Un Prophète n'est pas un film sur les prisons, le monde, l'univers carcéral.
Effectivement, même s'il se sert de ce décor pour avoir l'ambiance et les clichés en vigueur, le film de Jacques Audiard veut raconter autre chose... Et c'est là ou le bas blesse.
Au delà de cette évidente maîtrise dans la mise en scène et la direction d'acteur, Un Prophète navigue entre deux eaux comme ralenti par un brouillard opaque, indéfini.
Tout le long de ce récit que l'on dit initiatique, on ne sait pas exactement où veut nous conduire le réalisateur, ce qu'il cherche à nous dire.
D'un côté, vous avez un parti pris ultra réaliste, encré dans un univers actuel, sombre et désespéré et de l'autre, une exposition assez invraisemblable et très conventionnelle des canons du genre; polar à la Française avec gros durs, fusillade etc...
Il y a de la maestria dans certaines séquences, des dialogues, des situations qui impriment la rétine mais au service d'une certaine pose, puisqu'arrivé au terme du film, on se demande la finalité de l'entreprise. Tout y est soigné. le travail sur la musique, le son, la photographie, etc, est remarquable.
On a donc l'impression d'assister à une démonstration éclatante du savoir faire de Jacques Audiard mais que l'histoire en elle même, son scénario lui, ne servait que de contrepoint anecdotique, une banale histoire pour téléfilm ou pour une série d' Olivier Marshal sur Canal plus.
Encore une fois, tout le film louche sur un cinéma Américain Scorcésien avec parfois des envolées très stylisées, poétiques et on voit que le réalisateur de Battre mon coeur s'est arrêté est un cinéphile averti et que le cinéma de Samuel Fuller ou plus récemment de James Gray n'est pas qu'une somme de DVD posé sur des étagères.
A une autre époque, Melville avait su aborder le polar et le cinéma de genre en conciliant malgré tout un esprit Français à une grande beauté formelle. Aujourd'hui, Jacques Audiard doit être le seul en France à garder cette exigence avec Patrice Cherreau.
les premiers film de Jacques Audiard étaient déjà innovant dans la forme et dans ce qu'ils proposaient comme histoire; Regardes les Hommes tomber, Un héros très discret, Sur mes Lèvres sont des oeuvres brassant des genres très marqués mais aussi très audacieux.
depuis De Battre Mon coeur s'est arrêté, on sent comme une ambition autre pointer. On se dit aussi qu'il n'a pas ou plus grand chose à raconter d'inédit à par l'éternelle quête de l'être qui cherche chez un père ou un autre de substitution à exister et à prouver qu'il existe.
Les deux derniers films sont donc assez similaires dans leur forme mais je ne dirait pas forcément dans leurs fond parce que je ne sais pas encore s'il y en a vraiment.