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Ce que nous voyons, ce qui nous regarde [Broché]

Georges Didi-Huberman
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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

Ce que nous voyons ne vaut - ne vit - que par ce qui nous regarde. Si cela est vrai, comment penser les conditions esthétiques, épistémiques, voire éthiques, d'une telle proposition ? C'est ce que tente de développer ce livre, tissé comme une fable philosophique de l'expérience visuelle. Nous y trouvons deux figures emblématiques, opposées dans un perpétuel dilemme. D'un côté, l'homme de la vision croyante, celui qui fait sienne, peu ou prou, la parole de l'évangéliste devant le tombeau vide du Christ : " Il vit, et il crut ". D'un autre côté, l'homme de la vision tautologique, qui prétend assurer son regard dans une certitude close, apparemment sans faille et confinant au cynisme : " Ce que vous voyez, c'est ce que vous voyez ", comme disait le peintre Frank Stella dans les années soixante, pour justifier une attitude esthétique qualifiée de " minimaliste ". Mais ce dilemme - constamment entretenu dans nos façons usuelles d'envisager le monde visible en général, et celui des œuvres d'art en particulier - est un mauvais dilemme. Il demande à être dépassé, il demande à être dialectisé. Comment, alors, regarder sans croire ? Et comment regarder au fond sans prétendre nous en tenir aux certitudes de ce que nous voyons ? Entre deux paraboles littéraires empruntées à Joyce et à Kafka, c'est devant la plus simple image qu'une sculpture puisse offrir que la réponse à ces questions tente de s'élaborer. Un cube, un grand cube noir du sculpteur Tony Smith, révèle peu à peu son pouvoir de fascination, son inquiétante étrangeté, son intensité. Le regarder, c'est repenser le rapport de la forme et de la présence, de l'abstraction géométrique et de l'anthropomorphisme. C'est mieux comprendre la dialectique du volume et du vide, et la distance paradoxale devant laquelle il nous tient en respect. Mais il aura fallu, pour l'appréhender, établir une notion plus fine de l'" image dialectique ", revisiter celle d'aura - prise à Walter Benjamin -, et mieux comprendre pourquoi ce que nous voyons devant nous regarde toujours dedans. L'enjeu de tout cela : une anthropologie de la forme, une métapsychologie de l'image.

Détails sur le produit

  • Broché: 208 pages
  • Editeur : Editions de Minuit (23 février 1999)
  • Collection : Collection "Critique"
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2707314293
  • ISBN-13: 978-2707314291
  • Moyenne des commentaires client : 5.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (1 commentaire client)
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50 internautes sur 52 ont trouvé ce commentaire utile 
Par transcene
Format:Broché
Ce livre remarquable est un maillon d’une chaîne d’ouvrages qui tous interrogent le regard. Le regard posé sur une peinture, une sculpture, une œuvre artistique. La pertinence et la possibilité d’un commentaire sur le regard. Tous ces livres cheminent pourrait-on dire, et vous emmènent avec eux, avec lui en une promenade qui rencontre souvent les mêmes personnes. Mais chaque fois vous découvrez de nouvelles idées, de nouvelles formulations, en sorte que ce voyage vous appelle à partir vous même vers d’autres œuvres et d’autres ouvrages.
Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, est tout entier tendu entre deux positions extrêmes celles du sceptique et celle du croyant, la vision tautologique et la vision religieuse, entre la chose même ou la présence réelle.
Explication simple : la vision tautologique, « ce que je vois est ce que je vois », formule qui est souvent citée en anglais parce que souvent énoncée par les positivistes anglo-saxons : « what you see is what you see » prétend qu’il n’y a rien d’autre à voir que ce que la caméra voit ou n’importe quelle machine bien réglée. Il s’agit de couleur et de matière pour la peinture par exemple, de bosses et de creux, de formes et de matière pour la sculpture, de sujet, de représentation ou d’agencement de formes dans un espace, sur une surface, etc... tout peut se décrire. Rien ne reste. C’est une question de temps et de moyens.
L’autre vision prétend que ce qui est là devant vous n’est qu’une apparence destinée à vous signaler une présence, surnaturelle de préférence, la présence divine en fin de compte.
Tendu entre ces deux visions, le livre chemine, parcours les commentaires et les visions d’artistes - avec une référence précise à leurs œuvres - ou d’historiens de l’art.
On pourrait croire que cette opposition se maintienne jusqu’à la fin, tant il est vrai qu’autour de nous les tenants des deux parties sont encore légions et encore en lice. Il n’en est rien, et c’est bien entendu, tout le génie de Didi-Huberman, parce que l’outil, dialectique n’est pas simple. Au fil des pages vous rencontrez des notions dont on parle mais que peu connaissent. L’aura de Walter Benjamin par exemple, l’homme qu’il est de bon ton de citer. Mais qui peut dire ce que recouvre ce terme ? et les formulations fulgurantes de cet érudit suicidé en 1940 ? Au fil des pages vous rencontrez une école de pensée qui s’est formée en europe allemande dès la fin du XIXe siècle et qui s’est trouvée deux fois effacée, par l’émigration due aux nazis, par le dénie des survivants après la guerre.
Découvrant Joyce, Proust, Freud, Benjamin, Baudelaire, Warburg, Carl Einstein, E. Strauss, vous vous familiarisez peu à peu à la perte des repères simples et à la découverte de l’instable.
(Il me venait à l’esprit qu’il y a peut-être un lien avec cet engouement du XXe siècle pour tous les sports de glisse, qui utilisent l’équilibre sur un support mouvant, instable.)
L’image, l’objet que nous regardons met en mouvement, en nous, en celle, celui qui le regarde une partie de soi. Le symptôme : nous sommes attirés. Nous levons les yeux. Nous restons attachés, une émotion fulgurante vient nous remuer, .... il s’agit d’un symptôme. Ce qui se passe n’est pas obligatoire, déterminé, cela dépend de chacun, du point de vue. L’image est celle de la constellation. Rien ne relie entre elles les étoiles de la grande ourse si ce n’est notre regard, qui la nomme “casserole”. Le moment de l’éclipse n’est rien pour la lune ni pour le soleil, il n’indique que notre position d’observateur, mais il nous permet de voir les protubérances du soleil.
Ce qui se passe chez le spectateur d’une œuvre, est du même ordre, c’est un événement pour lui, fulgurant, passager, un éclair ! il faudra longtemps et de patients détours pour en écrire toutes les péripéties.
Comme le rêve, qui à l’instant de l’éveil, dans une seconde à peine nous fait vivre toute une aventure que nous éclairerons patiemment, nous dit Freud, en décryptant le rébus. Le rêve se lie comme un rébus. L’image se lit comme un rébus. Et jamais le commentaire ne peut l’épuiser.
Le rapport avec la vision tautologique est simple, on comprend facilement que l’image dépasse sa simple description, cela est facilement acceptable.
Mais le rapport avec la vision de la croyance ? La complexité de l’image, son insondable profondeur, son mystère tient à ce que, justement, le commentaire est incapable d’en épuiser tous les pouvoirs, parce que chaque nouveau spectateur expérimente devant cette image une nouvelle expérience qui ne peut être la même que celle du spectateur précédent. Il y a bien un aspect métaphysique, pourrait-on dire, mais point n’est besoin d’invoquer pour cela un dogme quelconque, ou un foi définie en un surnaturel personnifié. Il n’y a même pas besoin de vivre l’image comme la trace d’une présence réelle. L’image est rencontrée comme on vit une rencontre avec une personne et aucun commentaire n’en peut épuiser tous les aspects, pourtant, lorsque nous vivons cela, nous en avons une vague perception. Certains artistes, sans doute plus que nous. Et ils savent alors mobiliser chez nous cette perception qui est précisément la sensibilité, en nous, qui fait le lit de toute religion. Il n’est pas besoin d’invoquer une religion pour la faire vibrer, c’est ce que certains artistes récents ont compris, et qu’ils nous donnent à sentir et percevoir dans leurs œuvres.
Un grand philosophe, Jean Wahl, a formulé tout un ouvrage, “La Métaphysique”, sur une oppositions semblable: le subtil et l’opaque, un certain “monde de Valéry”, ou un certain “monde de Claudel”. On y songe, évidemment. Pourtant le livre de Georges Didi-Huberman, ne nous laisse pas tendus entre les deux pôles. Il nous promène d’un pôle à l’autre au fil des rencontres. Nous découvrons des chemins qui ne mènent nulle part, des Holzweg, comme disent les allemands (chemins du bois), et nous formons pour nous-mêmes de vrais sentiers, de vrai chemins qui relient nos expériences et font que ce livre devient nôtre, un commentaire de notre journal intime.
Une recommandation : lisez “Devant l’image”, puis “Ce que nous voyons, ce qui nous regarde”, puis “Devant le temps”, puis “L’image survivante”. Si vous ne le faites pas, ce sera peut être plus passionnant, plus mouvementé, mais certainement plus long.
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