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49 internautes sur 51 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un gentleman apaisant
Publié en plein milieu de la seconde guerre mondiale (et donc probablement après le suicide de Zweig), Le Monde d'hier est une sorte d'autobiographie de Zweig, mais une autobiographie très particulière : rédigée à l'étranger, sans aucun document, elle se concentre sur une sélection d'évenements qui ont...
Publié le 30 septembre 2005 par Damien Coullon

versus
1.0 étoiles sur 5 Ebooks plein de coquilles
Quand on vend un livre 15€ il s'agirait de s'assurer que le document ne contient aucune coquille. Or ce livre en est plein.
Publié il y a 3 mois par jackintosh


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49 internautes sur 51 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Un gentleman apaisant, 30 septembre 2005
Par 
Damien Coullon (Paris) - Voir tous mes commentaires
(VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Publié en plein milieu de la seconde guerre mondiale (et donc probablement après le suicide de Zweig), Le Monde d'hier est une sorte d'autobiographie de Zweig, mais une autobiographie très particulière : rédigée à l'étranger, sans aucun document, elle se concentre sur une sélection d'évenements qui ont marqué la vie de l'écrivain. C'est un éclairage extrêmement intéressant pour tous ceux que l'oeuvre de ce gentleman un peu suranné intéresse - j'en fais partie. Pour ceux qui n'ont pas encore lu les livres de Zweig, je leur conseillerais plutot de commencer par Le Joueur d'échec, car Le Monde d'hier n'est pas complètement représentatif du travail de l'écrivain : forcément un peu de nostalgie, et parfois un ton trop naïf.

C'est néanmoins une expérience, une plongée dans une époque révolue aux cotés d'un homme qui en est la forme achevée, qui a vécu les bouleversements des deux guerres mondiales au coeur du séisme, en Autriche, et qui a cotoyé les plus grands esprits de son temps : ami intime de Freud (voir sa Correspondance) auquel il a entre autres présenté Salvador Dali, il a composé un livret d'opéra avec Strauss, accueilli chez lui Thomas Mann et Paul Valéry, entretenu des liens avec Romain Rolland, Jules Romains, André Gide, sans oublier non plus la politique, avec Rathenau et meme Mussolini, à qui il a ecrit la seule requête qu'il ait jamais faite à un homme politique : la libération d'un prisonnier qu'il ne connaissait même pas.

Une remarque sur la traduction toutefois : les phrases sont parfois assez longues, contenant de nombreuses propositions imbriquées, à l'allemande, ce qui est rendu en francais par des phrases au sens quelques fois difficile à démêler. Au final, on en sort un peu plus heureux, apaisé.
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54 internautes sur 57 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un regard passionnant sur l'Europe des années 30, 19 octobre 2002
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Ce livre passionnant est un des plus touchants et attrayants témoignages de notre passé récent. Son auteur, Stefan Zweig, est un passionné de la civilisation européenne classique. Juif autrichien, grand connaisseur de la littérature allemande et française, collectionneur infatigable de manuscrits des grands de la littérature universelle du XIXe et du XXe siècle, il prône la paix alors que l'Europe avance vers le gouffre de la Grande Guerre. Son oeuvre s'épanouit dans la période d'entre deux guerres. Mais son destin est tragique: après avoir connu l'éclatement de l'ancien Empire Autrichien, il devra assister à l'avènement du IIIe Reich. Ce livre est beaucoup plus qu'un livre de mémoires: c'est un chant à la paix, à la liberté et à la culture.
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29 internautes sur 31 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Humanisme d'éveil, 3 juin 2009
Par 
Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR)    (TOP 500 COMMENTATEURS)    (TESTEURS)   
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
J'ai hésité à qualifier l'humanisme de Stefan Zweig de combat par rapport à cette qualité attribuée à l'écrivain allemand Klaus Mann dans son ouvrage exceptionnel Contre la barbarie : 1925-1948.

Eveil intellectuel. Eveil des sens. Profondeur psychologique. Stefan Zweig, juif autrichien, écrit sa biographie en exil, apatride, rejeté de son pays par les hordes barbares nazies. Il souffre au-delà de tout entendement.

"Le soleil brillait, vif et plein. Comme je m'en retournais, je remarquai soudain mon ombre devant moi, comme j'avais vu l'ombre de l'autre guerre derrière la guerre actuelle. Elle ne m'a plus quitté depuis lors, cette ombre de la guerre, elle a voilé de deuil chacune de mes pensées, de jour et de nuit; peut-être sa sombre silhouette apparaît-elle aussi dans bien des pages de ce livre. Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de la lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu."

Stefan Zweig est grand dans la douleur. Quelle force d'âme ! Parvenir à nous réjouir sur les festivités de Vienne, la jeunesse "fanatisée par la culture" de la fin du XIX° siècle relève, dans cette situation, du prodige. Plus encore, quand il détaille son combat, pendant la Première Guerre Mondiale, contre la guerre, travaillant à une internationale amicale des intellectuels européens avec notamment l'écrivain français Romain Rolland (dont il rédigera une biographie), le lecteur est émerveillé. Que l'âme se grandit à se laisser guider par de tels hommes !

Régal que cette lecture par la découverte des écrivains, musiciens, artistes qui ont partagé l'amitié de Zweig. Le poète prodige Hugo von Hofmannsthal, le poète belge Emile Verhaeren (idem biographie), l'espagnol Salvador Dali, l'autrichien Sigmund Freud, Mahler, Richard Strauss dont il fut librettiste (à rapprocher de la désillusion de Klaus Mann lors de l'interview de ce maître de musique, aux sympathies nazies fortes, après la guerre, ibid), Romain Rolland, Paul Valéry, Théodore Herzl (père du sionisme moderne), Rilke, Thomas Mann, Bert Brecht.

Zweig ne mentionne pas Klaus Mann qui pourtant dès 1930 lui avait reproché son erreur d'analyse. Zweig avait en effet estimé le succès étourdissant des nazis au Reichstag comme "une révolte de la jeunesse, une révolte -peut-être pas très habile mais finalement naturelle et tout à fait à encourager - contre la lenteur et l'indécision de la haute politique". Mann avait écrit : "Il y a une prétention à tout comprendre, une sorte de complaisance à l'égard de la jeunesse qui va trop loin. Tout ce que fait la jeunesse ne nous montre pas l'avenir". Oubli ?

L'analyse de Zweig, sans être aussi riche ni profonde, enrichit celle de Mann sur les origines de la barbarie nazie sur un point repris par Emmanuel Todd dans son dernier ouvrage :

"Mais peut-être n'a-t-on jamais bien compris, à l'étranger, la raison pour laquelle l'Allemagne a, à tel point, durant des années, sous-estimé et minimisé la personne et la puissance croissante de Hitler: l'Allemagne n'a pas seulement toujours été un Etat formé de classes séparées : avec cet idéal de classes, elle a toujours été affectée d'une surestimation et d'une déification inébranlables de la "culture". (...) en Allemagne on ne pouvait concevoir qu'un homme qui n'avait pas même achevé ses études primaires et qui, à plus forte raison n'avait pas fréquenté l'université (...) pût jamais approcher seulement une place qu'avaient occupé un baron von Stein, un Bismarck, un prince von Bülow. Rien n'a autant aveuglé les intellectuels allemands que l'orgueil de leur culture, en les engageant à ne voir en Hitler que l'agitateur des brasseries qui ne pourrait jamais constituer un danger sérieux."

Rares étaient en effet les intellectuels à avoir su mesurer la barbarie nazie avant qu'elle ne se révèle entièrement. Je pense à Léon Daudet dans son admirable Connaissance de l'Allemagne. Avis.
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18 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Extraordinaire, 29 janvier 2009
Par 
HORIZON 2050 (Rhone-Alpes, France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Un tel livre invite à abandonner la lecture pour la relecture.
C'est une présentation unique de ce monde d'hier, ce monde d'avant le cataclysme de la seconde guerre mondiale, un monde de la sécurité, du culte de l'art, du respect des conventions, un monde qui s'est autodétruit de 1914 à 1945 (voire plus tard encore).
Cette immense tragédie, cette marche à l'abîme, Stephan Zweig, quintessence de l'intellectuel viennois, l'a décrite; la grande guerre, l'hyperinflation dans l'Allemagne des années 1920 et l'apparition d'un certain Hitler.

Personne comme Zweig ne sait décrire ce monde ancien qui a fait naufrage.
Il nous montre comment, à son modeste niveau, il a tenté de changer le sens de l'histoire, en vain.
Il nous montre aussi une galerie de personnages hauts placés tels que Walther Rathenau éminent homme politique allemand des années 1920 et qui finira assassiné.

On comprend que Stefan Zweig ait préféré ne pas assister aux ultimes convulsions d'un monde devenu fou.
'Le monde d'hier' est l'un des tous meilleurs livres de Stefan Zweig et fait partie de ces livres sans lesquels on ne peut comprendre une époque.
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20 internautes sur 22 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un plaidoyer intemporel pour la paix, 26 novembre 2001
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Qu'on vive aujourd'hui ou hier, comment ne pas être bouleversé par les oeuvres de Zweig ? Il y place passion, vécu et sagesse. Son livre est un appel à la tolérance, à l'amitié entre les peuples et renie tous les nationalismes exacerbés. Une leçon d'histoire et d'humanisme philanthrope dans le plus pur style de Stefan Zweig.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Un exemple éclairant !, 22 janvier 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Quand bien même Zweig, dans ce récit, peut sembler naïf par certaines de ses analyses, et que certaines réflexions peuvent s'avérer obsolètes, ce livre reste d'une importance capitale, car il nous sert d'exemple, de comment rester vigilent face aux changements de l'époque dans laquelle nous vivons. Un document humaniste inestimable !
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 à lire, 4 février 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
vraiment un livre à lire qui a un double intérêt: biographique et historique
biographique puisque Stefan Zweig relate son enfance et son évolution, son parcours atypique qui le mènera à cette carrière d'écrivain
historique, car l'auteur nous décrit l'évolution de l'Autriche et de l'Europe avant et pendant la période sombre du nazisme, avec toute la difficulté pour les écrivains de l'époque de garder leur indépendance d'esprit du fait des nombreuses censures dont la plupart étaient victimes
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 pédagogique..., 18 février 2005
Par 
freddiefreejazz (Quelque part dans le Sud Ouest...) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Dans le Monde d'Hier, son deuxième volume autobiographique après "Rencontre avec des hommes, des livres et des villes" (1937), Zweig peint le tableau quasi intégral de la génération à laquelle il appartenait. Cette autobiographie qui reste très importante comme témoignage de la première moitié du 20ème siècle sera publiée en 1948.

Mais chose étrange, ce livre écrit il y a plus d'un demi siècle "nous parle" en ce qu'il nous fait réaliser que si le monde change (progrès techniques, progrès scientifiques, etc.), les hommes, eux, ne changent pas. Le premier chapitre s'intitule "le monde de la sécurité" et nous interpelle comme un étrange miroir dans lequel on confondrait l'image d'hier avec celle d'aujourd'hui...

Des réflexions sur l'art, la musique, l'histoire, mais aussi sur la propagande nazie, la guerre d'Espagne, l'aveuglement politique des démocraties face à la montée de l'hitlérisme. Bref, vous avez là un livre majeur, pédagogique sur l'Humanité tout entière. Un livre que je ne saurais que trop recommander aux lycéens et aux étudiants.
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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 une leçon d'humanité, 14 mars 2010
Par 
Jean Francois Ponge "jfp" (France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Broché)
Dans ces mémoires, écrites peu de temps avant qu'il ne se donne la mort en 1942, Stefan Zweig retrace 50 ans d'histoire, de la Vienne riante de la Belle Époque aux bruits de bottes qui ont précédé la Seconde Guerre Mondiale. Aux longues années de bohème et de voyage initiatique (Londres, Paris, Berlin) succède brutalement, dès la fin de la Première Guerre Mondiale, le succès mondial du fabuleux peintre des passions humaines qu'était devenu l'auteur de "Amok" et de "Brûlant secret". L'émergence du nazisme en Allemagne et en Autriche, érigeant la haine des juifs en valeur cardinale, va faire de lui un apatride, d'abord en Angleterre, qu'il retrouve trente ans après, puis en Amérique, où il fuira la guerre et la haine de "l'allemand". Éternelle errance d'un homme profondément attaché à son pays, à sa langue et à ses convictions pacifistes. Sur cette trame historique, présente dans tous les manuels d'histoire, et reprise tant de fois dans la littérature et le cinéma, Stefan Zweig apporte son regard personnel, un regard que le lecteur ne pourra plus oublier une fois le livre refermé. Jamais on n'a vu décrit avec autant de sensibilité, par un témoin des moments les plus atroces que l'humanité ait jamais connue, l'amour du genre humain. Resté jusqu'au bout fidèle à ses convictions, Stefan Zweig a continué contre vents et marées à se battre pour faire triompher le camp de la paix et de la raison, jusqu'au moment où il n'a plus trouvé la force de lutter contre les vieux démons qui continueront toujours et partout à agiter Homo sapiens, primate parmi les primates. J'ai été estomaqué par l'acuité de son analyse des causes de la Première Guerre Mondiale. Non, décidément Stefan Zweig n'était pas seulement un spécialiste des choses du cœur, il était aussi un géopoliticien hors pair. Sa profonde connaissance de l'âme humaine lui avait permis de comprendre ce qui pouvait animer les masses bien au-delà des contingences politiques. Un grand moment d'émotion, et une si belle écriture...
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5 Le testament d'une génération qui vit l'Europe décliner: Stefan Zweig fait réfléchir aussi à ce qui aurait pu être, 18 décembre 2014
Par 
Un amateur éclectique - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Le monde d'hier : Souvenirs d'un européen (Poche)
Exilé au Brésil, à la veille de son suicide, Stefan Zweig (1881-1941) envoie à son éditeur un manuscrit qui ne contient pas tant ses mémoires que son témoignage sur les changements qu’a connus l’Europe depuis la fin du XIXe siècle, témoignage doublé d’une réflexion aiguë et pertinente sur ces changements : Le Monde d’Hier. Incidemment, ce livre peut aussi être lu comme un testament personnel à l’intention de tous (ce que Zweig veut laisser comme vision d’une Autriche et d’une Europe défuntes à un monde alors plongé en plein dans l’horreur de la Deuxième Guerre mondiale) et comme une explication à ce terrible geste ultime (Zweig, en tant que Juif désormais stigmatisé comme tel et apatride, ne trouve plus sa place, lui qui a dû abandonner plusieurs vies derrière lui, toutes celles qu’il a menées et celles qu’il a côtoyées).

Zweig le précise d’ailleurs dans la préface au Monde d’Hier : « ce n’est pas tant mon destin que je raconte que celui de toute génération, notre génération singulière, chargée de destinée comme peu d’autres au cours de l’histoire ». L’auteur de La Confusion des Sentiments montre en effet l’évolution d’une Europe partie du « Monde de la Sécurité », titre du premier chapitre, pour être confrontée à « L’Agonie de la Paix », titre de l’ultime chapitre, à ceci près qu’il a été un témoin privilégié de cette évolution, lui le bourgeois juif viennois cosmopolite qui a côtoyé les plus grands esprits de son temps au fil de sa maturation intellectuelle, culturelle et artistique, depuis ses dernières années de lycée, et la naissance d’une passion flamboyante pour la poésie, jusqu’à son exil londonien qui lui permit de revoir un Freud vieillissant mais toujours clairvoyant, en passant par de multiples voyages et séjours durant ce qu’il appelle « l’accalmie » des années 1924 à 1933, après les grands troubles du direct après-guerre (l’inflation galopante, la reconstruction nécessaire pour l’Autriche) et avant l’avènement au pouvoir d’un certain Adolf Hitler.

Durant ces années, lui et d’autres intellectuels (Rathenau, Romain Rolland, Jouve entre autres) espérèrent la construction d’une Europe des nations chapeautée par la Société des Nations, un organisme international censé empêcher les conflits, les petites haines, la résolution de rancunes aussi ancestrales que dépourvues de sens ; ce ne sera qu’un rêve vite brisé pour cet homme rendu sensible aux secousses agitant un continent qu’il aime et qu’il voit se déliter. Ces années sont aussi celles du succès retentissant et international de Zweig, tant pour ses œuvres dramatiques que pour ses nouvelles ou ses biographies toujours célébrées aujourd’hui (Marie-Antoinette, Joseph Fouché, Erasme, Marie Stuart ou encore Tolstoï reprirent ainsi vie sous sa plume d’éclatante façon). C’est lorsqu’il évoque ce succès que Zweig tend le plus à l’écriture de mémoires dans ce Monde d’Hier : il se penche alors sur son œuvre et les causes de son succès durant quelques pages, s’interrogeant en toute honnêteté et trouvant la réponse dans sa capacité à élaguer un texte pour n’en garder que l’essentiel ; quiconque a lu un des livres de Zweig au moins ne peut qu’être d’accord avec la mise au jour de cette capacité, tant ils semblent aller droit au cœur de toute problématique pour en écarter le superflu, ce pourquoi cette lecture est toujours aussi prenante aujourd’hui.

Le superflu est aussi écarté du présent ouvrage : Zweig, désirant écrire sur une génération, ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a connu, met de côté quasi tout ce qui lui est strictement personnel – rien n’est dit de ses parents, ses deux femmes successives sont à peine évoquées – bref, sa vie privée n’est mentionnée qu’en tant qu’elle peut dire quelque chose sur l’époque. De sa demeure près de Salzbourg, le lecteur ne connaît ainsi que l’emplacement et, surtout, la vaste bibliothèque et la collection d’autographes, représentatives d’une volonté de préserver ce que l’Europe a laissé de plus beau, de Beethoven à Goethe, de Léonard de Vinci à Balzac. De ses différentes pérégrinations, il ne laisse que des impressions précieuses pour le lecteur avide de connaître ce monde disparu : le doute né d’un voyage dans la Russie des années vingt, mais surtout le bonheur d’avoir vu Rodin à l’œuvre, la joie de fréquenter et écouter Toscanini ou Strauss, l’émulation intellectuelle offerte par l’amitié d’un Verhaeren ou d’un Jean-Richard Bloch, les rencontres parisiennes avec Rainer Maria Rilke, la compréhension de la langue formidable d’un jeune Joyce ; la vie de Zweig ressemble à un long défilé d’amitiés précieuses avec ce que l’Europe a pu offrir de plus précieux entre la fin de l’Empire austro-hongrois et l’anéantissement hitlérien.

Cet anéantissement, Zweig le ressent doublement, en tant qu’Autrichien et en tant que Juif, et le second rappel lui semble le plus cruel, à lui qui appartient à une judéité éclairée qui n’avait que pour seule ambition d’enfin se fondre dans les peuples auxquels elle émargeait, laissant loin derrière elle le souvenir des persécutions médiévales et de la bêtise antisémite encore à l’œuvre à la fin du XIXe siècle. Pourtant, aucune jérémiade, aucune nostalgie d’un âge d’or inexistant (le sionisme n’est pas ici à la fête – quant à la vie d’avant la Première Guerre mondiale dans l’Empire austro-hongrois, elle est montrée par Zweig sans nul fard, l’école étant ainsi durement égratignée pour sa stupidité) : juste le constat que l’Europe a changé à cause d’une folie totale et avide commise dans quelques bureaux haut placés, une folie appelée Première Guerre mondiale, qui a bouleversé toute la donne et a ouvert la voie à une folie encore plus grande. Cette folie, Zweig n’a pu la supporter, d’où un geste final fatal et ce testament qu’on peut considérer comme un miroir d’un autrefois défunt, ou comme un appel à la résurrection d’une Europe des peuples cultivée et cosmopolite dans le respect des spécificités. La seconde solution de lecture est un rêve, mais il est plus que plaisant.
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Le Monde d'hier de Stefan ZWEIG
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