Michel Sardou est un homme plutôt blagueur, ne se prenant pas au sérieux et tentant maladroitement de dissimuler sa sensibilité derrière des poses boudeuses. Ses chansons, qu'il aura pour la plupart contribué à écrire, sont autant de rôles endossés ne permettant pas de définir avec certitude ses opinions. Mais je ne vous apprends rien, pour peu que vous ayez une connaissance de cet artiste allant au-delà du simple qu'en-dira-t-on médiatique.
Cet ouvrage, qui se présente dans sa majeure partie sous la forme d'un dialogue imaginaire entre Michel et sa mère disparue, est écrit dans un style parlé, pas toujours clair ni agréable à lire. Les souvenirs se suivent de façon décousue, sans chapitre. Ajoutons que certaines allusions, trop vagues et non annotées, échappent à la compréhension de qui n'a pas en tête la discographie ou la vie privée de Michel Sardou. Un comble pour une autobiographie.
J'ai beaucoup aimé. Ou plutôt j'ai été touché par la maladresse de l'essai, présenté de manière provocatrice par son auteur comme un moyen de payer un terrain pour ses chevaux. Je doute que cela soit le but, même s'il se peut effectivement que c'en soit une conséquence ! Le but n'est pas non plus dans l'évocation de souvenirs personnels (l'enfance, la pension, l'armée) ou professionnels (le sens de certaines chansons, le rapport étrange au public) même si c'est un plaisir de croiser des noms comme Vline Buggy, Claude François, Barbara, Fugain, Johnny, au fil d'anecdotes courtes, inédites et souvent drôles. Je me trompe peut-être, je me trompe certainement même, mais j'ai eu l'impression que le but de ce livre, écrit en filigrane, était uniquement de dire "Je t'aime" ou "Pardon" à certaines personnes. C'est fait de manière brutale, gauche, avec un air de s'en moquer et de vouloir tout envoyer promener, mais c'est fait.
Il va de soi que cet ouvrage est à réserver à un public d'admirateurs. Encore ceux-ci risquent-ils d'être déçus, Sardou n'hésitant pas à s'interrompre juste avant de raconter une anecdote, arguant que, finalement, il n'a pas envie ou que "tout le monde s'en fout". Les connaisseurs apprécieront quelques clins d'oeil bien cachés au hasard des phrases, qui leur rappelleront des chansons familières, mais ceux qui attendent du croustillant ou des règlements de compte seront déçus. Cet artiste aux airs revêches ne semble pas du genre rancunier, ruminant indéfiniment des crasses qu'on lui aurait faites. Il serait plutôt avant tout un saltimbanque, un comédien incapable d'entrer en contact avec les autres sans revêtir un costume. L'ours de la couverture en est l'aveu. On pourrait même y voir une démarche de sincérité : "J'aurais pu afficher mon visage, comme tout le monde, mais cela aurait quand même été un masque. Comme ça c'est plus clair."