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Fin des années 70. Le saxophoniste ténor Joe Henderson revient discrètement sur le devant de la scène (qu'il n'a jamais quitté au demeurant), en cessant de flirter avec un jazz fusion expérimental (donnant de plus ou moins belles réussites). En 1977, quand Joe enregistre "Barcelona", il a tout juste quarante ans et laisse derrière lui une discographie considérable. Aussi vient-il de quitter le label Milestone où il a passé une bonne dizaine d'années. Hors mis deux incursions dans des disques où il est invité, notamment chez Ron Carter (Parade, 1979) et J.J. Johnson (dans un album plutôt commercial, Pinnacles, 1980), il n'enregistrera plus pour le label d'Orrin Keepnews.

Cette galette, produite par un label européen (ENJA), présente un intérêt de taille, puisque c'est la première fois, depuis Power To The People (1), que Joe expérimente la configuration du pianoless trio, configuration si chère à Sonny Rollins... Mais à la différence de ce dernier, Joe nous offre, du moins à cette époque, un jazz qui me paraît plus authentique. En tout cas, moins commercial. Mieux, il poursuit son Œuvre artistique avec un esprit somme toute assez indépendant qui ne cessera de fasciner les auditeurs que nous sommes. Cette configuration semble lui plaire en tout cas, puisque quelques années plus tard, il enregistrera quelques pépites qui devraient figurer dans toute bonne discothèque de jazz, notamment les deux volumes historiques que représentent (The State Of The Tenor, volume 1 et 2) parus chez Blue Note en 1985, avec Ron Carter à la contrebasse et le fidèle Al Foster à la batterie que l'on retrouvera dans trois autres galettes de Joe: An Evening With Joe Henderson (paru chez Red records, en 1987) avec cette fois-ci Charlie Haden à la contrebasse, The Standard Joe (de nouveau chez Red records, paru en 1991) avec Rufus Reid, et enfin, au début des années 2000, après sa mort survenue en juin 2001, les géniales Montreal Tapes (avec à nouveau Charlie Haden), un enregistrement capté live au festival québécois en juillet 1989.

"Barcelona" inaugure donc cette série d'enregistrements en pianoless trio, avec des musiciens plutôt méconnus, puisque l'on trouve à la contrebasse Wayne Darling et à la batterie Ed Soph. L'album, tout récemment réédité, s'ouvre sur un solo de Joe, avec une ampleur et une sonorité des plus risquées, pour ne pas dire des plus bouillonnantes. On pourrait dire que "Barcelona" est un thème qui s'apparente au free jazz (absence de thématique bien identifiable, no blues, no swing), mais la rythmique sert de paravent aux improvisations du ténor. L'on a quand même certains repères. Et puis que dire? Cette musique est celle de la liberté. Le mérite des musiciens est de ne pas répéter à tort et à travers ce qui a déjà été dit par le passé. La liberté de ton est donc ici époustouflante, et malgré le sentiment d'improvisation totale, l'on reste à un niveau très accessible en terme d'écoute. La durée de ce premier titre (plus de vingt minutes) témoigne aussi de la grande forme du saxophoniste qui livre ici (il s'agit d'un concert à l'Université de Wichita, Ohio) de remarquables envolées lyriques. Ses comparses s'en donnent à cœur joie. Wayne Darling à la contrebasse possède une technique phénoménale (écouter ses déambulations à partir des 9'50), assez proches, disons, d'un Dave Holland. A l'archet, il propose également de formidables contrepoints au sax de Joe. Ed Soph à la batterie fait preuve lui aussi d'une remarquable technique, visiblement trop heureux de jouer aux côtés de ce géant du ténor. Bref, ce premier titre a des chances d'être assez "éprouvant" si vous n'aimez pas trop le free jazz, mais l'expérience vaut vraiment le détour. Quant à la deuxième pièce captée au même endroit, elle semble faire suite à la première. Cela dit, "Barcelona Cont" est plus roboratif, moins contemplatif et moins expérimental. Sur un rythme endiablé, Joe est poussé dans ses tout derniers retranchements. Sublime.

Pour la session suivante (enregistrée à Munich le 15 novembre 1978), il s'agit d'un duo (sax ténor et contrebasse), uniquement entre Wayne Darling et Joe Henderson. Là aussi, l'intérêt est de taille, puisque jamais auparavant (en tout cas, de mémoire de jazzeux), Joe n'avait enregistré dans cette configuration. Comparées aux deux premières, les pièces suivantes sont d'assez courte durée (entre quatre et cinq minutes). Avec "Mediterranean Sun", l'on revient à un jazz nettement plus accessible, mélodiquement et harmoniquement identifiable (elle rappelle une de ces compos de Joe sur le label Blue Note). Le thème démarre sur des ostinatos de contrebasse. Tout au long de ce morceau, Joe se fait mélodique, et capte notre intérêt. Sa sonorité ne me paraît jamais "sale" comme on l'a souvent dit à cette époque. Mais bien singulière. Enfin, chose assez surprenante, l'absence de batteur dans ces deux derniers morceaux se remarque à peine. Ces gars-là possèdent une telle pulse qu'un percussionniste semblerait ici superfétatoire...

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Disque digipack assez modeste: pas de note de pochette, ni de photo. Juste des infos concernant les deux sessions (date et lieu).
(1) Dans Power To The People (Milestones, 1969), le saxophoniste enregistre une suite en pianoless trio (Foresight and Afterthought) avec Ron Carter et Jack DeJohnette.
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Concert de 1978 dans la cité Catalane , Joe Henderson ici simplement accompagné de Wayne Darling à la contrebasse et de Ed Soph à la batterie s'en donne à coeur joie.

Henderson a ici quarante ans, la force de l'age, maturité et expérience, avec ses acolytes il nous offre un concert de folie au son énorme et bouillonnant, et Darling soutient puissamment son leader avec une basse très forte.

Un concert d'hommes parfois déchaînés, d'une technique indéniable, aux improvisations étonnantes approchant par moment un free jazz originel, mais Joe Henderson maintenant malgré l’influence incontestable du contrebassiste des tempos toujours aussi mélodiques et ceci pour notre plus grand plaisir.
Un très grand concert jazz et un bel album du saxophoniste Henderson.
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