Conseillée par un Belge espagnol à moitié fou, cette oeuvre se révèle être un éclair de lucidité lors d'une époque de frétillements pathétiques configurés par les luttes communistes et fascistes. Ces régimes ou plutôt abstractions de régimes finaux ont un symptôme en commun : l'homme-masse, nouvel être unique et final issu des gestations réticulaires conçues sur l'idéal des droits de l'homme avec les techniques de production industrielle.
L'homme-masse est un héritier, mais héritier ingrat qui ne supporte plus les principes qui ont permis son éclosion, un simple profiteur exempt de limites parce que né dans une parfaite sécurité.
Dans ce livre, José Ortega y Gasset aborde ainsi les errements de ces nouveaux êtres comme l'ingénierie sociale, la croissance de l'Etat et la barbarie qui féconda ces principes.
Très proche philosophiqument de Raymond Aron, José Ortega reste un penseur majeur, un exégète de talent dont les diagnostics sont terriblement ancrés dans la réalité du XXIème siécle en démarrage. Surtout ne pas oublier, au profit d'un rejet épidermique du fascisme et/ou du socialisme, que nos Etats socio-démocrates ont précisément repris tous les principes politiques de Mussolini et les techniques économiques du 20ème congrès du PCUS, que le rejet du libéralisme est une des constitutions de l'homme-masse.