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5.0 étoiles sur 5 Année Britten : une nouvelle contribution majeure à la discographie du War Requiem, 7 septembre 2013
Par 
LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
(COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)    (TOP 50 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : War Requiem (CD)
L'année Britten bat son plein, surtout en Grande-Bretagne. Quelques nouvelles parutions discographiques et vidéographiques sont venues la saluer outre-Manche - j'ai déjà parlé de certaines des plus saillantes : War Requiem (dvd) / War Requiem (blu-ray) ; Peter Grimes (dvd) / Peter Grimes (blu-ray) ; Concerto pour violon, op.15 - Concerto pour piano, op.13. Outre les coffrets qui ont fleuri tous azimuts, il était inévitable que les nouveautés discographiques se focalisent sur une ou deux des oeuvres phares du compositeur. C'était évidemment le War Requiem qui s'y prêtait le mieux : 2013 marque le centenaire de la naissance du compositeur mais aussi le cinquantenaire de l'enregistrement original de cette oeuvre, une des plus célébrées de son auteur.

Decca a fini par livrer une édition soignée de l'enregistrement original de 1963 dirigé par le compositeur, évidemment essentiel : Britten: War Requiem. Il faut ajouter à cela quelques inédits, dont la captation d'un concert de Karel Ancerl. Plusieurs maisons s'apprêtent à y aller de leur nouvelle version : Signum avec Paul McCreesh, EMI (enfin, Warner : il va falloir s'habituer) avec Antonio Pappano - hélas Pappano en ce qui me concerne : pourquoi ne pas avoir sollicité Vladimir Jurowski plutôt? Je ne sais pas ce que nous réserveront ces nouveaux disques et ne les écouterai peut-être pas tous. La bonne surprise vient pour l'heure de Munich et de la Radio bavaroise, dont l'excellence est ces temps-ci bien documentée, avec l'édition de nombre de ses concerts aussi bien au disque qu'en vidéo. Leur War Requiem est à mes oreilles d'exception.

Rappelons à toutes fins utiles que Benjamin Britten eut l'idée de juxtaposer le texte de la Messe de Requiem en latin (chanté par la soprano et les choeurs) et des textes du 'poète de guerre' anglais Wilfred Owen, mort une semaine avant l'armistice de novembre 1918 (chantés par les deux solistes masculins). Les forces, qui alternent et finissent par se mêler, se répartissent ainsi : la soliste soprano et le choeur mixte sont accompagnés par le grand orchestre, tandis qu'un orchestre de chambre est derrière le ténor et le baryton ; séparés d'eux, un choeur de garçons, et pour seuls instruments un orgue ou un harmonium et des cordes. Si l'aspect de parabole de l'oeuvre, ou si l'on veut son 'message' de paix et de réconciliation, n'est pas forcément sa part aujourd'hui la plus captivante - même si bien sûr l'avertissement qui ressort des poèmes de Wilfred Owen n'a pas d'époque - ce Requiem pour les morts de toutes les guerres qui est aussi une complainte et une admonestation adressées aux vivants continue de fasciner par l'élaboration de sa structure et de son discours musical.

La première exécution eut lieu dans la nouvelle Cathédrale St Michael à Coventry, à peine consacrée en mai 1962 après sa construction le long des ruines de l'ancienne Cathédrale (bombardée en 1940). Pour le pacifiste qu'était Britten, il était de la plus haute importance que cette oeuvre soit chantée par trois solistes dont un serait allemand et l'autre russe. La soprano Galina Vichnievskaya n'ayant pas été autorisée à quitter l'Union soviétique, elle fut remplacée par Heather Harper, tandis que le ténor anglais était, de façon peu surprenante avec Britten, Peter Pears, et le baryton Dietrich Fischer-Dieskau. Plus largement, les conditions de cette création furent assez difficiles, et Britten faillit y laisser ses nerfs. Pour l'enregistrement qu'il signa l'année suivante avec le London Symphony Orchestra, Galina Vichnievskaya put enfin chanter le rôle, non sans faire des difficultés (elle ne voulait pas être séparée des autres comme le souhaitait Britten). Reste qu'elle y est splendide, et qu'il a été depuis difficile de trouver des sopranos qui puissent égaler le souvenir de sa prestation. Notons pour finir que l'Orchestre de Birmingham était l'orchestre de la création, mais qu'il était alors loin d'avoir le niveau qui est celui qu'il a atteint ces dernières décennies (Britten n'était pas ravi du résultat orchestral, pas plus qu'il ne trouvait les choeurs à la hauteur). Le LSO et les choeurs retenus pour l'enregistrement londonien lui ont en revanche donné pleine satisfaction.

J'ai beau avoir écrit tout le bien que je pense de la version du cinquantenaire de la création captée en vidéo à Coventry en 2012, celle-ci est sans doute un cran au-dessus. Où Mariss Jansons surpasse tout de même son très doué disciple Andris Nelsons. Il faut dire qu'il n'y a pas ici la faiblesse relative du baryton dans la version Nelsons (Hanno Müller-Brachmann) : en choisissant Christian Gerhaher, Jansons ne s'est pas trompé. Impressionnant de bout en bout - on pourra toujours trouver à chipoter ici et là sur la diction, mais c'était également le cas avec Dietrich Fischer-Dieskau et ce n'est de toute façon pas d'une importance capitale en l'espèce - Gerhaher met son métal au service d'un chant d'une stabilité et d'une autorité qui n'ont que peu d'égales. Mark Padmore est quant à lui égal... à lui-même, c'est-à-dire idéal dans ce répertoire même s'il peut lui arriver de faillir vocalement (rarement, toutefois) ou d'avoir fait mieux ailleurs dans certains passages. Leur "Strange Friend" est magnifique, même si moins en suspension que chez d'autres. Emily Magee peut sembler un peu trop opératique par moments et elle ne rejoindra sans doute pas celles qui ont marqué cette partie difficile à imposer, mais elle ne dépare en rien un plateau vocal de haute volée. Si l'on ajoute à cela que les choeurs font tout de même partie du haut du panier mondial - les Choeurs "maison" de la Radio bavaroise, particulièrement bien en main ces temps-ci, et le Tölzer Knabenchor, choeur d'enfants des plus prisés - on comprendra aisément que la prestation vocale est homogène dans l'excellence (écouter le Sanctus ou le Libera Me pour s'en convaincre). Evidemment, le fait que Jansons mène tout cela avec une assurance confondante est pour beaucoup dans l'impression que l'on tient là une nouvelle version certes cohérente et équilibrée mais qui ne manque pas non plus de ferveur. Son plus grand défaut étant la placidité, j'ai été ravi de constater avec les dernières parutions de BR que pas mal des prestations récentes de Jansons ne le voient pas se laisser glisser sur cette pente. Comme dans sa Messe glagolitique en vidéo - Mariss Jansons Conducts Brahms & Janacek - Jansons arrive ici à ne pas sacrifier la vivacité et l'allant à la componction bien-sonnante. Si l'on peut toujours se dire que tel ou tel trait n'est pas tout à fait assez mordant, j'ai été étonné que Jansons nous donne une version aussi tendue, aux variations de tempo aussi nettes. On pourra toujours se poser des questions sur la façon dont il choisit de faire sonner les cuivres ou de doser les instruments à tel ou tel endroit, mais quelle belle alchimie orchestrale et vocale tout de même! Un chef peut-être bien au sommet de son art, avec à son service des troupes qui de toute évidence lui sont d'une fidélité à toute épreuve, et un plateau de solistes absolument adéquat : on peut toujours espérer mieux, mais voilà en tout cas un ajout à la discographie qui n'a rien d'inutile.

Un mot sur la prise de son, très bonne et plutôt équilibrée même si de toute évidence la captation des solistes est favorisée. Pas de saturations, mais tout de même un son un peu brouillé lors de quelques passages choraux ou lorsque la soprano est mêlée au choeur. Rien de rédhibitoire en tout cas, et une prise de son qui ne se perd pas ou ne se dilue pas dans un espace trop vaste comme c'est parfois le cas. A noter que si le livret propose bien les textes chantés, ils ne sont donnés que dans les langues originales (latin et anglais) et dans une traduction en allemand.

Si vous ne connaissez pas le War Requiem et si vous hésitez sur la version à adopter, je ne peux que vous conseiller de prendre l'enregistrement Britten au premier chef, puis une autre si jamais vous êtes sensible à l'œuvre - il y en a plusieurs de fort bonnes (Rattle, Hickox, Gardiner, Noseda, bientôt Ozawa, déjà édité ailleurs depuis longtemps et qui devrait finir par l'être ici). Je conseille particulièrement la captation vidéo réalisée à Coventry à l'occasion du cinquantenaire de la création (voir liens ci-dessus, et mon commentaire) : outre les qualités musicales de cette version enregistrée sur le vif, il est intéressant de voir la répartition spatiale des forces, en particulier dans le lieu où l'oeuvre a été jouée pour la première fois, et il n'est bien sûr pas mauvais d'avoir accès aux textes des poèmes via les sous-titres sans avoir à lire le livret. Reste que vous aurez compris que je pense que cette version Jansons à Munich se place sans doute un peu au-dessus musicalement, d'emblée parmi les toutes meilleures.

Pour les admirateurs anglophones de cette oeuvre, il existe un ouvrage passionnant de Michael Foster sur la conception, la réalisation et la réception du War Requiem : The Idea Was Good: The Story of Britten's War Requiem (trouvable sur le site anglais d'Amazon si indiqué comme indisponible sur le site français). Je conseille par ailleurs vivement à tous l'édition bilingue des poèmes de Wilfred Owen, très réussie à tous les points de vue (présentation de l'auteur, choix des poèmes, traduction) : Et chaque lent crépuscule...
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