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5.0 étoiles sur 5 Nouveau regard d'Im Kwon-taek sur le pansori et le sort réservé aux artistes, 4 janvier 2014
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 10 COMMENTATEURS)    (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Souvenir (DVD)
NB Comme aucun synopsis ne figure sur la page de la 2ème édition actuellement largement disponible (Souvenir), je reproduis celui trouvable sur la page de la première édition, épuisée (Souvenir) : Un maître du chant traditionnel coréen enseigne son art à sa fille Song-hwa et le tambour à son beau-fils Dong-ho. Le père est un professeur sévère, toujours en quête de perfection pour ses jeunes élèves. Ne supportant plus ses exigences, Dong-ho s'enfuit et abandonne à la fois la musique et sa demi-soeur qu'il aime en secret...

Il y a quelques années, les merveilleux Le Chant de la fidèle Chunhyang et Ivre de femmes et de peinture (voir mon commentaire sur ce film) portaient à l'attention des spectateurs français le prolifique et extrêmement talentueux Coréen Im Kwon-taek. Souvenir est, lui, sorti à la sauvette dans une poignée de salles en plein été. Quel dommage! Car sans être tout à fait à la hauteur des deux sommets précédents, Souvenir n'en est pas moins un très beau film, qui plus est un film-clé dans la carrière de son réalisateur et sa façon de voir les artistes et en particulier les chanteurs de pansori. Heureusement, le dvd permet de rattraper cette façon un peu cavalière de traiter ce grand réalisateur, dont il semble que la mode éphémère soit déjà passée. C'était là son 100ème film - sa carrière s'est essentiellement déroulée pendant la période où la production était intense en Corée, et comme lorsque les studios hollywoodiens tournaient à plein régime un réalisateur pouvait mener à bien trois films en un an grosso modo - et le dernier à avoir été distribué chez nous (il me semble qu'il en a tourné un autre depuis).

Ce film, qui n'est ni une suite ni un remake mais plutôt retravaille l'histoire de La Chanteuse de pansori, premier film d'Im Kwon-taek distribué en France dans les années 90, est bien à la manière de son réalisateur : mélodramatique mais transformant en partie les attentes qu'on peut avoir vis-à-vis du genre ; tout en ellipses et en brisures du récit, alors même que sa matière et sa forme sont apparemment classiques. Cette forme, dont Im dit qu'elle essaie de retranscrire l'esthétique du pansori, il est vrai lui aussi élégiaque et partiellement brisé (comme la voix des chanteurs), est particulèrement surprenante tout en ne cherchant pas à déstabiliser le spectateur à tout prix. Il en résulte un film qui n'est sans doute pas aussi pleinement réussi que les deux nommés plus haut, mais toujours beau et vif, dont la mélancolie ne se confond pas avec une complaisance dans la mélancolie. La difficulté d'être artiste dans un monde qui ne les accepte pas vraiment et dont les mutations accélèrent le rejet, grand sujet d'Im Kwon Taek dans certains de ses films, est ici traité différemment mais avec profondeur. Ne laissez pas passer cette très belle oeuvre, d'autant moins si vous avez pu apprécier ses autres films. Il faut juste garder à l'esprit qu'il traite les mêmes thématiques dans un esprit un peu plus contemporain, et que la splendeur des films précités aurait ici été déplacée. Cela étant, le film reste plastiquement très réussi (à part quelques plans numériques moins que parfaits).

VOSTF uniquement. Copie plutôt bonne même si elle manque de définition.

Ma notation vise à saluer l'édition en dvd, rare hélas, d'une des belles oeuvres d'Im Kwon-taek. Pour ce qui est du film à proprement parler, on serait plus près de quatre étoiles que de cinq (à réserver sans doute à ses deux chefs-d'oeuvre indiqués ci-dessus). La réédition du Chant de la fidèle Chunhyang se fait quant à elle bien attendre. A quand une nouvelle édition bien remastérisée en dvd et en blu-ray pour cette splendeur? Et pour Ivre de femmes et de peinture également d'ailleurs, tant il bénéficie d'une copie très moyenne en dvd pour l'instant.

Pour une tout autre histoire, mais dans un style là aussi vif et très elliptique, on peut se porter sur un de ses rares autres films à avoir été distribué chez nous en vidéo : La Pègre.
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Chants d’amour, 11 janvier 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Souvenir (DVD)
LE DVD
Republié en février 2012, le DVD est quasi exempt de défauts visuels. Le support magnifie ainsi la belle photographie de Jung Il-sung, fidèle collaborateur du réalisateur Im Kwon-taek depuis la fin des années 70. Les couleurs sont intenses (notamment lors de scènes où les teintes vives sont magnifiées comme dans une estampe coréenne de la fin de la dynastie Joseon). Les cadrages en longue focale (lors de subtils mouvements de caméra) sont superbement restitués.
Seul défaut visible: un manque de stabilité de l’image, très minime cependant.
Pour le son, le DVD dispose d’une excellente version originale que l’on peut sous-titrer (ou non) et d’une version française correctement doublée… Mais bon, pour un film basé sur le récit chanté, ne vaut-il pas mieux le voir dans sa langue d’origine?
Les voix sont bien claires, les chants (omniprésents) sont superbement restitués et excellemment sous-titrés.
Des conditions presque idéales pour apprécier ce grand film d’Im Kwon-taek.

PAS DE SUPPLÉMENTS
Ou si peu : une modeste bande-annonce en SD.

LE RÉSUMÉ DU FILM
Au milieu des années 80, Dong-ho, un homme à la quarantaine bien sonnée, descend d’un bus à Seonhak, petit village de Corée du Sud encastré entre mer et montagne. À la recherche de sa sœur Song-hwa, il se rend dans une auberge qu’ils ont fréquenté trente plus tôt en compagnie de leur père adoptif Yoo-bong, chanteur et musicien itinérant. Ce dernier avait entrepris au milieu des années 50 de former ses deux enfants au pansori, chant traditionnel coréen accompagné uniquement par un puk puk (tambour coréen). Mais la dure vie de musicien ambulant et surtout le caractère irascible de son père poussent Dong-ho à fuir sa famille. Quelques années plus tard, à la fin de son service militaire, il apprend que sa sœur est devenue aveugle à la suite de faits controversés. Le jeune homme, joueur de tambour accompli, n’aura alors de cesse, au fil des décennies, de retrouver Song-hwa qui, devenue une grande chanteuse de pansori, a la fâcheuse habitude de se volatiliser sans crier gare.

L’ORIGINE DU FILM
Depuis ses débuts, le cinéma coréen vit une grande histoire d’amour avec le pansori.
Dès 1923, l’un des premiers long-métrages réalisés au «pays du matin calme» relate une célèbre légende du XVIIIe siècle. Bien qu’il soit muet, le film «L’Histoire de Chunhyang» s’appuie sur un récit pansori qui raconte les amours presque impossibles entre une jeune femme frondeuse, fille d’une courtisane, et un jeune homme issu d’une caste supérieure. Depuis, près de vingt films (sans parler des séries télévisées) ont chanté les louanges de ce classique de la littérature coréenne.
Im Kwon-taek n’est pas le dernier à s’aventurer dans le genre puisque, dès son 4e film, il intègre le pansori comme élément important de sa pratique visuelle. «Souvenir», dont le titre original «Beyond the Years» traduit mieux l’atmosphère poétique, est la conclusion d’une superbe trilogie débutée en 1993 avec «La Chanteuse de pansori» et approfondie en 2000 avec «Le Chant de la fidèle Chunhyang».
Pour ce troisième volet — on peut utiliser le terme de triptyque plus approprié à l’art d’Im Kwon-taek — le cinéaste s’est inspirée des «Gens du Sud» et plus particulièrement du 2e récit «Le vagabond de Sonhakdong». Ce livre de Yi Ch’ôngjun, considéré comme l’un des plus grands écrivains sud-coréens, avait déjà servi de trame pour le film de 1993. D’ailleurs l’histoire de «La Chanteuse de pansori» est assez proche de celle de «Souvenir», avec, toutefois, une différence de taille puisque l’action des deux films ne situent pas à la même période. Années 1930-1960 pour le premier, années 1950-1980 pour le dernier. Quant au deuxième volet, c’est un hommage au pansori traditionnel du XVIIIe siècle et qui repose sur la légende de Chunhyang évoquée plus haut.
Clôturant magnifiquement le triptyque, «Souvenir», que l’on peut regarder sans avoir vu les deux premiers volets, est une suite de déclarations d’amour du cinéaste.

L’AMOUR IMPOSSIBLE ET… ÉTERNEL
La force de ce 100e film (ou 103e c’est selon) d’Im Kwon-taek est de laisser au spectateur une grande part à l’imagination.
Cette liberté narrative permet en effet d’interpréter comme on l’entend les relations entre les différents personnages, les événements qui les rapprochent ou les séparent. Beaucoup de non-dits ou de sous-entendus laissent le champ libre à l’esprit qui peut ainsi vagabonder comme les troupes itinérantes de pansori. Ainsi il en va de l’amour entre la fratrie d’adoption. Est-il platonique, introverti, excessif, névrotique ou même incestueux? Chaque spectateur essaie de faire ses propres projections, cherche une symbolique, se trompe en prenant le chemin des écoliers, revient en arrière et, une fois terminé, le film continue de le hanter.
L’envie de revoir ce «Souvenir» taraude le cinéphile, un peu à la manière de Dong-ho, le personnage principal dont la quête passionnelle sans fin égare le jugement. Le plus terrible est que l’on peut énoncer le même propos avec bon de nombre de personnages secondaires (la figure du père, le fils de l’aubergiste, la femme de Dong-ho, et même quelques protagonistes mineurs qui reviennent tout au long de l’histoire). Mais les zones d’ombre qui perdurent, les incertitudes qui menacent de faire vaciller l’entendement de chaque personnage (et de chaque spectateur) contribuent aussi à la grandeur de ce film lumineux sur un amour de mille ans symbolisé par le mont Baeksok qui prend la forme d’une grue de Sibérie déployant ses ailes.

L’AMOUR DE L’ART
Après «Ivre de femmes et de peinture» (sortie en salles en 2002, cette fresque épique est le plus grand «succès» du cinéaste coréen dans nos contrées), Im Kwon-taek apporte à nouveau une réflexion sur l’art et sur les ressorts de la création. Cependant, la peinture cède la première place au chant, impliquant de nombreuses différences entre les deux films. Sans parler des deux personnages principaux que tout oppose (le peintre est flamboyant et explosif, le joueur de tambour est placide et introverti), on peut évoquer le choc entre baroque et classicisme, entre ivresse artistique de la peinture et sobriété visuelle du pansori.
Autant au XXIe siècle, il est facile pour un spectateur, qu’il soit occidental ou non, de s’appuyer sur de multiples références picturales, autant le choix d’Im Kwon-taek de faire reposer son film sur un art vocal traditionnel est audacieux. Convaincre d’écouter pendant une à trois minutes et ce à plus de vingt reprises les histoires entonnées par les chanteurs de pansori n’est pas gagné d’avance. C’est comme si un coréen mélomane du XXIIIe siècle écoutait pour la première fois un morceau de rap. Le premier contact musical est assez déroutant puisque les voix sont assez dissonantes, basées sur des sonorités gutturales et répétitives. Là encore le cinéaste réussit un tour de force, parvenant, dans la dernière demi-heure, avec deux longs morceaux, à nous émouvoir. Il faut dire que le récit très elliptique et morcelé par d’incessants flash-back gagne en fluidité grâce à la montée en crescendo des complaintes.
Comme dans «Ivre», les dialogues sur la pratique artistique et sur le sens que celle-ci donne à la vie marquent l’esprit de leur empreinte philosophique. Mais c’est la diversité des chants — remarquablement traduits — qui imprime un tempo indélébile à l’histoire. Le pansori, chanté, conté, déclamé, scandé, martelé par Song-hwa et le plus souvent accompagné par le tambour de son demi-frère Dong-ho, prend des allures épiques, picaresques, lyriques, mélancoliques, sentimentales, poétiques… et même burlesques à la limite du grivois (on pense alors à Georges Brassens). D’autres interprètes parsèment le film de leur voix rauque, puissante, hurlante, tendue, et entrent en résonance avec le duo fraternel. Ainsi du vieux chanteur de la troupe qui use et abuse de bruitages et d’onomatopées à la manière d’un scat de Louis Armstrong.
Ce film permet, entre autres, de découvrir un art vocal superbe que l’on peut qualifier d’opéra populaire à une voix et basé sur la couleur modale.

L’AMOUR DU CINÉMA
Habituellement, lorsqu’un metteur en scène s’intéresse à un thème et plus particulièrement à un art, il l’adapte à son style visuel, le déforme, le pétrit, à la manière d’un sculpteur qui façonne la matière première, pour en faire un objet cinématographique.
Chez Im Kwon-taek, c’est plutôt l’inverse qui se passe. Dans «Souvenir», le cinéaste calque sa manière de filmer sur le pansori. L’ascèse de la mise en scène répond à la sobriété des aspects scéniques des chants traditionnels. Les mouvements de caméra sont discrets, fluides, tout au service du récit et des personnages. Sauf que cette impression de limpidité stylistique est à plusieurs reprises battue en brèche par de soudains accès de violence. La répétition de ces ruptures nous font ainsi mieux percevoir la fausse austérité du pansori qui peut devenir en une fraction de seconde rude, âpre, brutal, complexe et toucher au cœur.
Le montage est dans le même registre formel. Souvent fluide, il clarifie le récit structuré par strates de flash-back, un peu à la manière des poupées russes. Le film est ainsi bâti sur une mosaïque presque infinie de souvenirs entremêlés. Le découpage très symétrique — les paravents peints qui émaillent l’histoire en sont un très beau reflet — aide à la compréhension et permet aussi quelques ruptures qui font glisser le récit vers la dramaturgie.
La calligraphie coréenne du titre est en cela une magnifique entrée en matière puisqu’en se transformant en pictogramme, elle annonce ouvertement le style filmique du récit et son souffle poétique.
Enfin, signalons que «Souvenir» repose aussi sur des comédiens-musiciens impressionnants de virtuosité et sur une photographie subtile faîte de tâches de couleurs vives dans la douceur chromatique des quatre saisons.

L’AMOUR DE SON PAYS MALGRÉ TOUT
«Souvenir» n’est pas un film historique. Et pourtant…
«Beyond the years» n’est pas un film social. Quoique…
«Une grue de mille ans» (titre coréen) n’est pas un film écologique. Néanmoins…
Im Kwon-taek parsème cet opus de toutes ces dimensions thématiques sans que ce soit didactique, pesant, incongru comme un cheveu sur la soupe.
Ce film mélancolique est aussi un beau témoignage sur l’histoire de la Corée (du Sud) qui débute ici peu après la Guerre de Corée et se termine dans les années 80, avec l’amorce de la mondialisation.
C’est une œuvre à charge sous-jacente qui dénonce les conditions de vie des artistes et des femmes dans une société moderne encore sclérosée par les castes.
Le réalisateur coréen nous offre enfin une ode à la nature du pays, une élégie chamanique, une symphonie panthéiste que l’on pourrait rapprocher de l’univers de Terrence Malick ou de celui de son compatriote Kim Ki-duk.

UN CHEF-D’ŒUVRE À VOIR ET À REVOIR
Grâce en grande partie à la persévérance d’Im Kwon-taek, les chants épiques de pansori ont été proclamés en 2003 chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Mais autant «La Chanteuse de pansori» avait été acclamée par la critique et le public, autant ce «Souvenir» est un échec cuisant pour le cinéaste qui, déçu par l’accueil réservé, se console en évoquant les «rares critiques, qui ont pensé ce film comme [son] meilleur, [et qui] sont de la vraie baume sur la profonde blessure de [son] cœur.»
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5.0 étoiles sur 5 Sublime !, 18 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Souvenir (DVD)
Décidément le cinéma Coréen est un grand et beau cinéma et Im Kwon-Taek en est un des illustres représentant.
Ce film "Souvenir" qui arrive après "Ivre de femmes et de peinture" et "Le Chant de la fidèle Chunhyang" confirme s'il le fallait le talent de ce réalisateur aujourd'hui décédé.
Nous sommes aux antipodes du cinéma Hollywoodien, ici pas de scènes appuyées, de larmes faciles, juste du temps, de l'émotion, des plans magnifiques qui évoquent mais n'expliquent pas aux spectateurs comme s'ils avaient quatre ans...
Sublime !
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6 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Nouveau regard d'Im Kwon-taek sur le pansori et le sort réservé aux artistes, 9 mars 2009
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
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NB Comme aucun synopsis ne figure sur la page de la 2ème édition actuellement largement disponible (Souvenir), je reproduis celui trouvable sur la page de la première édition, épuisée (Souvenir) : Un maître du chant traditionnel coréen enseigne son art à sa fille Song-hwa et le tambour à son beau-fils Dong-ho. Le père est un professeur sévère, toujours en quête de perfection pour ses jeunes élèves. Ne supportant plus ses exigences, Dong-ho s'enfuit et abandonne à la fois la musique et sa demi-soeur qu'il aime en secret...

Il y a quelques années, les merveilleux Le Chant de la fidèle Chunhyang et Ivre de femmes et de peinture (voir mon commentaire sur ce film) portaient à l'attention des spectateurs français le prolifique et extrêmement talentueux Coréen Im Kwon-taek. Souvenir est, lui, sorti à la sauvette dans une poignée de salles en plein été. Quel dommage! Car sans être tout à fait à la hauteur des deux sommets précédents, Souvenir n'en est pas moins un très beau film, qui plus est un film-clé dans la carrière de son réalisateur et sa façon de voir les artistes et en particulier les chanteurs de pansori. Heureusement, le dvd permet de rattraper cette façon un peu cavalière de traiter ce grand réalisateur, dont il semble que la mode éphémère soit déjà passée. C'était là son 100ème film - sa carrière s'est essentiellement déroulée pendant la période où la production était intense en Corée, et comme lorsque les studios hollywoodiens tournaient à plein régime, un réalisateur pouvait mener à bien trois films en un an grosso modo - et le dernier à avoir été distribué chez nous (il me semble qu'il en a tourné un autre depuis).

Ce film, qui n'est ni une suite ni un remake mais plutôt retravaille l'histoire de La Chanteuse de pansori, premier film d'Im Kwon-taek distribué en France dans les années 90, est bien à la manière de son réalisateur : mélodramatique mais transformant en partie les attentes qu'on peut avoir vis-à-vis du genre ; tout en ellipses et en brisures du récit, alors même que sa matière et sa forme sont apparemment classiques. Cette forme, dont Im dit qu'elle essaie de retranscrire l'esthétique du pansori, il est vrai lui aussi élégiaque et partiellement brisé (comme la voix des chanteurs), est particulèrement surprenante tout en ne cherchant pas à déstabiliser le spectateur à tout prix. Il en résulte un film qui n'est sans doute pas aussi pleinement réussi que les deux nommés plus haut, mais toujours beau et vif, dont la mélancolie ne se confond pas avec une complaisance dans la mélancolie. La difficulté d'être artiste dans un monde qui ne les accepte pas vraiment et dont les mutations accélèrent le rejet, grand sujet d'Im Kwon Taek dans certains de ses films, est ici traité différemment mais avec profondeur. Ne laissez pas passer cette très belle oeuvre, d'autant moins si vous avez pu apprécier ses autres films. Il faut juste garder à l'esprit qu'il traite les mêmes thématiques dans un esprit un peu plus contemporain, et que la splendeur des films précités aurait ici été déplacée. Cela étant, le film reste plastiquement très réussi (à part quelques plans numériques moins que parfaits).

VOSTF uniquement. Copie plutôt bonne même si elle manque de définition.

Ma notation vise à saluer l'édition en dvd, rare hélas, d'une des belles oeuvres d'Im Kwon-taek. Pour ce qui est du film à proprement parler, on serait plus près de quatre étoiles que de cinq (à réserver sans doute à ses deux chefs-d'oeuvre indiqués ci-dessus). La réédition du Chant de la fidèle Chunhyang se fait quant à elle bien attendre. A quand une nouvelle édition bien remastérisée en dvd et en blu-ray pour cette splendeur? Et pour Ivre de femmes et de peinture également d'ailleurs, tant il bénéficie d'une copie très moyenne en dvd pour l'instant.

Pour une tout autre histoire, mais dans un style là aussi vif et très elliptique, on peut se porter sur un de ses rares autres films à avoir été distribué chez nous en vidéo : La Pègre.
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Quand le cinéma sait si bien évoquer l'art..., 28 octobre 2012
Par 
Incognita - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Souvenir (DVD)
A partir d'un récit simple et douloureux d'une quête de l'art à son plus haut degré de perfection et de l'amour dans son accomplissement le plus pur, Im Kwon-Taek, cinéaste coréen, propose un véritable poème, un chant d'une tristesse magnifique. Ce long métrage, qui date déjà de 2007, relate l'existence d'une chanteuse et d'un musicien de pansori, le chant traditionnel coréen dont les percussions s'élèvent jusqu'à l'épuisement et que l'auteur avait déjà abordé dans deux opus précédents : "La chanteuse de pansori" (1993) et "Le chant de la fidèle Chunhyang" (2000).

Un maître du chant traditionnel pansori qui souffre de ne pas avoir connu la notoriété, enseigne le chant à sa fille Song-hwa (superbe Jung-hae Oh) et le puk (tambour double traditionnel) à son beau-fils Dong-ho, interprété par l’excellent Jo Jae-hyun, musicien émérite. Excédé par la sévérité de son maître et sa condition misérable, ce dernier les abandonne, malgré les sentiments qu’il éprouve secrètement pour sa demi-sœur. Il intègre bientôt une troupe de musiciens itinérants et fonde une famille. Pourtant, des années après, le visage de Song-Hwa ne cessent de le hanter, et, décidé à la retrouver, il revient sur les lieux qu’il a quittés mais qui, depuis, ont bien changé.

Le récit se focalise donc sur cet amour platonique. Dong-ho part en quête d’un temps révolu. Rongé par le remords et l’absence, il tente de retrouver l’être aimé. Leurs destins se croiseront sans pourtant jamais se retrouver, scellant une impossible union. Song-hwa porte l’alliance confectionnée par Dong-ho, symbole de leur amour, mais ne verbalise à aucun moment son affection. Les non-dits jalonnent le cours de ces existences fragiles. Im Kwon-taek peint ainsi habilement la complexité des sentiments amoureux au travers de nombreuses réminiscences.

Chaque image de "Souvenir" ("Beyong the years"), centième film du réalisateur coréen, se doit selon lui d’exprimer une émotion propre en relation avec l’état d’âme des personnages. On perçoit les lieux à travers le regard du protagoniste. Les paysages semblent teintés par ses sentiments. Le cinéaste demande au spectateur d’adopter une attitude contemplative. Le temps s’étire. Les décors sont d’une extrême délicatesse, chaque détail semble avoir été très soigneusement étudié pour construire une « musique visuelle ». L’image très savamment composée possède son rythme propre ; lignes et couleurs se répondent. La musique exprime ce que ne peut pas révéler l’image et vice-versa.

Ce film lent (certains le lui reprocheront sans doute, et pourtant...) est une méditation profonde sur la quête d'un absolu qui reste à jamais une aspiration et une inspiration. C'est aussi une réflexion sensible sur l’art et la complexité des relations humaines.

Pour celles et ceux qui auront aimé, il est vivement conseillé de découvrir l'excellent "Ivres de femmes et de peinture" du même cinéaste.
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Aucun internaute (sur 1) n'a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 du grand cinéma coréen, 14 juin 2010
Par 
M. Danielle "mam" (france) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
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le réalisateur de ce film fait partie des grands: belle image, poésie du contenu et de l'image, dépaysement assuré
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