La jalousie est réputée omniprésente dans ce tome-là. Mais je me garde, pour l'instant, de lire ce qui s'écrit sur La recherche... je le ferai, mais après, pour prolonger le plaisir.
Alors oui le héros est jaloux d'une façon pathologique et nous l'explique si bien, si méthodiquement, que l'on étouffe... l'on suffoque...
L'auteur ne peut avoir une connaissance aussi approfondie des mécanismes de la jalousie sans en avoir fait l'expérience. Le Côté de chez Swann nous en livrait déjà une étude presque exhaustive.
Mais il me semble qu'il y a plus que de la jalousie dans son amour pour la joyeuse et si vivante Albertine...
Il est tombé amoureux d'une femme qui, pense t'il ne pourra pas l'aimer. Mais qu'en sait-il puisque si peu sûr de lui, il achète son amour, son affection. Puis il s'emploie à l'isoler du monde extérieur et des autres.
Il jette son dévolu sur un "objet" et voudrait tout maîtriser. Qui des deux protagonistes est captif en fait ? le héros dans sa souffrance narcissique ou Albertine dans son appartement ?
Quand elle le quitte, on a le caeur serré et l'on ressent physiquement la déflagration de la nouvelle de son départ tant le narrateur a investi dans cette relation et calculé jusqu'à l'obsession le moyen de la faire durer.
Je dois "avouer" que j'ai jubilé à l'annonce « couperet » du départ d'Albertine par Françoise... Eh oui ! je suis une fille.
Albertine libérée, Albertine émancipée et le héros dépité ! Narrateur qui juge tout son entourage, et Albertine plus particulièrement, à l'aune de sa propre culture, incommensurable bien entendu... ! Alors, fatalement, quand on adopte une telle position de surplomb, on ne peut que tomber de haut... voilà !
Mais son manque de confiance en lui, le fait qu'il ne retrouve peut-être pas dans cette relation l'amour « inconditionnel » de sa mère... l'incite à envisager et à anticiper, également, le deuil de la relation avant même de l'avoir vécue pleinement.
Difficile âge adulte... où l'on n'est plus le centre des attentions gratuites de sa mère et de sa grand-mère... mais confronté à une réalité plus cruelle. Albertine ne peut consentir à la même abnégation que la mère ou la grand-mère du héros...
Torturé, il intellectualise beaucoup cette relation et en fait un défi alors qu'il semble simplement amoureux et que, sans ce malaise profond dont il est la proie, la relation pourrait peut-être, moyennant quelques aménagements, être réciproque...