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5.0 étoiles sur 5 Lisa della Casa, la plus belle Elsa?, 17 mars 2013
Par 
Denis Urval (France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 10 COMMENTATEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Lohengrin (CD)
La cantatrice Lisa della Casa, retirée de la scène depuis des décennies, semblait devoir vivre éternellement dans son château sur la rive du lac de Constance. L'éblouissante interprète des Quatre derniers Richard Strauss : Quatre derniers lieder - Arabella, Ariane à Naxos, Capriccio (extraits), qui avait chanté l'adieu à la vie comme personne dans un disque où elle était à peine trentenaire, semblait avoir arrêté le temps. Elle nous a finalement quittés le 10 décembre dernier.

Il nous reste des souvenirs et des disques. Des disques, vous l'avez remarqué, il y en a bien moins qu'on n'aimerait en avoir, et pas tous disponibles (Emi nous rendra-t-il son Frauenliebe und Leben, on pense à ceux qui ne l'ont pas? Mais tout le monde n'épouse pas le producteur de disques le plus puissant de son époque. Faibles échos, donc d'une immense carrière, mais il ne faudrait pas croire, encouragé par la répétition des lieux communs, que les chanteurs qui n'ont pas été privilégiés par le disque sont forcément moins bons que les autres.

On n'en sait ordinairement pas grand-chose, mais Lisa della Casa a chanté régulèrement, non pas seulement à l'opéra de Vienne, et au festival de Salzbourg, mais aussi au Met de New York, dont elle ne gardait à ce que j'ai lu pas que de bons souvenirs (elle aurait aimé y chanter plus de répertoire italien). Je voulais lui rendre hommage avec ce Lohengrin du 31 janvier 1959, où elle incarne bien sûr Elsa von Brabant. Du même Wagner, elle a aussi chanté l'Eva des Maîtres Chanteurs, comme elle a été dans Strauss, une Salomé occasionnelle (une production, à Münich) comme une Arabella, une Chrysotemis et une Maréchale, et dans Puccini, une Mimi et une Butterfly.

Le talent immense de Lisa della Casa, c'était de mettre sa belle technique vocale au service de compositions où elle faisait ressortir la noblesse, la fragilité, mais aussi la vive sensibilité des héroïnes qu'elle incarnait. Et (sans entrer dans la comparaison des mérites d'Eleanor Steber, Gundula Janowitz, Anja Harteros, toutes artistes que j'admire) qui ne voudrait pas entendre la manière dont ce soir là, Elsa raconte son rêve du preux chevalier, comment elle s'exalte, comment elle accueille celui qu'elle connaît déjà? Et comment ensuite, elle donne voix à son inguérissable inquiétude ? Dans les grands sommets lyriques, elle chante comme on se jette dans le vide. Un commentateur sur le net, David Le Marrec, a parlé de « feu mystique » à propos de cette interprétation, et cela me paraît parfaitement juste. Elle est là, frémissante, et elle est ailleurs. Lisa della Casa n'était pas qu'une grande chanteuse, elle était une sorte d'héroïne de cinéma, capable de nous passionner pour des destins, et pas seulement de produire des notes. Un des plus grands moments est celui où elle repousse les insinuations d'Ortrud à l'Acte II, et redit sa confiance (« Du Ärmste kannst wohl nie ermessen ») : écouter comment l'orchestre lui répond, il en est littéralement amoureux.

Qu'on n'aille pas dire que ceci est un objet pour fétichistes, où on n'entend rien. On entend très bien, justement, ce qu'apporte la direction de Thomas Schippers (1930-1977), un chef que je ne connaissais que de nom et qui apporte à l'oeuvre le côté « triomphe éphémère de la jeunesse » dont elle a besoin. Certes, c'est plus puissant du côté de l'excellent Josef Keilberth à Bayreuth ; mais cette direction « pour l'après-guerre, pour les nouveaux publics du nouveau Monde » est une direction qui convient bien à ce Wagner-là, celui qui dans ses notes qualifie le personnage d'Ortrud de « réactionnaire » et qui dans ses lettres à Liszt s'inquiète d'une durée excessive de la représentation. On voit que le chef serait excellent dans le Trouvère, et c'est un compliment. Quelle vie collective lorsqu'il faut saluer l'arrivée du sauveur, quelle ivresse à l'Acte II, quelle fluidité dans la première moitié du troisième acte, où le ciel s'obscurcit si vite. Il faut offrir le coffret à Philippe Jordan, toutes affaires cessantes.

Lohengrin est Brian Sullivan (un chanteur du Met, qui y avait fait ses débuts en 1948 dans Peter Grimes) : il n'a pas la douceur d'outre monde d'un Klaus-Florian Vogt. Trop prosaïque à mon goût, il a quelques moments, comme la fin de l'Acte II.

J'ai lu que l'immense Hermann Uhde alternait en Telramund avec Walter Cassel ; mais celui-ci, capté ici, a des vertus, avec la noirceur qu'il faut, en particulier au début de l'Acte II, quand son monde s'est effondré, et Margaret Harshaw en Ortrud, est juste et inquiétante (la voix n'a pas à être belle). Mario Sereni, baryton verdien réputé, est le héraut, et Otto Edelmann, Heinrich der Vogler.

Voilà, un des plus beaux Wagner, une belle représentation, et une chanteuse incomparable.
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