Eric Kandel est psychiatre, professeur de neurobiologie à Columbia, directeur du Kvali Institute for Brain Sciences et chercheur au Howard Hugues Medical Institute. Né le 7 novembre 1929 à Vienne (Autriche), il a reçu le prix Nobel de médecine en 2000 pour ses travaux sur la mémoire à court et long terme.
Voilà un parcours qui au niveau des titres présente déjà une singularité attirante. Véritable autobiographie intellectuelle et de l'esprit, Kandel mêle une information précise de caractère épistémologique sur ses travaux portant sur les différents types de mémoire, en lien directe avec ses évènements de vie. En effet, de sa jeunesse viennoise et de sa fuite aux États-Unis d'Amérique, l'auteur entremêle souvenirs personnels et cheminement de la pensée dans ses choix professionnels. Kandel a d'abord obtenu une thèse en histoire européenne moderne et en littérature, puis porté vers la psychanalyse, baigné dans un monde de rencontres s'y référant mais dans un esprit moins dogmatique qu'en Europe, il devient psychiatre dans les années 50, mais sur des conseils bien avisés (de la part d'éminent psychanalystes) il se tourne vers l'étude des bases biologiques du fonctionnement du cerveau. Sa curiosité, sous tendue par la fréquentation de chercheurs ouverts et qui lui firent confiance, Kandel a pu poser des hypothèses simples, trouver un modèle pratique sur lequel établir des protocoles expérimentaux permettant de les vérifier (l'Aplysie ou limace de mer)
Ses découvertes furent nombreuses et stimulantes. Nous assistons à la marche des idées, à la construction d'un projet en même temps qu'à l'exercice d'un esprit clair et rigoureux, pétillant de fraîcheur et de désir de vivre. Ce grand humaniste, alliant ses diverses formations et ses intérêts variés a pu ainsi se concentrer « sur le déchiffrage des couches de la mémoire et de l'expérience individuelles dans le but de comprendre les racines souvent relationnelles de la motivation, des pensées et du comportement humains ». Sa réflexion ouvre aussi sur la dimension hautement culturelle et politique de l'homme ; elle procède d'un esprit à l'éternelle jeunesse mais aux convictions fermes.
L'ouvrage se compose de 6 parties, recouvrant une trentaine de chapitres suivis d'un Glossaire, de notes fournies remarquablement claires, et d'un index très pratique.
Bref, je recommande tout particulièrement la lecture de cet ouvrage, surtout à l'heure où tant d'interrogations se posent sur l'avenir d'une population vieillissante ; « Tout comme la mémoire partagée enrichit nos vies en tant qu'individu, sa perte détruit notre sens de nous-mêmes » (p 28).