J'avais dévoré, adoré, "Les Sirènes de Bagdad". Puis, "L'attentat" et "Les Hirondelles de Kaboul" m'avaient déçue. J'ai commencé à penser que, finalement, Yasmina Khadra exploitait toujours le même filon, et, surtout, donnait trop peu d'épaisseur à ses personnages. "A quoi rêvent les loups" vient changer la donne, et confirme ce que j'ai ressenti en refermant "Les Sirènes de Bagdad": Yasmina Khadra est un grand romancier, aux productions certes inégales à mes yeux, mais un grand, très grand romancier.
Ici, l'histoire commence par un chapitre où le personnage principal, Nafa, est décrit comme pris au piège dans un immeuble, ses hommes (ses amis?), morts ou mourants à ses côtés. Fin du chapitre. Retour en arrière.
Nafa est un jeune homme de la Casbah algerienne, qui rêve de faire carrière dans le cinéma. Il a déjà tourné dans un petit film, et depuis, rien... Nafa est pauvre et veut sortir de cette pauvreté. Il n'est pas plus croyant qu'un autre, et n'a aucune prédispostion à l'intégrisme. Devenu chauffeur, homme à tout faire dans une famille bourgeoise, il défaille au premier cadavre qu'il voit: une jeune fille morte d'overdose alors qu'elle était avec le fils du patron. Il arrête de travailler pour eux. Il perd pied progressivement. En quète d'identité, de reconnaissance.
C'est le début d'une descente aux enfers.
L'entrée dans les les réseaux intégristes algeriens.
Son premier meurtre le traumatise.
Le deuxième moins, le troisième plus du tout.
Il finira par tuer sans y penser, aveuglé, perdu dans sa fuite en avant.
Il y a plusieurs scènes horribles dans le livre, insoutenables.
On a l'impression d'être "dans" ce groupe intégriste, partagé entre l'attachement pour le "héros" et le dégoût de ses actes, de ce qu'il devient...
L'angle d'approche de Khadra n'en est que plus parlant: voir de l'intérieur quelque chose qui nous dépasse, et qui est malheureusement si proche...
Un très bon livre, à recommander!