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5.0 étoiles sur 5 Inévidentes nos évidences sur l'Europe
La lecture de « La malfaçon », avant toutes choses, nous fait énormément de bien. Notre force de désir, notre envie d'agir s'en trouvent étonnamment décuplées. Ordinairement, nos rencontres avec les économistes sont absolument décourageantes. Frédéric Lordon génère avec cet ouvrage un...
Publié il y a 6 mois par cprevost

versus
9 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Techniquement intéressant, politiquement décevant
Très déçu par le livre de Lordon: Si l'analyse technique et politique de la mise en place de l'euro est juste et bien décrite, les scénarios reprennent ceux de Sapir et Murer, sans doute en les détaillant un peu plus.
La critique de l'aveuglement volontaire de "la gauche" qu s'est mise au service de la mondialisation...
Publié il y a 15 mois par Jules Alexandre Théophraste d...


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5.0 étoiles sur 5 Inévidentes nos évidences sur l'Europe, 18 janvier 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique (Broché)
La lecture de « La malfaçon », avant toutes choses, nous fait énormément de bien. Notre force de désir, notre envie d'agir s'en trouvent étonnamment décuplées. Ordinairement, nos rencontres avec les économistes sont absolument décourageantes. Frédéric Lordon génère avec cet ouvrage un affect joyeux, l'envie de faire quelque chose. A force de recherche, d'intelligence, de courage, de didactisme, livre après livre, l'auteur rend inévidentes nos évidences les plus quotidiennes. Il défixe nos désirs habituels «d'avoir quantité d'choses qui nous donnent envie d'autre chose ». Il fait de nous, «foule sentimentale», des hommes non sous l'emprise de la passion triste de la consommation et du renoncement mais conduit par la raison, la volonté de comprendre et d'avancer. « Admiration... ».

Il est question avec «La malfaçon» de la nature de la dette, de l'Europe et de relance de la croissance car d'elle dépend dans l'immédiat la survie des individus les plus modestes.

On ne parle que de remboursement de la dette et de diminution concomitante des dépenses sociales. De 2007 à 2012, celle de la France est passée de 68,2 à 90,2% du PIB. Celle assignable à la seule finance était de 16,4% du PIB (soit 624 milliards d'Euros). Naturellement, cette dette paie les dégâts de la finance, pas la retraite généralisée à 40 ans ou la consommation frénétique de médicaments. La libération des capitaux, qui a conduit à cette situation, a été imposée pour des raisons idéologiques par un quarteron de néolibéraux antis inflationnistes et fermement déterminés à contraindre les états à l'orthodoxie budgétaire stricte. Cette libéralisation des capitaux a eu pour but pratique, des pays à forte épargne vers ceux à déficit chronique et faible croissance, de rendre le plus facile possible leur circulation internationale. Elle a permis l'endettement généralisé des ménages dont on comprimait les salaires et l'allégement des impôts du patronat. Ce sont les états eux-mêmes qui pour cela ont amputé leur souveraineté. Ils ont, devenant dépendant des marchés de capitaux, sorti les banques centrales de l'orbite étatique et autorisé le seul financement obligataire des déficits. Le résultat, la finance, avec la menace incessante de la montée possible des taux d'intérêt, dicte aujourd'hui les politiques publiques financières et structurelles.

L'Europe, non démocratique, impuissante contre la crise, est le parangon de la politique néolibérale présente. En Grèce, de 2009 à 2012, la récession organisée par l'Europe a fait perdre à ce pays 16 points de PIB ; le chômage y est de 27,3% et les salaires y ont baissé de 12 %. L'Europe n'a pas de politique conjoncturelle, elle n'a qu'une politique constitutionnelle qui lui a été imposée par l'ordo libéralisme d'une Allemagne obsédée par sa monnaie. L'orthodoxie budgétaire en Europe est renforcée par une volonté farouche de contraindre les incertains états à la puissance normalisatrice des marchés financiers mondiaux. Les désastreuses et paralysantes politiques d'austérité actuelles sont en effet le résultat du traité de l'Europe et du pacte de stabilité. Le traité de stabilité a ainsi imposé des règles absolument contraignantes avec des mécanismes de correction se déclenchant automatiquement (seuil de 0,5% du nébuleux déficit structurel s'ajoutant à celui de 3% de déficit courant) alors que la dette est manifestement une question de politique économique qui devrait être l'affaire de la délibération démocratique.

Frédéric Lordon ne fait pas appel à l'antienne européenne des institutions enfin réformées. Le retour au national permet seul de déconstitutionnaliser le problème de la crise et de ramener instantanément dans la délibération démocratique ordinaire les questions de stratégie économique. La souveraineté populaire, notamment en matière économique, en effet ne fait sens que dans un périmètre d'une communauté nécessairement bornée. L'Europe actuelle n'est pas une identité en soi, elle n'est que le produit de composition des effets de blocs hégémoniques de divers pays européens pour sanctuariser les principes néolibéraux à un niveau définitivement hors de portée de la vox populi. L'internationalisme abstrait pactisant avec le néolibéralisme sous prétexte d'accomplir le dépassement post national, avec ses effets d'éloignement et de déshumanisation, est aujourd'hui le meilleur soutient des nationalistes les plus étroits (Aube dorée, Front national et consorts). Ces derniers sont en effet les produits de la désespérante dépression austéritaire et de la scandaleuse dépossession de la souveraineté, c'est-à-dire l'expression même de la politique européenne présente.

Pour sortir de la crise, dans un cadre national, il faut annuler complètement ou en partie la dette souveraine, réarmer les banques centrales, reprendre le secteur bancaire et contrôler les capitaux. Il faut ainsi alléger le fardeau des débiteurs (inflation ou défaut) et cesser de préserver, au prix de l'austérité et de la dévaluation interne, c'est-à-dire l'ajustement par les salaires, les créanciers. Le coût de cette nouvelle politique est certes la ruine des banques mais aussi la possibilité, quasi gratuite, de leur (re)nationalisation. Toutes ces mesures sont nécessairement accompagnées d'une ingénierie du défaut, bien décrite dans « La malfaçon », mais trop longue à exposer ici (création monétaire ; restauration des dépôts, du cash-flow des banques ; maintien de leur liquidités ; refinancement des passifs interbancaires et compensation des patrimoines des particuliers). Il faut aussi pour sortir de la crise réduire les interdépendances financières, renationaliser le financement des services publics. Il faut enfin généraliser les grands emprunts et le financement monétaire ; supprimer les marchés des changes et réduire le marché obligataire.
L'euro actuel procède d'une construction qui donne toute satisfaction aux marchés de capitaux et qui organise leur emprise sur les politiques économiques. Il n'y a pas de convergence structurelle économique des pays de l'Europe. L'Europe a produit des effets de polarisation spatiale en approfondissant la division internationale du travail. Les différentiels de production et de coûts n'ont cessé de se creuser entre les économies de la zone Euro sans qu'ils puissent être accommodés par des ajustements de change. La seule possibilité d'ajustement a été celle réalisée par les baisses de salaire et le chômage rebaptisés dévaluation interne. Il faut se libérer de ce carcan de la monnaie unique mais ce geste correspond, rien que cela, au démantèlement de la politique économique présente et à l'expulsion des investisseurs internationaux du champ de la décision. Cette transformation, il va sans dire, est naturellement impossible dans un cadre international (spéculation et crise à la clé), elle implique un retour nécessaire aux monnaies nationales. Frédéric Lordon, à ce stade de sa réflexion, envisage la possibilité forte intéressante d'une monnaie commune sans l'Allemagne qui offre la possibilité de dévaluations encadrées. Elle laisse exister les dénominations nationales (Euro-Franc, Euro-Lire, etc...) exprimées avec une certaine parité avec l'euro, monnaie commune, convertible sur tous les marchés avec toutes les devises externes (pas de marché intra européen ; parité par rapport à l'Euro monnaie commune ; ajustement par des processus politique ; balance des changes). Cette monnaie commune fait écran entre extérieur et intérieur (comme actuellement la monnaie unique) ; elle supprime les changes intereuropéens ce qui permet une stabilité interne des monnaies (comme actuellement la monnaie unique) ; mais elle autorise, en l'absence de transferts budgétaires puissants et de mobilité de la force de travail, les nécessaires ajustements intra-européens (à la différence cette fois de la monnaie unique).

Pour appliquer un tel programme, au point de destruction économique et sociale ou nous sommes, et surtout dans l'état de tétanie généralisée des gouvernements de droite décomplexée ou complexée (comprendre PS) - que l'on se rassure pas de complots, pas de grands soirs - il n'y a pas, nous dit Frédéric Lordon, d'autre alternative à la stagnation mortifère que le chaud d'une crise terminale. « Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément » écrit Spinoza dans une de ces lettres. Rions donc après cette lecture tout à fait éclairante au tout pour l'Europe, quoi qu'il en coûte, à l'Europe pour l'Europe ...
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13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Sortir de l'euro pour renouer avec la démocratie, 22 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique (Broché)
Ce livre de Frédéric Lordon est salutaire, à l'heure où le Front de Gauche et la gauche critique se refuse toujours à assumer la rupture avec la monnaie unique. Les problèmes de l'euro sont moins analysés sous l'angle de l'économie que du point de vue politique. L'économiste part de l'idée que la monnaie unique a consisté dès le départ à neutraliser la souveraineté des Etats, en excluant les politiques économiques du champ démocratique. Constatant l'impasse du fédéralisme, (obstination monétaire allemande, absence d'un peuple européen, primat des sentiments nationaux), Frédéric Lordon estime que l'alternative aux politiques néolibérales ne peut passer que par une sortie de l'euro et un retour aux politiques économiques nationales. La retour à la souveraineté nationale est la condition nécessaire pour que les peuples européens restent maîtres de leur destin. Avec ce livre, Frédéric Lordon s'attaque surtout à l'internationalisme abstrait d'une partie de la gauche radicale et rejoint des auteurs comme Jacques Sapir, Emmanuel Todd, François Rufin ou Aurélien Bernier, qui s'efforcent de réconcilier la gauche avec l'idée de nation, mais dans une perspective internationaliste.
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5.0 étoiles sur 5 Impasses de l'Europe - En sortir, 18 mai 2014
Par 
Paluel Marmont (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)    (VRAI NOM)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique (Broché)
4ème de couverture: "L'européisme est devenu le pire ennemi de l'Europe. Ne voulant plus que "l'Europe" intransitivement, c'est-à-dire sans le moindre égard pour ses contenus concrets, prêt s'il le faut à martyriser des peuples entiers, il est devenu une obstination aveugle. Au-delà de ses pires désastres économiques, sa tare congénitale est politique: le déni absolu de toute expression des souverainetés populaires. (...) L'urgence, politique et économique, commande donc de réexaminer de près la sortie de l'euro."

Menée avec le brio qu'exige la défense d'une position a priori paradoxale - et Dieu sait si la doxa est envahissante - la démonstration de F. Lordon allie la précision des analyses techniques et un sens aigu de la formule percutante, conviction et persuasion se liguant pour tenter d"emporter l'adhésion du lecteur.
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11 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Remarquable - À mettre dans toutes les mains., 17 avril 2014
Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique (Broché)
Enfin un livre qui apporte un peu d'oxygène au débat politique et qui traite de la seule question qui mérite d’être posée : comment se fait-il que depuis 20 ans la zone euro soit en pleine crise économique et qu'aucune mesure ne soit prise pour enrayer cette pente pernicieuse.
L'analyse d'une rare acuité de F. Lordon sur la situation actuelle qui non seulement démonte les ressorts de la paralysie européenne mais démontre combien depuis deux décennies, notre continent - verrouillé par une série de traités - à abandonner toute notion de souveraineté et donc de démocratie.
Un livre qui nous pousse à penser différemment...
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5.0 étoiles sur 5 Un ouvrage salutaire, 20 mai 2015
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique (Broché)
Un ouvrage précieux. Une analyse universitaire à la portée de tous avec une forte cohérence.
Ce livre démontre avec force d'arguments et d'intelligence la situation dans laquelle nous nous trouvons et à laquelle aucun de nos politiques ne sait apporter une réponse.
A lire absolument pour rester clairvoyant et faire ses choix citoyens en toute cohérence.
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9 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Techniquement intéressant, politiquement décevant, 28 avril 2014
Par 
Jules Alexandre Théophraste de Corvée de Ch.... (Aix-en-Provence, France) - Voir tous mes commentaires
(TESTEURS)    (TOP 1000 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon: Monnaie européenne et souveraineté démocratique (Format Kindle)
Très déçu par le livre de Lordon: Si l'analyse technique et politique de la mise en place de l'euro est juste et bien décrite, les scénarios reprennent ceux de Sapir et Murer, sans doute en les détaillant un peu plus.
La critique de l'aveuglement volontaire de "la gauche" qu s'est mise au service de la mondialisation financière alors que celle ci ne lui demandait rien (ça rappelle Laval - autre grand socialiste- insistant auprès des Allemands pour qu'ils raflent aussi les enfants lors de la rafle du Veld'Hiv)
Mais la dernière partie sur "une stratégie de gauche" sombre dans le poncifs et le n'importe quoi:
- L'opposition entre souveraineté de la nation qui serait de droite et souveraineté du peuple qui serait de gauche est factice: présenter de Gaulle comme un souverainiste de droite qui n'aurait cure de la souveraineté populaire est faux, lui qui a toujours remis relégitimé son pouvoir par la consultation du peuple.
- La solution "régulariser tous les sans papiers" est superficielle: L'excès de main d'oeuvre- qui restera - est balayé en un tourne main. Quid de la capacité d'assimilation de ces gens dans un contexte de déflation? Quid des inégalités liées à la non-maîtrise de la langue et des codes sociaux? au déficit d'éducation? On retombe dans l'égalitarisme abstrait de la gauche dont Lordon entend - à juste titre - sortir.
Pour légitimer son propos face à ses camarades du FdG, Lordon en rajoute sur le FN de manière caricaturale. On peut ne pas avoir confiance dans le FN ( c'est effectivement une sage précaution!) mais le fait est qu'il a puisé son programme aux meilleures sources (Sapir, Gréau, Murer...) et qu'il a le programme le plus progressiste et "à gauche" (la vraie gauche) qui soit.
Bref, s'il faut attendre que notre sainte mère "la gauche" ait fait son aggiornamento pour sortir du marasme actuel, on n'en pas sortis!
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17 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Euro or not euro ?, 17 avril 2014
Par 
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Ce commentaire fait référence à cette édition : La malfaçon: Monnaie européenne et souveraineté démocratique (Format Kindle)
Les élections européennes approchant, Lordon nous livre ici un point de vue critique sur le fonctionnement des institutions européennes - en particulier l'euro - et propose une alternative qu'il appelle « monnaie commune ». Ce terme n'étant pas explicite, on trouve au ch. 7 une description détaillée de ce qui est proposé : une version reliftée du bancor de Keynes, des DTS du FMI ou du SME. Il s'agit de redonner à chaque Etat-nation son autonomie en matière de politique monétaire tout en restant fidèle à Keynes dans le débat changes fixes / changes flottants. On retrouve la même idée chez plusieurs auteurs en ce moment, apparemment il y a comme une mode.

La première partie du livre présente la critique de l'euro. Les raisons exposées sont de deux types : politiques et économiques. Politiquement, « la souveraineté populaire s'entend comme capacité du peuple à prendre en main son propre destin » (ch. 1). Économiquement, le modèle est Roosevelt et son activisme à tout-va, impossible dans le cadre de la construction européenne. Les eurobonds et autres propositions européennes excluant cette possibilité, Lordon les rejette (ch. 2). En effet, en mutualisant les décisions budgétaires et/ou la dette, ils nous placeraient face au dilemme suivant : des Etats sans autonomie (ne maîtrisant pas leur budget) ou bien des Etats irresponsables (ne payant pas leurs dettes).

Je suis frappé de constater que certains constats de Lordon sont partagés par de nombreux libéraux (oublions le FN, la comparaison est grotesque). Voir par exemple « L'euro : comment s'en débarrasser ? » de Jean-Jacques Rosa, ou encore Charles Gave qui qualifie l'euro de « Frankenstein financier ».

Quelle vision politique ? Il faut dire que Lordon parle beaucoup de souveraineté du peuple et peu de souveraineté individuelle. Les droits de l'homme et la liberté individuelle ne sont pas ici une priorité. Il regrette que la nation soit opprimée par l'Europe mais n'imagine pas que le citoyen puisse être opprimé par la nation. Ce qui est proposé est en quelque sorte une liberté des anciens - par opposition à la liberté des modernes de Benjamin Constant - où c'est la possibilité de prendre part aux affaires politiques de la cité qui prime. Ce n'est pas surprenant, mais en tant que libéral je ne peux pas m'en contenter.

La deuxième partie présente une alternative à l'euro. C'est ici que la primauté du collectif sur l'individu est évidente : défaut complet sur la dette souveraine, « réarmement » de la banque centrale nationale, « reprise en mains » du secteur bancaire et contrôle des capitaux. L'autonomie qui serait ainsi regagnée par l'Etat-nation serait intégralement perdue par l'individu qui souhaite épargner et maîtriser son avenir : euthanasie du rentier, prise de pouvoir politique sur les décisions d'investissement et de financement des entreprises. C'est une forme soft de collectivisation du capital qui est bien connue, qu'on l'appelle répression financière (lire « La répression financière », de Jean-Jacques Rosa *) ou bien « économie d'endettement » (lire « Le système financier français depuis 1945 », de Pierre-Cyrille Hautcoeur *). Nous avons connu un tel système jusqu'au début des années 1980 en France et aujourd'hui dans les institutions bancaires chinoises avec leur cortège de prêts politicards servant à financer des grands ouvrage en béton qui ne mènent nulle part (lire Nicholas Lardy).

Nombre de libéraux regrettent donc, comme Lordon, que les Etats soient soumis à des institutions supranationales au mépris du principe de subsidiarité. Ils aimeraient se libérer du joug de l'élite politico-économique internationale et/ou bruxelloise, mais PAS pour asservir encore plus l'individu à une élite politico-économique nationale (lire « Déflation et liberté », de Guido Hülsmann *).

Certes, Lordon ne propose pas de nationaliser le crédit façon Corée du Nord, mais souhaite redonner autonomie et localité aux banques. Le problème est que des banques locales et politisées, ça donne des banques fragiles. Cf. le système du « unit banking » qui a dominé aux US au XIXème, les Landeskassen allemandes ou les Cajas espagnoles aujourd'hui. Les auteurs qui ont étudié le lien entre institutions politiques et performances / stabilité du système bancaire (lire « Why banking systems succeed... and fail » de Charles Calomiris) considèrent que les rares systèmes qui marchent bien sont ceux qui permettent d'allouer l'épargne et mutualiser les risques sur une grande zone géographique (pas l'agence de Jimmy Stuart dans La vie est belle) et qui ne sont pas des instruments politiques de redistribution au service de politiciens populistes ou d'hommes d'affaires corporatistes.

Il faut faire un dernier rappel historique. Au moment de la construction de l'euro, l'idée de « monnaie commune » avait déjà été opposée au projet de « monnaie unique », seulement il désignait une institution très différente de ce que propose Lordon. Il s'agissait de laisser circuler librement une monnaie européenne en parallèle avec les monnaies nationales (lire « L'unité monétaire européenne : au profit de qui ?, de Pascal Salin *). Cette solution aurait préservé le marché des changes et donc une saine concurrence entre monnaies européennes : s'il y a des monnaies différentes avec des politiques monétaires indépendantes, les utilisateurs et investisseurs les évaluent forcément de façon fluctuante. Contre les changes flottants de Friedman, Lordon préfèrerait masquer ce prix qu'il ne saurait voir. Le problème est qu'en imposant un taux de change fixe entre des monnaies différentes, on se paie immanquablement la loi de Gresham. Le contrôle des capitaux permet d'en masquer plus ou moins les effets mais ne les supprime pas ! Le conflit politique créé par l'euro (une planche à billets partagée entre plusieurs Etats dispendieux, voir « The tragedy of the euro », de Philipp Bagus, traduit en français *) changerait de forme, mais il ne serait toujours pas résolu. C'est accessoirement ce qui a causé la fin de Bretton Woods (lire « Le péché monétaire de l'Occident », de Jacques Rueff *).

(*) Tous les ouvrages avec une étoile sont disponibles en ligne, souvent sur le site de l'Institut Coppet.
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1 internaute sur 2 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5 Simplement excellent !, 8 juillet 2014
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Petit livre salutaire qui remet les pendules à l'heure quand le choix qu'on nous propose est plus que jamais entre “blanc bonnet et bonnet blanc” chauffant ainsi consciemment ou incidemment le lit du FN... Du balai !! De l'air ! Qu'ils s'en aillent tous !!
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La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique
La malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique de Frédéric Lordon (Broché - 26 mars 2014)
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