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23 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Jusqu'au bout, 15 décembre 2010
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   
He Ran all the Way / Menaces dans la nuit, tourné en 1950 et sorti à la sauvette en 1951 alors que plusieurs de ses concepteurs étaient en butte à la chasse aux sorcières, soit inquiétés par la Commission des activités anti-américaines soit déjà devenus fugitifs, est bien ce film dont la réputation est de marquer la fin d'une époque. Film noir (ou "film gris" pour reprendre la catégorie inventée pour parler de ces films noirs s'inscrivant dans une perspective de réalisme et de critique sociale) qu'on peut aujourd'hui considérer comme assez typique, He Ran all the Way porte donc bien son titre original (littéralement, "il courut jusqu'au bout"): pour beaucoup de ceux qui collaborèrent à ce film, le destin et la course allaient s'accélérer.

John Garfield, qui s'était imposé dans les années 40 en jouant les hommes du peuple pris au piège de l'injustice et luttant pour survivre dans un environnement hostile, venait d'avoir deux de ses meilleurs rôles (Body and Soul de Robert Rossen et Force of Evil d'Abraham Polonsky, également scénariste de Body and Soul) mais sa carrière était sur le déclin. Lâché par la Warner, de plus en plus suspecté pour ses amitiés, il aggravait son cas en tournant ce film largement scénarisé par Dalton Trumbo, qui ne pouvait déjà plus travailler qu'avec des prête-noms. John Berry, son jeune réalisateur, disciple d'Orson Welles au théâtre, venait quant à lui de réaliser un court-métrage documentaire, 'The Hollywood Ten' qui prenait fait et cause pour les Dix d'Hollywood qui s'apprêtaient à aller en prison pour avoir refusé de répondre aux commissions maccarthystes. Au moment de la sortie du film, John Berry était parti pour la France et John Garfield, qui ne tournait plus, venait d'être convoqué par la Commission. Sa mort, d'une crise cardiaque en 1952, à 39 ans, intervint alors qu'il était apparemment prêt à craquer.

Evidemment, le film peut être vu sans problème sans connaître le contexte. Mais ce serait dommage, à plus forte raison parce que le film noir, son éthique et son esthétique, ne sont que difficilement dissociables de cette période de la société et du cinéma américains. Sans même parler de ce moment particulier (le tout début des années 50), quand le filet se resserrait aux Etats-Unis autour de cette tendance progressiste des arts, et en particulier du cinéma. Reste que Berry lui-même assurait que, s'il s'agit bien là d'un "film sur le malheur", tous ceux qui y collaborèrent étaient relativement optimistes et pensaient que l'hystérie maccarthyste allait s'estomper.

Passé un premier tiers assez vif et captant remarquablement le mouvement et la présence de l'environnement et de la ville, le film devient un huis-clos (voir synopsis ci-dessus). Comme la plupart des films relatant une prise d'otages dans un espace clos, He Ran all the Way se mue en étude sur les relations ambivalentes entre les personnages: domination, soumission, manipulation, etc. Nick Robey (John Garfield), dans son rapport à cette famille modeste mais solidement constituée, dans son rapport à la jeune femme, Peg (Shelley Winters), se montre comme une âme esseulée, qui a appris à s'endurcir face à un monde dans lequel il a toujours été balloté et qui l'a sans doute toujours maltraité. La séquence d'ouverture, où Robey et sa mère s'envoient des gentillesses, est à cet égard éloquente ("Si tu étais un homme, tu chercherais du boulot" "Si tu étais un homme, je te casserais les dents"). Ramassé, ce film ne frappera pas par des rebondissements en grand nombre - même dans l'évolution des rapports psychologiques - mais par une finesse de touche qui n'empêche pas la force expressive de la mise en scène.

Car John Berry, admirablement épaulé par le grand chef opérateur James Wong Howe (qui avait signé la photo de certains des meilleurs films de John Ford ou Raoul Walsh), soigne ses cadres tout en captant parfaitement l'énergie en fin de course du personnage de Garfield. La photo de Howe est de bout en bout admirable, en particulier pour la séquence finale sur le pavé mouillé. La prestation de Garfield est ici aussi formidable que celles des deux films cités plus haut. Quant au reste de l'interprétation, elle est assez idéale, même s'il faut du temps à Shelley Winters pour arriver à rendre l'ambivalence que son personnage doit porter et qui fait que la fin du film est aussi réussie.

Cette édition Wild Side fait partie de la collection Classics Confidential qui propose un livre-dvd - rappelons ces autres titres indispensables que sont La Femme au Portrait & La Rue Rouge de Fritz Lang et La Chevauchée des bannis d'André de Toth. Le livret se compose d'un bref texte du spécialiste du film noir Eddie Muller, et d'un texte plus copieux sur le contexte et les conditions de production et de réalisation, rédigé par Samuel Blumenfeld. Conformément à ce que j'écrivais plus haut, il me semble que la lecture de ces textes riches en informations diverses est indispensable pour qui voudra aller au-delà de la simple vision du film.

La copie est impeccable. Très beau master N&B, même si comme souvent les contrastes de la photo ne sont pas restitués à la perfection. VF et VOSTF. Deux compléments seulement, mais intéressants: 'The Hollywood Ten', le court métrage réalisé par Berry cité plus haut, assez guindé et évidemment didactique mais à voir; et "Série rouge pour liste noire", 26' d'entretiens avec les deux fils de Berry et avec l'éminence grise du cinéma mondial, Pierre Rissient, qui a aidé Berry à remettre le pied à l'étrier à la toute fin de sa vie, pour réaliser ce beau film qu'est Boesman And Lena.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la liste noire et le maccarthysme, je ne saurais trop vous conseiller Les Sorcières d'Hollywood : Chasse aux rouges et listes noires de Thomas Wieder, bonne petite synthèse faisant plutôt bien le tour de la question. Et pour avoir la parole des auteurs eux-mêmes, dont John Berry et Abraham Polonsky, et d'autres informations précieuses sur le contexte, l'indispensable Amis Américains : Entretiens avec les grands Auteurs d'Hollywood de Bertrand Tavernier.

Je mettrais quant à moi 4,5 étoiles en tout: 4 pour le film, 5 pour une édition de grande qualité qui met parfaitement le film en valeur.
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5.0 étoiles sur 5 chef d'oeuvre, 4 avril 2011
Par 
D. André (Suisse) - Voir tous mes commentaires
(TOP 100 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Un des nombreux chef d'oeuvres du film noir. Ici, il s'agit nettement de la veine sociale. D'ailleurs, plusieurs collaborateurs du film eurent affaire avec la commission MacCarthy, notamment le réalisateur, le producteur et l'acteur vedette. Pour son dernier film, John Garfield fait une composition géniale. Il joue le rôle d'un petit gangster sans grande envergure, éternel perdant, qui prend en otage une famille d'ouvriers. Magnifique édition également avec un excellent livret de 80 pages abondamment illustrées. En VOST et en VF.
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 CINEPASC, 11 février 2011
Très bonne collection qui privilégie des classiques rares avec une qualite au rendez vous ( remastérisation de l'image pour apporter une excellente qualité )
Le rapport qualité/prix est en adéquation.
Espérons que la suite de cette collection très attendue demeure dans cet état d'esprit, en respectant le client.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Legs noir de la chasse aux sorcières, 26 janvier 2013
Par 
Ashley (Twelve oaks) - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Menaces dans la nuit [Édition Collector] (DVD)
Sublime découverte que ce He ran all the way, film maudit de 1951 dont la fuite en avant du héros Nick Robey, braqueur raté qui prend en otage une famille, présente nombre d'analogies avec les derniers mois de John Garfield, son interprète acteur brillant et tourmenté dont la fin de vie fut, à l'instar de son alter ego sur l'écran, une fuite pour se prémunir des terribles attaques du Maccarthysme qui pulvériseront le réalisateur du film John Berry, les scénaristes,les producteurs et même certains de ses partenaires dont Serena Royle qui devra se réfugier au Mexique. L'angoisse crépusculaire de cette période troublée explose dans le huis clos du modeste appartement où Robey se terre répulsant et magnétisant ses occupants dont la fille de la maison (Shelley Winters toute en tension) qu'il a draguée à la piscine pour s'offrir une couverture (les scènes où Garfield s'immerge sous l'eau pour échapper aux regards des policiers sont d'un paroxysme étouffant). La théâtralité de ce jeu du chat et de la souris (Garfield tentant d'intégrer son mode dysfonctionnel dans le moule rêvé de cette modeste famille typique de l'american way of life) atteint son paroxysme quand il tente de les forcer à partager son repas, la dinde devenant le dérisoire enjeu d'une quête perdue par avance. Effet de miroir là encore entre cet homme abandonné de tous qui ne dispose plus que de la parole pour exister et Garfield contraint dans la vraie vie de témoigner devant la comission à Washington le 23 avril 1954. La rare force de ce formidable film réside, selon moi, dans cette coïncidence entre le réel et l'art, l'histoire et l'intemporel, la vie et la mort, Thanatos et Eros pour user d'une image mille fois rabattue. Présenté dans une somptueuse copie en 16/9ème compatible 4/3, Menaces dans la nuit, proposé en anglais et en français, est accompagné d'un livret de 80 pages signé Samuel Blumenfeld, foisonnant d'informations passionnantes et bénéficiant d'une iconographie riche et variée(dont le matériel publicitaire d'époque). Dernier film noir comme le clame la jaquette, peut-être pas. Incroyable film noir témoin, définitivement oui.
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