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12 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Petites pépites méconnues du cinéma mondial : un premier coffret très satisfaisant, 5 mai 2012
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret World Cinema Foundation - Volume 1 [Édition Collector] (DVD)
Si certains l'ignoraient encore, Martin Scorsese, entre autres activités, milite activement depuis plusieurs décennies pour la préservation du patrimoine cinématographique. Cette volonté de remise en lumière de films et d'auteurs parfois en passe d'être oubliés, il l'a même thématisée dans son dernier film en date, Hugo Cabret. Après s'être essentiellement penché sur les grandes oeuvres plus ou moins méconnues du cinéma américain, Scorsese a créé avec des collègues cinéastes et quelques experts la World Cinema Foundation, tant la situation dans certains pays rend critique la survie physique de nombre d'oeuvres. Une consultation parmi des cinéastes et spécialistes éminents a permis d'établir une première liste de films à restaurer, cette campagne de restaurations ayant commencé il y a quelque cinq années.

Les résultats commencent à pouvoir être appréciés par les spectateurs. Dans les festivals comme Cannes, des copies restaurées circulent depuis deux-trois ans. Mais surtout, des distributeurs se mettent à sortir ces copies restaurées. En France, de façon assez peu surprenante, c'est l'indispensable distributeur de films de répertoire Carlotta qui s'en charge. Cet été, c'est ainsi un des exemples fondamentaux du cinéma coréen des années 60, La Servante (dont le remake est sorti il y a quelque temps sous le titre The Housemaid), qui fera l'objet d'une ressortie en salles. D'après ce que j'ai lu, Carlotta est par ailleurs le seul éditeur au monde à tenter conjointement une sortie de certains de ces films restaurés en dvd, mettant une nouvelle fois en valeur le fait que la France reste une terre accueillante pour les cinématographies non dominantes. En espérant que cela continue, la curiosité semblant tout de même s'étioler toujours un peu plus avec le temps.

Le Premier Volume de la World Cinema Foundation se présente donc sous la forme d'un coffret comprenant 4 films (chacun présenté en boîtier slim), accompagné d'un beau petit livret de 32 pages avec des textes de Kent Jones sur chaque oeuvre:
- Les Révoltés d'Alvarado, de Fred Zinnemann et Emilio Gomez Muriel (Mexique/Etats-Unis, 1936)
- Le Voyage de la hyène de Djibril Diop Mambety (Sénégal, 1973)
- Transes de Ahmed El Maanouni (Maroc, 1981)
- La Flûte de roseau de Ermek Shinarbaev (Kazakhstan, 1989)
Le seul film à être distribué en édition séparée est Transes. Comme la description fournie par l'éditeur ci-dessus est très complète, je ne reviens ni sur les synopsis, ni sur la nature des compléments, pour me concentrer sur quelques aspects des films présentés. Il faut savoir que tous les films sont présentés en VOSTF uniquement.

Pour résumer mon appréciation globale, je dirais que s'il y avait sans doute des films plus indispensables à inclure pour un premier coffret, ceux qui sont présentés sont en tout point passionnants et résument bien la philosophie d'ensemble et les pratiques de la World Cinema Foundation, qui ne va pas au plus simple et au plus attendu et propose de véritables (re-)découvertes.

Sur les Révoltés d'Alvarado, on peut se reporter au commentaire que j'ai récemment écrit sur Paul Strand in Mexico, le photographe Paul Strand ayant participé au tournage et considérablement marqué l'esthétique du film en tant que chef opérateur. Cet ancêtre du cinéma néo-réaliste de la fin des années 40, très marqué par le cinéma soviétique et Robert Flaherty, n'est hélas pas ici plus qu'ailleurs présenté dans une copie flambante. Même restauré, le master montre une image assez précaire, et il ne faudra pas s'attendre à une copie dénuée de défauts. Je précise que pour les films plus récents, la restauration - sans doute plus que nécessaire - a permis de retrouver plus ou moins la photo et les couleurs d'origine - il n'y a donc que pour Les Révoltés d'Alvarado que la restauration n'a pas permis de miracles.

Transes est un "film musical" très réussi, et l'on n'est pas surpris que Martin Scorsese (réalisateur entre autres de The Last Waltz) lui-même l'ait choisi pour restauration. Les musiciens du groupe Nass El Ghiwane, selon sa formule, "chantent littéralement l'âme de leur nation fraîchement indépendante". Le supplément permet de se pencher sur la manière assez insouciante et libre avec laquelle le film a été conçu.

Liberté est également le mot qui semble avoir présidé à la conception et à la réalisation du Voyage de la hyène. Assez Nouvelle Vague, le film de Djibril Diop Mambety est comme le signale son frère le chanteur Wasis Diop dans le supplément un "film de montage". C'est-à-dire une oeuvre à la structure assez lâche, privilégiant les associations d'images, souvent poético-symboliques, dont la récurrence finit par indiquer un sens assez clair. Pas dénué de maladresses, ce film réussit néanmoins dans ses meilleurs moments à imposer une belle logique sensorielle, à donner un sens de ce qu'était la vie à Dakar à l'époque, à rendre attachants ses personnages qui rêvent d'un ailleurs (la France) tout en étant fermement ancrés dans leur terre et leur culture, et pour finir à faire preuve d'une vivacité et d'un humour qui contrebalancent parfaitement la mélancolie prégnante qu'il n'y a guère d'issue pour cette jeunesse sans direction. A noter que la hyène était l'animal qui semblait à Diop Mambety le plus proche de l'homme, ce qui explique que ses titres y fassent plusieurs fois référence (cf. le plus tardif Hyènes).

La Flûte de roseau est sans doute le film le plus étonnant du lot. Scénarisé par Anatoli Kim, écrivain russo-coréen, et réalisé par un Kazakh, interprétés par des acteurs issus de l'importante diaspora coréenne dans l'Extrême-Orient soviétique, parlé en russe, le film est constitué de plusieurs parties plus ou moins intimement liées. Découpé en prologue et nouvelles, il débute au 18ème siècle en Corée et se poursuit en 1915 ; son histoire centrale - celle de la vengeance qui donne son titre original au film, "Mest" = Vengeance - sans être un simple prétexte, se dilate dans un récit qui se dirige de plus en plus ouvertement vers la succession d'images poétiques. On pourra être décontenancé par cette structure - comme le cinéaste dit d'ailleurs l'avoir été à la lecture du script de Kim - voire ne pas complètement goûter le côté tour à tour quelque peu sentencieux et apprêté de la chose, mais le film est prenant, et il est indéniable que Shinarbaev sait installer des atmosphères variées et travaille le plan avec un savoir-faire et une capacité expressive qu'il ne partage sans doute qu'avec d'autres cinéastes de l'époque soviétique et de la transition vers la période suivante, à commencer bien sûr par Andrei Tarkovski (hors de question de l'écraser pour autant sous le poids de cette référence).

Au total, un coffret qui réserve de bonnes surprises. Même si aucun de ces films ne peut à mon sens prétendre au titre de très grande oeuvre, ils passionnent tous à divers égards. On attend certes avec plus d'impatience le Volume 2, qui devrait contenir quant à lui (au moins) un authentique chef-d'oeuvre, A Brighter Summer Day d'Edward Yang. On engage toutefois tous les cinéphiles un tant soit peu curieux à acquérir ce coffret dès à présent. Tout d'abord parce que ces films valent qu'on les découvre, bien sûr. Mais aussi parce qu'il me semble très important que Carlotta et la World Cinema Foundation sachent qu'il y a effectivement un public pour découvrir des films aussi peu connus et attendus. Si l'on a envie qu'ils ne s'arrêtent pas en si bon chemin, ce qui est évidemment mon cas, il ne faut pas temporiser et les aider dans cette entreprise aussi hardie que digne d'éloges.
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 merci, 12 juin 2013
Achat vérifié(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret World Cinema Foundation - Volume 1 [Édition Collector] (DVD)
Un grand merci aux gens de la fondation qui honorent des petits films et les maintiennent dans le temps en les restaurant avec les mêmes moyens requis pour des films comme ceux de Hitchcock.
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Coffret World Cinema Foundation - Volume 1 [Édition Collector]
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