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Véritable enfant prodige, élève de Massenet, Fauré ou encore Thomas, remarquable chef d'orchestre, pianiste et violoniste virtuose, pédagogue d'exception, considéré comme le plus grand compositeur roumain, George Enescu (françisé en Georges Enesco, le compositeur ayant en outre vécu alternativement en Roumanie et en France) a baigné dès son enfance dans la musique des orchestres tziganes, ce qui sera l'une des influences majeure de sa musique (à commencer par sa célébrissime Rhapsodie Roumaine n°1, pièce emblématique s'il en est).

Même s'il brilla surtout de son aura de virtuose, Enesco a laissé une bonne trentaine d'opus, qui n'ont toutefois guère reçu les honneurs du répertoire, mais que l'on redécouvre peu à peu. Exception notable bien entendu de sa très courue 3ème Sonate pour violon (présente sur cet album), ou encore de la réhabilitation de son unique opéra Oedipe, considéré aujourd'hui comme l'un des grands chefs d'oeuvre lyrique du XXème siècle.

Ainsi ses trois symphonies (comme du reste ses trois Suites Symphoniques) sont assez rarement jouées , et encore moins enregistrées. Il est vrai que les deux premières sont des oeuvres "de jeunesse", d'un compositeur encore relativement académique à la recherche de son langage musical; en outre l'influence tzigane aux sonorités si grisantes ne s'y retrouve guère (ou en tout cas pas de manière aussi immédiatement rafraichissante que dans d'autres pièces). De plus, cette musique tonale ne se décide pas à choisir un langage ouvertement moderne; défaut certes très relatif, mais néanmoins pénalisant pour la défense des oeuvres dans les "milieux autorisés", ainsi que l'ont douloureusement expérimenté d'autres compositeurs, Rachmaninov en tête. Enfin, autre point commun avec le compositeur russe, l'aura de virtuose hors pairs d'Enesco a largement contribué à éclipser pour longtemps ses qualités de compositeur...

Les trois symphonies (toutes en trois mouvements) ont en commun une véritable esprit de liberté rhapsodique (ce qui peut d'ailleurs avoir parfois un côté déroutant), et une forte connotation post-romantique, qui se traduit à travers une remarquable panoplie de textures sonores dans une grande profusion mélodique, qui s'abreuve régulièrement aux sources de la musique populaire roumaine.

Ecrite en 1905 (Enesco a donc 24 ans; il a cependant déjà écrit une Symphonie concertante quatre ans plus tôt), la 1ère Symphonie est déjà riche et complexe, directement placée sous l'influence des grands compositeurs de la fin du XIXème siècle; une sorte d'impulsion brahmsienne mêlée de Tchaikovsky et Saint-Saens, avec des accents de Busoni, et une référence wagnérienne à peine voilée dans le mouvement central.

La 2ème Symphonie viendra dix ans plus tard; plus complexe et plus imposante (en effectif mais aussi en longueur; c'est d'ailleurs la plus longue des oeuvres symphoniques d'Enesco), d'une écriture proprement luxuriante, elle sera pourtant totalement boudée dès sa publication (et donnée une seule fois du vivant du compositeur !). L'évolution de ton y est immédiatement perceptible; certes toujours post-romantique dans l'âme, on est toutefois entré ici clairement dans le XXème siècle, avec un éclairage qui prend plus généralement une coloration straussienne (en outre la parenté du début avec Une Vie de Héros paraît limpide), mais aussi sibélienne. Le jeu des mélodies entrelacées et la complexité des textures montrent en outre une remarquable maîtrise de l'écriture orchestrale.

Composée durant la Grande Guerre, achevée en 1919 et révisée deux ans pus tard, la 3ème Symphonie est une évolution des deux premières qui affiche encore un tout autre calibre, avec une grande unité intrinsèque et une cohérence aboutie qui en font certainement une œuvre symphonique majeure. Enesco y trouve aussi un ton plus mûr, plus immédiat, utilisant avec plus de liberté ce style et ces sonorités propres qu'il cherchera inlassablement à développer. L'orchestration luxuriante requiert un effectif orchestral très imposant, augmenté d'un piano soliste, d'un orgue et d'un chœur (sans paroles) pour le finale en forme de lente évocation paradisiaque (certains rapprochent d'ailleurs la construction de l'oeuvre des trois épisode de Faust, un rapprochement qui, à mon sens, n'est finalement guère évident en dehors des couleurs de ce finale).

Lawrence Foster est à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (pour les deux premières Symphonies, en 1991 et 1992) et de l'Orchestre National de Lyon (pour la 3ème, en 2004). Le chef américain, d'origine roumaine, s'est inscrit comme l'un des porte-drapeaux majeurs de la musique d'Enesco. Avec ses musiciens français, il se montre très rigoureux et sensible, mais toujours très sobre, et en définitive (relativement) peu passionné. On pourra donc, par moment, lui reprocher un certain manque d'engagement, finalement presque paradoxal; mais peut-être faut-il y voir avant tout la manifestation d'un grand respect envers cette musique...

En complément (à la place du rare et superbe Vox Maris sur l'album original, pourtant un prolongement naturel de la 3ème Symphonie), on aura droit ici à la Sonate pour violon et piano n°3 op.25 "dans le caractère populaire roumain", qui constitue incontestablement le chef d'œuvre chambriste d'Enesco (et un chef d'œuvre tout court dans le répertoire des violonistes). Pour Enesco, il ne s'agit pas cette fois de s'inspirer de thèmes populaires existants, mais d'en réaliser une sorte de synthèse pour produire une oeuvre qui serait le reflet d'un esprit véritablement roumain (comme son titre l'indique). Débordante de lyrisme, il y souffle une réelle lumière mélodique dont la saveur authentique est préservée jusque dans l'impression d'une certaine improvisation. Enregistrée à Monaco en 2008, les interprêtes en sont Valery Sokolov au violon, et Svetlana Kosenko au piano, deux jeunes musiciens tous deux excellents de sonorités et de complicité enthousiaste (le jeune ukrainien s'était d'ailleurs particulièrement illustré en 2005 avec cette Sonate au Concours Enescu de Budapest).

Un excellent double album donc, pour découvrir l'univers coloré et imaginatif d'un compositeur encore en quête de reconnaissance. On pourra d'ailleurs compléter à peu de frais cet éventail symphonique, avec le double album Apex reprenant les 2 Rhapsodies, les 3 Suites, le Poème Roumain et la Symphonie concertante.
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le 11 juillet 2015
Le roumain Georges Enesco (1881-1955)a été enfant prodige, violoniste et pianiste émérite, chef d’orchestre. Son œuvre symphonique est moins connue que ses pièces pour violon ou piano. Et c’est dommage, et cette intégrale est tout à l’honneur du chef Lawrence Foster. Elle a d’ailleurs reçu un très bon accueil critique lors de sa sortie (enregistrements de 1990 à 2004). Je ne crois pas qu’il y ait eu mieux depuis.
La Première symphonie date de 1905 (il avait 24 ans). Elle est en 3 mouvements, dure ½ heure. Deux mouvements bien rythmés encadrent un mouvement lent élégiaque. L’orchestration en est déjà remarquable. Elle fut très bien accueillie.
Le deuxième (1915) est plus longue (4 mouvements, 45 minutes). Son style novateur ne plut pas et elle ne fut jamais rejouée de son vivant.
La dernière, composée en Roumanie pendant la Première guerre mondiale, revient à 3 mouvements mais dure 50 minutes. Celle-ci fut bien accueillie. Enesco y insère un chœur (sans parole).
Elle est complétée de la troisième sonate violon-piano(2008), d’inspiration roumaine, mais sans citation folklorique toutefois. On se sent bien dans les Balkans ! Elle est interprétée ici par le grand violoniste Sokolov, accompagné de Svetlana Kosenko (la partie de piano est tout aussi intéressante que celle de violon).
Commentaires en français, anglais, allemand.
Et si l’on programmait plus souvent ces œuvres dans nos concerts parisiens, en lieu et place des sempiternels « B » (Beethoven, Brahms, Bruckner) ou de Mahler et à présent de Chostakovitch ?
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le 29 février 2012
Georges (George) Enesco (Enescu) est né en 1881 à Liveni, Moldavie (Roumanie). Son père le présenta au compositeur Édouard Caudella (1841-1924), qui le fit entrer au Conservatoire de Iaçi, puis l'envoya de 1888 à 1894 à Vienne étudier avec des professeurs de renom, en particulier avec Robert Fuchs (1847-1927). Il s'établit à Paris en 1895, pour poursuivre ses études musicales au Conservatoire avec Jules Massenet (1842-1912), Gabriel Fauré (1845-1924) et André Gedalge (1856-1926). Il s'y lia notamment d'amitié avec Paul Dukas (1865-1935), Florent Schmitt (1870-1958), Jean Roger-Ducasse (1873-1954), Maurice Ravel (1875-1937), Pablo Casals (1876-1973), ainsi qu'avec Jacques Thibaud et Alfred Cortot. La Première Guerre mondiale le vit s'installer en Roumanie, mais, à partir de la fin du conflit, il partagea sa vie entre la France, où il acquit une villa à Meudon, la Roumanie où il avait rencontré la princesse Marie Cantacuzène qu'il finira par épouser, et bientôt le Nouveau Monde. La Seconde Guerre mondiale vit le retour d'Enesco dans son pays natal, où il s'immergea dans la vie musicale de la capitale roumaine, ardent défenseur de la musique contemporaine du pays. La paix revenue, Enesco se produisit comme chef ou violoniste à Moscou avec David Oïstrakh et Emil Guilels, à Bucarest avec Yehudi Menuhin, ou au piano au côté de Ernst Wallfisch. L'instauration du régime communiste en Roumanie le conduisit à s'exiler définitivement. Réfugié à Paris et bien qu'en butte à des difficulté de santé, il resta toujours très actif sans se départir ni d'humour, ni d'éloquence, ni d'humilité. Enesco s'éteint au coeur de Paris en 1955 ; il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Le langage musical d'Enesco, foncièrement original, est inspiré avant tout par un folklore réinventé, tantôt nostalgique, tantôt dansant, de son pays natal, ce qui le rapproche de Béla Bartók (1881-1945), de Zoltan Kodály (1882-1967), de Leos Janácek (1854-1928) ou de Karol Szymanowski (1882-1937), mais les traditions françaises - Claude Debussy (1862-1918) ou Gabriel Fauré - et germaniques - Johannes Brahms (1833-1897) ou Richard Strauss (1864-1949) - y affleurent parfois aussi. Parmi ses oeuvres majeures, on peut noter son « Poème Roumain » (1898), deux « Rhapsodies roumaines » (1901-1902), deux Suites pour orchestre (1903-1915), cinq Symphonie (1905-1941), un cycle de « Sept chansons de Clément Marot » (1908), deux Quatuors à cordes (1915-1951), deux Quatuors avec piano (1918-1944), la Sonate pour violon et piano « dans le caractère populaire roumain » (1926), l'Opéra « Oedipe » (1923-1930), trois Sonates pour piano (1924-1934), la « Suite Villageoise » (1938), les « Impressions d'enfance » pour violon et piano (1940), le Quintette pour piano et cordes (1940), le poème symphonique « Vox Maris », ou bien encore sa Symphonie de chambre (1954) pour douze instruments solistes.
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Je possède une foultitude de version de cette prodigieuse troisième sonate (référence : la deuxième version des Menuhin frère et soeur, celle stéréo des années soixante). Mais je voulais juste dire que si les symphonies ne vous passionnent pas, l'exactement même (et très réussi) enregistrement de la dite sonate a été concurremment publié dans un autre couplage, avec une orchestration (par aussi Lawrence Foster) de l'Octuor. Chercher ASIN : B001MF0EB2 (un seul CD, là).
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le 25 février 2015
Dommage que George Enescu ne soit pas mieux connu en tant que compositeur, parmi ses 31 opus, au moins la moitié étant des chefs d'oeuvre extraordinaires, comme c'est le cas des 3 symphonies mais surtout de la sonate en caractère populaire .
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