On se croirait au théâtre, dans un vaudeville, tant les portraits sont comiques, presque burlesques. Mme de Cambremer douairière, son fils et sa belle-fille, les Verdurin, le docteur Cottard et Madame, Brichot, les employés du grand hôtel... sont dépeints d'une façon désopilante. Le directeur dudit grand hôtel emploie un mot pour un autre dans son désir d'être élégant. Un décodeur est nécessaire afin de saisir ce qu'il dit. Il rassure ses clients en leur disant qu'un service lui a pris un temps "infini" au lieu d'infime... Proust force le trait, les personnages sont proches de la caricature. Il est souvent féroce mais c'est hilarant et j'ai ri aux larmes.
J'ai retrouvé Balbec et les pommiers roses comme des jeunes filles en robe de bal les pieds dans la boue... avec bonheur. Les mêmes pommiers et la mer sont devenus une estampe japonaise... Les descriptions sont inoubliables. C'est comme dans les films de Rohmer : on voit la réalité sublimée par la peinture...
Le salon des Verdurin m'a ennuyée cependant. Ces bourgeois qui ont tout de nouveaux enrichis, m'ont semblé ternes, ordinaires, communs par rapport au salon d'Oriane de Guermantes. Basin de Guermantes se "damnerait" pour une redoute... Pourtant, je me suis surprise à les croquer sur un carnet... tant Proust nous fournit une profusion de détails. Ce sont des sujets dignes de Daumier.
La mémoire involontaire, selon Proust, nous offre de belles pages sur le deuil d'un être cher et fait écho à l'insouciance de la jeunesse et à nos propres émotions... Certaines pages, quelques paragraphes seulement mais quelle pertinence..., sur l'analyse de sa relation amoureuse à Albertine sont d'une profondeur édifiante.
Dans ce volume je mes suis sentie littéralement « embarquée » dans une sorte de petit délire onirique, étourdissant parfois, celui d'une imagination pour le moins « débridée »... Ce que Proust appelle l'inversion n'est pas le motif unique de ce roman, même si il est récurrent.