Présentation de l'éditeur
Car cest là la priori hérité de notre culture judéo-chrétienne et ancré, aujourdhui encore, jusque dans lesprit de certains anthropologues : lhomme naccepte de se rattacher à lanimalité que dans la mesure où il constitue la fin, cest-à-dire tout à la fois le but, le sens et le terme, de lévolution qui a transformé les espèces ; dans la mesure où il a une place privilégiée dans la nature. Il serait ainsi le résultat unique et définitif dun processus dhominisation : au singe à quatre pattes aurait succédé une longue procession despèces qui se seraient redressées progressivement, et ce, sans quaucune tête ne dépasse jamais celle du représentant de la plus récente de ces espèces, lhomme moderne. Cest ce que nous exprimons quand nous déclarons : « Lhomme descend du singe ».
Or une telle affirmation est une erreur, explique Pascal Picq : « On ne peut pas descendre de soi-même. Lhomme fait partie des singes au même titre que les chimpanzés, les babouins et autres macaques. » Non quil faille remettre en cause la théorie de lévolution, elle reste une théorie fructueuse pour comprendre le monde animal, mais il faut comprendre la place de lhomme dans lévolution.
Les récentes découvertes des paléoanthropologues transforment complètement les schémas linéaires et graduels que nous avons en tête : il ny a pas eu une espèce humaine unique, héritière directe des hominidés, caractérisés par la bipédie, eux-mêmes héritiers des pongidés, singes arboricoles. Les hominidés recouvrent une diversité insoupçonnée despèces humaines, dont certaines, comme laustralopithèque et lHomo habilis ont cohabité, et nous sommes simplement le seul représentant actuel de ce groupe jadis florissant.
Dautre part, le chaînon manquant entre les singes et lhomme est une abstraction. De nombreuses recherches génétiques suggèrent ainsi que les hommes et les chimpanzés auraient un ancêtre commun, qui possédait donc déjà tous les caractères observés chez ces deux espèces actuelles ; par conséquent, la chasse, loutil ou la bipédie ne seraient pas des adaptations apparues ultérieurement dans la seule lignée humaine mais des adaptations requises par des ancêtres de cet ancêtre commun.
Nous ne connaissons pas encore les raisons de telles adaptations mais létat des relations de parenté entre les chimpanzés, les gorilles et les hommes fait lobjet des débats les plus vifs. Pour Pascal Picq, les chimpanzés forment un groupe frère, alors que les hommes se situent sur une autre branche. En termes plus familiers, les grands singes africains sont nos cousins. On pourrait ironiser avec Joseph Joubert : « Tous les hommes viennent de peu, et il sen faut de peu quils ne viennent de rien. » Cest néanmoins sur ce presque rien que travaillent les scientifiques à la recherche de lorigine de lhomme et quils parviennent, petit à petit, à lélucider.
L'auteur vu par l'éditeur
Laurent Lemire est journaliste. Il collabore au Nouvel Observateur et exerce les fonctions de consultant du magazine « Campus » sur France 2. Il a publié, entre autres, une biographie de Marie Curie chez Perrin (2001).