part à l'investigation et se met sur les traces de Bouvier. Bien décidé à le mettre sous les verrous, c'est le début d'une chasse à l'homme..
Le troisième long-métrage de Bertrand Tavernier est connu pour le face à face entre Philippe Noiret et Michel Galabru, celui-ci dans un rôle que lui-même considère comme le meilleur de sa carrière. Comme souvent, le réalisateur oppose des êtres diamétralement opposés, un vagabond rendu fou par un suicide raté et un juge bourgeois, tout deux rendu aussi attachants malgré leur violence ou leur arrogance respective. Ici cette opposition met en avant le problème intemporel de l’objectivité de la justice rendu plus difficile encore en période de bouleversements politiques et sociaux. La France rurale de la fin du 19ème siècle, époque où s’opposaient un clergé radical à un socialisme naissant, est parfaitement reconstituée à travers une photographie et une musique splendides. En plus d’être une intrigue juridique pleine de rebondissements, cette œuvre soulève, grâce à ses excellents interprètes, des interrogations et des émotions très intenses.
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le 22 mai 2015
Le film est inspiré de faits réels : la cavale sanguinaire de Joseph Vacher qui a tué au moins une vingtaine de personnes à la fin du xixe siècle. Vacher est un personnage historique bien connu des criminologues, qui peut être considéré pour la France comme le pendant de Jack l'Éventreur pour l'Angleterre. Bouvier a même accroché dans sa cellule une affiche du Petit Journal de 1898 montrant un homme agressant une jeune femme, titrée : « Un nouveau Vacher ».
Le génie de Bertrand Tavernier, c'est d'avoir vu en Galabru jusqu' alors contenu dans des roles secondaires et comiques, l'acteur idéal pour interpréter ce personnage illuminé et redoutable, dont la cavale provoqua une remise en question des rapports entre la justice et la médecine, entre la resposabilité et l'irresponsabilité psychiatrique
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le 31 août 2014
Il s'agit d'un DVD tiré d'une collection consacrée au duo "Tavernier - Noiret".
Le film est connu puisqu'il a notamment permis à Michel Galabru de dévoiler l'immensité de son talent et de gagner un César.
Cette collection est intéressante pour ses suppléments et, en particulier, pour de très intéressantes interviews de Bertrand Tavernier, Philippe Noiret et Michel Galabru données au sujet du film en 2001.
A recommander.
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