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le 1 avril 2013
Mon commentaire se divise à peu près en deux.

Le texte de Victor Hugo est fabuleux (bien qu'il est dur de l'évaluer sans avoir tout lu, étant donné qu'il fait 1662 pages et que je l'ai depuis un mois). Le fait d'avoir non seulement le texte intégral, mais de l'avoir d'un seul coup plutot que sur plusieurs livres, correspond exactement à ce que je cherchais.

L'édition elle-même laisse un peu à désirer. Le papier est très fin -- quoiqu'il aurait pu être nettement pire; au moins avec ce livre on n'a pas l'impression qu'il va tout de suite se déchirer. C'est dommage aussi que la seule édition complète à prix raisonnable ait l'image du film (le film est excellent, mais je n'ai jamais aimé l'idée d'en faire la couverture d'un livre). Cela dit, il me sert très bien, et je mes plaintes ne sont pas dramatiques.

Je le recommanderais donc à tout le monde.
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le 24 février 2013
Enfin une édition du texte intégral en un seul volume abordable ! Je ne reviendrais pas sur le texte en lui même qui est sublime, mais sur l'édition qui est de très bonne qualité malgré un papier cigarette et contrairement à ce que certains peuvent penser, la police de caractère est lisible et pas minuscule ! En plus l'édition n'est pas encombrés de notes à rallonge comme l'édition du livre de poche. Ça serait idiot de se priver d'une si belle et complète édition qui en plus n'est pas chère vu l'épaisseur du volume !
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le 10 février 2014
Ne parlons que du livre-objet, puisque tout a été dit ou presque de son formidable contenu. Même La Bible dans l'édition Pocket, qui fait plus de 2000 pages, est moins épaisse que ce pavé digne des démesures littéraires de l'auteur. C'est lourd, c'est massif, totalement hors-normes, et c'est ce qui plaît au premier coup d'oeil. L'ouvrir ensuite ne gâche rien, puisque le texte est agréablement aéré avec de larges marges à gauche et à droite. Bref, l'oeil y "respire" suffisamment, et voilà notre principale inquiétude envolée ! 5 tomes en 1 donc ! Défi relevé. En deux mots: n'hésitez pas !
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le 2 décembre 2015
Je n'avais jamais lu de Victor Hugo avant, alors le style m'a étonné car il écrit son roman comme si c'était un discours, avec des envolées formidables et des conclusions implacables, beaucoup d'analyses politiques du moment, parfois géniales, parfois peu compréhensibles par mon manque de connaissances des hommes politiques de l'époque.
Des grandes parenthèses (un peu trop grande peut-être) sur des sujets qui lui tiennent à cœur et qui me donne l'impression que Victor Hugo voulait aussi, à travers ses romans, informer les gens sur des sujets de société comme le fait la télévision de nos jours.
si vous avez une trentaines d'heures devant vous, lancez vous et n'hésitez pas à stabiloter vos meilleur passage pour les lire à haute voie, on comprend pourquoi il avait une avenue à son nom de son vivant.
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le 2 avril 2014
Je viens de commencer le livre. Du Victor Hugo pur! Il faut aimer les descriptions à rallonge ainsi que les mises en situation qui n'ont pas forcément un impact immédiat sur l'histoire principale.

Le livre est de poche mais il ne rentre pas dans une poche! Il est très TRES épais (5 tomes réunis en un seul livre). Le prix est très bas vue la densité du produit. Les feuilles sont fines évidemment.

Très bon produit à bas prix.
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le 16 juillet 2014
Il y a deux types de chapitres dans ce livre. Ceux descriptifs/historiques qui sont selon moi parfois de trop et inutiles.
Et il y a ceux qui relatent le véritable but du livre, l'histoire. Et oh mon dieu quelle histoire.

Oui il faut donner beaucoup de son temps à ce chef d'oeuvre d'Hugo, mais une fois lue, cette histoire ne vous quittera plus !
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le 18 avril 2015
ma fille en est très satisfaite et vu le prix, les grands lecteurs pourront en être heureux !
enfin tous les tomes sont réunis
Nous aimons beaucoup cette saga de Victor Hugo
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le 9 avril 2014
J'adore ce livre. Sublime !
Etant en 3ème, j'adore. Je le conseille vivement ! Merci Amazon :)
Victor Hugo est in grand artiste et ça tout le monde le sait !
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le 31 mars 2016
Publié pendant l'exil de l'auteur, Les misérables est tout à la fois un roman social, une évocation nostalgique de Paris, une épopée héroïque, un drame d'amour et une œuvre politiquement engagée rendant un hommage excessif à la Révolution et à l'Empire opposés à la Restauration et à la Monarchie de Juillet. C'est aussi un cinquième évangile, dans lequel Hugo, croyant en la métempsycose, fait de Valjean, plus qu'un nouveau Rodolphe de Gerolstein, un second Christ. "Transfiguré" (c'est le mot même d'Hugo) par l'évêque de Digne, qui est à Valjean ce que le Baptiste fut à Jésus, l'ancien forçat "ressuscite" en homme bon, en "honnête homme".
Mais Valjean est un Christ du XIXe siècle, républicain, sanctifiant "Liberté, Egalité, Fraternité", un modèle pour le peuple qui "quelquefois se fausse fidélité à lui-même" car "la foule est traître au peuple" (et dont la tendance à "l'émeute" et à "l'insurrection" doit se dissoudre dans le "suffrage universel"), un accélérateur du "progrès", de la "croissance" et du "développement" de la "civilisation moderne". Et ce n'est pas un hasard si le "progrès" prend désormais sa source en France, puisque, reposant sur la science ("on refera l'Eden par A + B"), il se nourrit de la volonté des "peuples artistes", des "peuples mâles". Or, pour Hugo, "le flambeau de l'Europe, c'est-à-dire de la civilisation, a été porté d'abord par la Grèce, qui l'a passé à l'Italie, qui l'a passé à la France".
Mais face au Christ-Valjean, personnification du ''progrès'', se dressent Javert, Ponce Pilate moderne et représentation du ''despotisme'', et le Thénardier, nouveau Barabbas et symbole du ''terrorisme''. Tous les deux perversions de la société, obstacles archaïques, mais aussi instruments involontaires de l'avancement inexorable du ''progrès en pente douce'' que désire Hugo : ''diminuer le nombre des ténébreux, augmenter le nombre des lumineux, voilà le but.''
Détaillant l'idée qu'il se fait du ''progrès'', Hugo place dans la bouche d'Enjolras, saint Paul républicain, prolongement du Christ-Valjean, ''Thémis antique'' au milieu des barricades, cette justification de la mise à mort d'un bandit proche du Thénardier : ''nous sommes sous le regard de la révolution, nous sommes les prêtres de la république, nous sommes les hosties du devoir [...]. La loi du progrès, c'est que les monstres disparaissent devant les anges, et que la Fatalité s'évanouisse devant la fraternité. [...] Citoyens, il n'y aura dans l'avenir ni ténèbres, ni coups de foudre, ni ignorance féroce, ni talion sanglant. Comme il n'y aura plus de Satan, il n'y aura plus de Michel. Dans l'avenir personne ne tuera personne, la terre rayonnera, le genre humain aimera. Il viendra, citoyens, ce jour où tout sera concorde, harmonie, lumière, joie et vie, il viendra. Et c'est pour qu'il vienne que nous allons mourir.''
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le 28 décembre 2014
Il est des œuvres qui transcendent la notion de chef-d’œuvre.

Publiés en 1862, « Les Misérables » entrent indéniablement dans cette catégorie.

Tout le monde ou presque a entendu parler du roman de Victor Hugo, sans compter ses innombrables adaptations : la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, les films ou encore les comédies musicales elles-mêmes adaptées au cinéma, telle la version de 2012 signée Tom Hooper.

« Les faits qui vont être racontés appartiennent à cette réalité dramatique et vivante que l’histoire néglige quelquefois, faute de temps et d’espace. Là pourtant, nous y insistons, là est la vie, la palpitation, le frémissement humain. Les petits détails […] sont, pour ainsi parler, le feuillage des grands événements et se perdent dans le lointain de l’histoire. La plupart des acteurs de ces scènes gigantesques ont disparu ; dès le lendemain ils se taisaient ; mais ce que nous raconterons, nous pouvons dire : nous l’avons vu. Nous changerons quelques noms, car l’histoire raconte mais ne dénonce pas, mais nous peindrons des choses vraies. »

A priori, réédité qui plus est en un seul volume lors de la sortie du film de Tom Hooper cité plus haut, le format seul -1662 pages- en ferait fuir plus d’un(e) qui ne s’y est pas déjà plongé(e). Et pourtant…

Pourtant, ce sont plus de 1600 pages de régal absolu, qui envoient tout valser.

Œuvre époustouflante, d’une beauté et d’une puissance qui dépassent l’entendement, les mots de l’éditeur en quatrième de couverture ne sont peut-être pas complètement à côté de la réalité : « On dit que lorsque les premières épreuves sortaient des presses, les correcteurs et les imprimeurs pleuraient ». Quant aux lecteurs qui, pour des raisons X ou Y, n’auraient pas encore eu le temps et/ou le courage de le parcourir, ils commettraient une grossière erreur de passer à côté. Car s’ils peuvent prendre le temps de s’y plonger, ce sera la stupéfaction : moderne, drôle (« M. Myriel devait subir le sort de tout nouveau venu dans une petite ville où il y a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de têtes qui pensent. »), lyrique, rythmé… Tout y est, et en ce cas précis, c’est un doux euphémisme.

« 1831 et 1832 […] sont un des moments les plus importants de l’histoire. Ces deux années au milieu de celles qui les précèdent et qui les suivent sont comme deux montagnes. Elles ont la grandeur révolutionnaire. On y distingue des précipices. Les masses sociales, les assises même de la civilisation, le groupe solide des intérêts superposés et adhérents, les profils séculaires de l’antique formation française, y apparaissent et y disparaissent à chaque instant à travers les nuages orageux des systèmes, des passions et des théories. Ces apparitions et ces disparitions ont été nommées la résistance et le mouvement. Par intervalles on y voit luire la vérité, ce jour de l’âme humaine. »

« Les Misérables », c’est Jean Valjean qui rencontre Fantine et sa fille Cosette. Le premier, échappé du bagne, suivi à la trace par le tenace et incorruptible Inspecteur Javert (« son élément, son milieu respirable, c’était la vénération de toute autorité »), cherche la rédemption, tandis que la seconde cherche à survivre.

« Vous voyez bien, dit-il, que je suis Jean Valjean.

Il n’y avait plus dans cette enceinte ni juges, ni accusateurs, ni gendarmes ; il n’y avait là que des yeux fixes et des cœurs émus. Personne ne se rappelait plus le rôle que chacun pouvait avoir à jouer ; l’avocat général oubliait qu’il était là pour requérir, le président qu’il était là pour présider, le défenseur qu’il était là pour défendre. Chose frappante, aucune question ne fut faite, aucune autorité n’intervint. Le propre des spectacles sublimes, c’est de prendre toutes les âmes et de faire de tous les témoins des spectateurs. »

Puis Jean Valjean retrouve Cosette chez les époux Thénardier et leurs enfants où sa mère Fantine, souffrante, l’avait laissée en toute confiance, récupère l’enfant (contre quelques deniers, puisque ce sont les Thénardier…) et la prend sous son aile pour l’emmener à Paris vivre à ses côtés, au couvent de la rue du Petit-Picpus.

Mais avant l’arrivée au couvent, Hugo fait une première digression épique : la bataille de Waterloo.

« Alors ce fut effrayant.

[…] Le premier rang, genou en terre, recevait les cuirassiers sur les baïonnettes, le second rang les fusillait ; derrière le second rang les canonniers chargeaient les pièces, le front du carré s’ouvrait, laissait passer une éruption de mitraille et se refermait. Les cuirassiers répondaient par l’écrasement. Leurs grands chevaux se cabraient, enjambaient les rangs, sautaient par-dessus les baïonnettes et tombaient, gigantesques, au milieu de ces quatre murs vivants. Les boules faisaient des trouées dans les cuirassiers, les cuirassiers faisaient des brèches dans les carrés. Les baïonnettes s’enfonçaient dans les ventres de ces centaures. De là une difformité de blessures qu’on n’a pas vues peut-être ailleurs. »

« La cavalerie prussienne, fraîche venue, s’élance, vole, sabre, taille, hache, tue, extermine. Les attelages se ruent, les canons se sauvent ; les soldats du train détellent les caissons et en prennent les chevaux pour s’échapper ; des fourgons culbutés les quatre roues en l’air entravent la route et sont des occasions de massacre. On s’écrase, on se foule, on marche sur les morts et les vivants. Les bras sont éperdus. Une multitude vertigineuse emplit les routes, les sentiers, les ponts, les plaines, les collines, les vallées, les bois, encombrés par cette évasion de quarante mille hommes. Cris, désespoirs, sacs et fusils jetés dans les seigles, passages frayés à coups d’épée, plus de camarades, plus d’officiers, plus de généraux, une inexprimable épouvante. […] Les lions devenus chevreuils. Telle fut cette fuite. »

« […] Waterloo, en coupant court à la démolition des trônes européens par l’épée, n’a eu d’autre effet que de faire continuer le travail révolutionnaire d’un autre côté. Les sabreurs ont fini, c’est le tour des penseurs. Le siècle que Waterloo voulait arrêter a marché dessus et a poursuivi sa route. Cette victoire sinistre a été vaincue par la liberté. »

C’est ensuite la traversée des bas-fonds de Paris, la rencontre des lecteurs avec Combeferre, Courfeyrac, Jean Prouvaire et autres camarades de l’« A B C » ; mais aussi Gavroche.

« -Garçon ! cinque centimes de pain.

Le boulanger, qui était le maître en personne, prit un pain et un couteau.

-En trois morceaux, garçon ! reprit Gavroche, et il ajouta avec dignité : Nous sommes trois.

Et voyant que le boulanger, après avoir examiné les trois soupeurs, avait pris un pain bis, il plongea profondément son doigt dans son nez avec une aspiration aussi impérieuse que s’il eût eu au bout du pouce la prise de tabac du grand Frédéric, et jeta au boulanger en plein visage cette apostrophe indignée :

-Keksekça ?

Ceux de nos lecteurs qui seraient tentés de voir dans cette interpellation de Gavroche au boulanger un mot russe ou polonais, ou l’un des cris sauvages que les Yowais et les Botoncudos se lancent du bord d’un fleuve à l’autre à travers les solitudes, sont prévenus que c’est un mot qu’ils disent tous les jours (eux nos lecteurs) et qui tient lieu de cette phrase : qu’est-ce que c’est que cela ? »

Entre-temps Cosette grandit, rencontre Marius de Pontmercy, fils d’un colonel tué sur le champ de bataille de Waterloo (d’où l’épique digression), c’est le coup de foudre (« Rien n’est plus réel que ces grandes secousses que deux âmes se donnent en échangeant leurs étincelles »); Jean Valjean vieillit ; la révolution, elle, se fait sentir…

« De nombreux amoncellements couvraient l’horizon. Une ombre étrange gagnant de proche en proche s’étendait peu à peu sur les hommes, sur les choses, sur les idées ; ombre qui venait des colères et des systèmes, Tout ce qui avait été hâtivement étouffé remuait et fermentait. Parfois la conscience de l’honnête homme reprenait sa respiration tant il y avait de malaise dans cet air où les sophismes se mêlaient aux vérités. Les esprits tremblaient dans l’anxiété sociale comme les feuilles à l’approche de l’orage. La tension électrique était telle qu’à de certains instants le premier venu, un inconnu, éclairait. Puis l’obscurité crépusculaire retombait. Par intervalles, de profonds et sourds grondements pouvaient faire juger de la quantité de foudre qu’il y avait dans la nuée. »

Le calme avant la tempête ; Hugo fait monter la sauce…

« La fermentation devenait du bouillonnement. Depuis 1830, il y avait eu çà et là de petites émeutes partielles, vite comprimées, mais renaissantes, signe d’une vaste conflagration sous-jacente. Quelque chose de terrible couvait. On entrevoyait les linéaments encore peu distincts et mal éclairés d’une révolution possible. La France regardait Paris ; Paris regardait le faubourg Saint-Antoine. Le faubourg Saint-Antoine, sourdement chauffé, entrait en ébullition. »

« De quoi se compose l’émeute ? De rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des rêves qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte.

Où ?

Au hasard. A travers l’Etat, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres.

Les convictions irritées, les enthousiasmes aigris, les indignations émues, les instincts de guerre comprimés, les jeunes courages exaltés, les aveuglements généreux ; la curiosité, le goût du changement, la soif de l’inattendu, le sentiment qui fait qu’on se plaît à lire l’affiche d’un nouveau spectacle et qu’on aime au théâtre le coup de sifflet du machiniste ; les haines vagues, les rancunes, les désappointements, toute vanité qui croit que la destinée lui a fait faillite ; les malaises, les songes creux, les ambitions entourées d’escarpements ; quiconque espère d’un écroulement une issue ; enfin, au plus bas, la tourbe, cette boue qui prend feu, tels sont les éléments de l’émeute.»

« Quiconque a dans l’âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l’état, de la vie ou du sort, confine à l’émeute, et, dès qu’elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille. »

Avant de plonger le lecteur dans la fournaise, Hugo informe : « Dans les conditions du livre que nous écrivons, nous ne montrerons qu’un côté et qu’un épisode, et à coup sûr le moins connu, des journées des 5 et 6 juin 1832 ; mais nous ferons en sorte que le lecteur entrevoie, sous le sombre voile que nous allons soulever, la figure réelle de cette effrayante aventure publique. »

« Alors tout est dit, la tempête se déchaîne, les pierres pleuvent, la fusillade éclate, beaucoup se précipitent au bas de la berge et passent le petit bras de la Seine aujourd’hui comblé ; les chantiers de l’île Louviers, cette vaste citadelle toute faite, se hérissent de combattants ; on arrache des pieux, on tire des coups de pistolet, une barricade s’ébauche, les jeunes gens refoulés passent le pont d’Austerlitz […] au pas de course et chargent la garde municipale, les carabiniers accourent, les dragons sabrent, la foule se disperse dans tous les sens, une rumeur de guerre vole aux quatre coins de Paris, on crie : aux armes ! on court, on culbute, on fuit, on résiste. La colère emporte l’émeute comme le vent emporte le feu. »

« La cohue s’ébranla, les rangs se rompirent, tous coururent, partirent, s’échappèrent, les uns avec les cris de l’attaque, les autres avec la pâleur de la fuite. Le grand fleuve qui couvrait les boulevards se divisa en un clin d’œil, déborda à droite et à gauche et se répandit en torrents dans deux cents rues à la fois avec le ruissellement d’une écluse lâchée. »

« Et puis, rive droite, rive gauche, sur les quais, sur les boulevards, dans le pays latin, dans le quartier des halles, des hommes, ouvriers, étudiants, sectionnaires, lisaient des proclamations, criaient : aux armes ! brisaient les réverbères, dételaient les voitures, dépavaient les rues, enfonçaient les portes des maisons, déracinaient les arbres, fouillaient les caves, roulaient des tonneaux, entassaient pavés, moellons, meubles, planches, faisaient des barricades. »

« Ce qui avait réellement pris la direction de l’émeute, c’était une sorte d’impétuosité inconnue qui était dans l’air. L’insurrection, brusquement, avait bâti les barricades d’une main et de l’autre saisi presque tous les postes de la garnison. […] Le tiers de Paris était à l’émeute.

Sur tous les points, la lutte était gigantesquement engagée ; et, des désarmements, des visites domiciliaires, des boutiques d’armuriers vivement envahies, il résultait ceci que le combat commencé à coups de pierres continuait à coups de fusil.

Vers six heures du soir, le passage du Saumon devenait champ de bataille. L’émeute était à un bout, la troupe au bout opposé. On se fusillait d’une grille à l’autre. Un observateur, un rêveur, l’auteur de ce livre, qui était allé voir le volcan de près, se trouva dans le passage pris entre les deux feux. Il n’avait pour se garantir des balles que le renflement des demi-colonnes qui séparent les boutiques ; il fut près d’une demi-heure dans cette situation délicate. »

Eternellement jeune, contemporain de Zola et Balzac avec lesquels Hugo partageait l’intérêt pour la chose sociale, le génie littéraire et, aussi, un ego légèrement surdimensionné (n’était-il pas surnommé « Ego Hugo » ?) « Les Misérables » constituent un sommet, fabuleux roman-monde où il est question… de tout.

« Tandis qu’une bataille encore toute politique se préparait dans ce même emplacement qui avait déjà vu tant d’événements révolutionnaires, tandis que la jeunesse, les associations secrètes, les écoles, au nom des principes, et la classe moyenne, au nom des intérêts, s’approchaient pour se heurter, s’étreindre et se terrasser, tandis que chacun hâtait et appelait l’heure dernière et décisive de la crise, au loin et en dehors de ce quartier fatal, au plus profond des cavités insondables de ce vieux Paris misérable qui disparaît sous la splendeur du Paris heureux et opulent, on entendait gronder sourdement la sombre voix du peuple.

Voix effrayante et sacrée qui se compose du rugissement de la brute et de la parole de Dieu, qui terrifie les faibles et qui avertit les sages, qui vient tout à la fois d’en bas comme la voix du lion et d’en haut comme la voix du tonnerre. »

Certes, la longue description du couvent de la rue Petit-Picpus, bien que liée à l’histoire, n’est pas d’un intérêt capital et comporte sans conteste bien moins de souffle que le récit de Waterloo ; certes aussi, Hugo a forcé les traits du personnage de Javert, incarnation de la roideur et de l’inhumanité d’un droit appliqué à la lettre.
Mais de là à se priver d’une si exceptionnelle lecture…
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