L'histoire nous convie, par le biais de lettres car il s'agit d'un roman épistolaire, dans l'intimité de Louise aux prises avec la douleur d'une rupture amoureuse. Afin de s'éloigner de tout ce qui peut lui rappeler cet amant qui vient de la quitter, Louise s'exile dans l'espoir de circonscrire le deuil de cette liaison qui la déchire. En tout cas, cet éloignement ne paraît pas apaiser ses souffrances. Tout au long de ce périple qui nous mène de La Havane à l'Orient express en passant par New York et Venise, la narratrice rumine ses souvenirs et force les mots à évacuer son passé en écrivant des lettres. De toute évidence, elle ne semble pas vraiment disposée à renoncer complètement à cette relation car elle choisit quand même d'envoyer à Clément les pages qu'elle noircit avec un espoir dérisoire de retour. Pourtant il s'agit exclusivement d'un monologue intime, un moyen d'expurger son chagrin et de s'affranchir de sa douleur et du choc psychologique d'avoir été quittée.
« Je suis mue par le seul désir d'écrire, de me confronter au blanc de la page, de le noircir, de me persuader encore et toujours que les mots ont une chance de l'emporter sur le silence, les phrases sur le vide. »
Par la justesse du ton employé et la pertinence de ses mots, la remarquable empathie de l'auteur pour sa narratrice est en tout point communicative. Difficile de ne pas s'identifier à Louise et de ne pas percevoir précisément les affres de cette douleur amoureuse.
Et même pour un thème aussi convenu et glissant, la plume de l'auteur a pourtant su être aussitôt convaincante. Alors, je ne regrette pas avoir été séduite par la simple première de couverture. Philippe Besson nous offre à nouveau un ouvrage plein de grâce autour de sujets pourtant assez récurrents dans son œuvre qui sont ceux de l'absence et de l'abandon.