L'initiation à la vie mondaine du narrateur nous offre des moments savoureux et... désopilants.
Le portrait par petites touches, presque impressionniste, de la servante Françoise, si juste, nous renseigne sur la psychologie du personnage mais également sur l'époque et la condition des domestiques.
La mort de la grand-mère est traitée sur un mode esthétique à la fois comme une musique et une peinture. L'intervention de Mr de Guermantes distrait le lecteur et manque de faire basculer ce moment dans le vaudeville...
La vie de salon avec une évocation très fine et fouillée des codes de l'aristocratie, presque caricaturée et poétique cependant, évoque la dynamique d'un ballet. Le personnage de Saint Loup, romanesque et flamboyant..., Mr de Guermantes son antithèse... sont particulièrement attachants. J'envie le narrateur quand Saint Loup court emprunter un manteau en vigogne afin de le protéger du froid et revient en foulant les banquettes et dossiers de ses souliers, le restaurant étant trop encombré pour circuler entre les tables... Oriane de Guermantes m'irrite mais m'amuse quand elle émet des avis et critiques tous azimuts surtout quand Proust lui prête des propos sur Zola...
Ce tome se lit « en apnée » tant le rythme est fluide et les rebondissements subtilement dosés. Le narrateur instille « un souffle » de légèreté et d'apparente superficialité qui traite en profondeur des moeurs d'une aristocratie un peu fantasmée malgré tout... Le livre s'achève dans une espèce de tourbillon, de "griserie" de snobisme... dont l'évocation agit comme une liqueur un peu trop forte.
J'aborde le prochain tome sans lire la quatrième de couverture. Trop d'analyse finit par tuer ce beau roman, objet inépuisable d'études en tout genre... qui rompent la magie de la lecture. Le scalpel littéraire de Proust semble se retourner contre lui...