Grand livre. Après quelques tâtonnements que l'on suit avec progression, Agamben finit par reconnaître l'origine sacrificielle de la gloire dans la louange et la prière grâce aux enquêtes de Marcel Mauss (et son doctorat inachevé), Eric L. Mascall ou du théologien Erik Peterson ; aux deux tiers du livre, il était à craindre que le philosophe-archéologue ne s'arrête qu'au décryptage esthétique de la doxologie, même s'il maintenait sa dimension pratique, en soulignant combien être et pratique sont intriqués dans la théologie chrétienne, alors qu'ils étaient séparés dans la tradition classique. De là, la distinction entre gouvernement (économie) et gloire (transcendance). S'il demeurait pertinent dans son approfondissement de la thèse de Foucault à propos de l'oikonomia, il semblait perdre de vue complètement le mystère de la gloire, raison pour laquelle son "archéologie" prenait une tournure kantienne en étudiant les modalités du pouvoir. C'est fort intéressant, mais c'est bien insuffisant pour qui s'intéresse aux "signatures".
Ainsi écrit-il : "Au moment où elle coïncide parfaitement avec la gloire, la louange est sans contenu, elle culmine dans l'amen qui ne dit rien, mais consent seulement et conclut ce qui est déjà dit." (p.354)
Pourquoi refuser ce contenu qui saute aux yeux ? La louange est inscrite dans une logique sacrificielle et l'étonnant est que Agamben le sait très bien puisqu'il le rappelle en convoquant Mauss à plusieurs reprises.
Il ajoute : "L'hymne est la désactivation radicale du langage signifiant, la parole rendue absolument sans emploi, et pourtant conservée comme telle dans la forme de la liturgie" (p.354)
A la lumière de l'anthropologie du religieux, le souvenir du sacrifice pourrait être évoqué afin de révéler ce point de signification du rituel, ce qui contredit l'idée que le langage de l'hymne serait "désactivé"...
En conséquence, je reste très dubitatif devant la thèse centrale du livre selon laquelle la Trinité elle-même a joué dans cette séparation entre l'économique et le politique, alors qu'à mon avis, s'il est évident que la Trinité est, en soi, une économie, l'expression d'une union organique entre la Gloire et le Règne d'après une mystique pastorale, du service, et donc du mystère de l'Agapè, il est plus difficile, en revanche, de souscrire à l'idée d'une conséquence souterraine ou directe, de la Trinité immanente (le Règne) sur la Trinité économique et, ceci, pour une raison très simple : la Gloire, très précisément, est liée à une logique sacrificielle que le christianisme révèle par le Règne du Christ. En clair, l'épistémologie du christianisme repose sur la révélation de l'origine SPIRITUELLE du pouvoir temporel lui-même.