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5.0 étoiles sur 5 Pudique et secret, 2 novembre 2012
Par 
Savinien (Liège, Belgique) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 10 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven: Piano Concertos, Diabelli Variations, Piano Sonatas Nos. 8, 14, 21 & 23 (Coffret 4 CD) (CD)
Wilhelm Backhaus naît en 1884 à Leipzig, dans le IIème Reich de Guillaume Ier. Dans ce XIXème siècle finissant, il fait des rencontres qui vont guider sa vie : Johannes Brahms, Edvard Grieg (rappelons que Backhaus enregistrera en 1909 le premier Concerto pour piano complet de l'histoire, précisément celui de Grieg), mais aussi Eugène d'Albert (qui sera son professeur), ou encore des chefs légendaires comme Hans Richter et Arthur Nikish.

Au début du XXème siècle, Backhaus se fait le porte-drapeau du néo-réalisme allemand, cette Nouvelle Objectivité de l'interprétation qui se débarrasse ainsi de ses excès : ou le nouvel art musical placé sous le rigoureux éclairage de l'ancien. Représentant par excellence de la grande tradition germanique, inscrit dans la lignée musicale directe de Franz Liszt, Backhaus bâtit son discours sur la rigueur architecturale, la noblesse de ton et l'économie de moyens (autant dans la gestuelle que dans l'usage de la pédale). Un jeu sobre et austère, une passion de l'objectivité et de la lisibilité, mais aussi une modestie et une concentration qui sont le ciment d'une sincérité qui ne connait que peu d'égal.

Le répertoire de Backhaus s'est aussi centré sur l'héritage germanique : Bach, Haydn, Mozart mais aussi Schubert, Schumann et Brahms, sans oublier évidemment Beethoven, pierre angulaire de son univers pianistique. Son intégrale des Sonates, réalisée pour Decca, figure parmi les must-have du répertoire.

En 1958 et 1959, c'est un Backhaus de 75 ans qui enregistre les cinq concertos pour piano de Beethoven, avec l'Orchestre Philharmonique de Vienne sous la baguette de Hans Schmidt-Isserstedt, un chef un peu oublié et sous-estimé (et notamment fondateur en 1945 de l'Orchestre Symphonique de la NDR, dont il tiendra les rennes jusqu'en 1971, deux ans avant sa disparition). Signalons au passage qu'Isserstedt enregistrera aussi, entre 1965 et 1969, une remarquable intégrale des Symphonies de Beethoven, ainsi que le Concerto pour violon (avec l'archet d'Henryk Szeryng).

Sachant se montrer impérieux mais en fuyant toute trace de sentimentalisme, Backhaus reste fidèle à son style fait de rigueur et de sobriété, mais aussi de force vive et contrôlée; précieux alliage de dépouillement stylistique et d'expressivité naturelle. On ira chercher ailleurs le discours métaphysique et marmoréen d'un Arrau, ou la brillance héroïque irrésistible d'un Pollini. Ce Beethoven-là est animé d'une énergie pure, délivré de ses contraintes par leur assimilation totale; il paraît ainsi plus libre que jamais, comme finalement débarassé de toute servitude.

L'équilibre avec l'excellente formation viennoise est réel, le chef restant attentivement au diapason de son maître de soliste, dans une approche assez austère mais sachant rester raffinée. Simplicité, contrôle et raffinement sont donc les maîtres mots de cette intégrale, qui figure sans doute parmi les meilleures et les plus équilibrées jamais captées.

En complément, comme lors de précédentes éditions Decca, on retrouve les 33 Variations Diabelli op.120, enregistrées au Victoria Hall de Genève en octobre-novembre 1954 (en mono). Des Diabelli magistrales comme on peut s'y attendre, sensibles et profondément naturelles, par un Backhaus septuagénaire qui étonne justement par sa jeunesse de ton. Un jeu simple, limpide, pudique même (ce qu'il ne faudrait pas confondre avec de l'austérité), qui excelle à rendre (sans l'exacerber) l'atmosphère particulière et changeante de chaque variation tout en maintenant un fil conducteur par son naturel même, réalisant ainsi un véritable collier de perles beethovéniennes.

Enfin, ce coffret Decca est complété par un disque de quelques Sonates : n°8 op.13 "Pathétique", n°14 op.27/2 "Mondschein", n°21 op.53 "Waldstein" et n°23 op.57 "Appassionata". Un aperçu de l'intégrale, l'un des grands cycles indispensables, dont on ne peut à mon sens se contenter d'extraits. A noter que Backhaus disparaîtra en juillet 1969, l'empêchant de terminer l'intégrale stéréo des Sonates de son cher Beethoven (dans l'intégrale, la Hammerklavier est une captation mono de 1952).

Avec à son actif plus de 4000 concerts et une discographie chérie par les mélomanes, Wilhelm Backhaus sera resté dans la vie comme dans sa musique : pudique et secret. En témoignent ces enregistrements intemporels, ceux d'un maître, qui gardera toujours pour les beethovéniens quelque chose à la fois de fascinant et d'attachant.
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