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Bach : Le clavier bien tempéré, volume 2
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50 PREMIERS REVISEURSle 6 novembre 2013
Kenneth Gilbert disait en hommage à Scott Ross qu'il était un des rares clavecinistes "classiques", ce qui était pour lui le plus grand compliment.

Avec cet album, Christophe Rousset, dont le jeu à tendance à s'épurer, souvent pour le meilleur, au fil des ans, est lui aussi en passe de devenir un grand clavecinisite classique dans le sillage d'un autre géant du clavecin: Gustav Leonhardt.

De facon tout à fait inhabituelle, mais identique au maitre hollandais, Rousset choisit d'enregistrer d'abord la seconde partie de ce monument encyclopédique, bien plus qu'un simple ouvrage didactique, et souvent qualifié, de manière emphatique mais méritée, d'ancien testament de la musique classique (par opposition aux sonates de beethoven qui formeraient le nouveau testament).

Comme Gustav Leonhardt, Christophe Rousset choisit un instrument de type flamand pour jouer ce second volume, en l'occurence un instrument Ruckers original, fameux mais quasiment jamais enregistré au disque (hormis 2 disques des Brigittes du clavecin: Haudebourg et Tramier): le Johannes Ruckers 1628 du chateau de Versailles, ravalé, le plus respectueusement du monde, probablement par Nicolas Blanchet fondateur de la dynastie du même nom.

Même si Rousset s'en défend dans la notice, je trouve le style de jeu classique, même très classique. Cela m'a même paru à la première écoute, un rien sec, guindé par rapport à l'inventivité et la fantaisie d'un Bob van Asperen et même par rapport à la fièvre spontanée du Gustav Leonhardt des années 60, qui sont les deux références que j'ai souvent à l'esprit pour ces oeuvres.

A la seconde écoute, et cette fois-ci avec un casque de meilleure qualité qui laisse percevoir les subtilités du clavecin et du jeu de Rousset tels que restitués par la prise de son (cette fois) précise et naturelle de Nicolas Bartholomée, toutes les réserves initiales s'effacent soudain pour laisser place à un sentiment de plénitude, de majestuosité, de maîtrise, de liberté qui n'a besoin d'aucune fantaisie pour s'exprimer. Et comme les défauts si fréquents de tenue rythmique, de "prise de pieds dans le tapis", qui guettent même les plus grands dans ces longues séquences piégeuses, sont ici inexistants, on doit se rendre à l'évidence: c'est une grande réussite.

La notice comprenant des articles splendides, concis et éclairants, de Gilles Cantagrel et de Christophe Rousset et agrémentée de magnifiques images de Versailles et du clavecin ne fait qu'amplifier cette réussite.

Les seuls avertissements (et non réserves) s'adresseront finalement
- aux mélomanes peu habitués au son franc/frottant de ce clavecin Ruckers (il n'a pas le son perlé et velouté des Ruckers de Colmar 1624 ou de Neuchâtel 1632, probablement ravalés par Hemsch)
- à ceux qui préfèrent les prises de son plus travaillées (je dirai presque traffiquées) et ne supportent pas le bruit mécanique divers qu'on entend très bien ici.
- ou encore à ceux qui préfèrent des connotations plus jazzy, des phrasés plus ronds ou un ton plus extraverti. Ceux ci devront plutôt se tourner vers Bob van Asperen (sur le clavecin Zell de Hambourg) voire Verlet ou Schornsheim, toutes deux sur le Ruckers 1624 de Colmar, sans oublier le leg de Christiane Jaccottet sur son Johannes Ruckers 1642, clavecin lui aussi très rare au disque de nos jours.

On attend maintenant le premier volume avec impatience.

Aussi pour rendre honneur à l'autre clavecin présent dans la même salle du dauphin du chateau de Versailles, on se prend à rêver que Rousset puisse enregistrer les oeuvres de Balbastre ou d'Armand Louis Couperin sur le Francois Blanchet (fils de Nicolas) de 1746 que l'on apercoit sur l'une des photographies.
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