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Une oraison funèbre décalée et jubilatoire, 1 novembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Démolir Nisard (Broché)
Le titre de l'ouvrage ne laisse planer aucun doute sur la manoeuvre littéraire à laquelle va se livrer le narrateur: la force du libelle à l'endroit de cet illustre inconnu risque de faire du bruit dans le landerneau de l'imprécatrice critique. Nisard, Jean-Marie-Napoléon-Désiré Nisard pour être plus précis, est de ces hommes qui estiment avoir marqué leur époque - un XIX ème siècle ramassé entre 1806 et 1888 - par la qualité de leur état de service. N'en déplaise à ces nombreux détracteurs, l'homme puise dans ses titres une renommée que lui seul semble louer. Maître de conférence et Directeur de l'Ecole Normale, Inspecteur Général de l'enseignement supérieur, Maître des requêtes au Conseil d'Etat, Député ministériel, Membre de l'Académie Française et Commandeur de la Légion d'honneur... L'individu a bel et bien existé. Mais qui se souvient de ce Désiré Nisard qu'il conviendrait de démolir? Un homme en particulier - le narrateur ou l'auteur du présent ouvrage - se charge d'une tâche exaltante, une vengeance ourdie avec soin et sans vergogne à l'égard d'un homme réputé odieux et péremptoire. « En deçà de Malherbe (poète, 1555-1628) et au delà de Massillon (homme d'église, 1663-1742), il n'y a plus rien qui mérite l'attention dans la littérature et les moeurs se sont perverties en même temps que la langue ». Cet opiniâtre conservateur, thuriféraire de Corneille, Racine et Boileau et contempteur des Romantiques, Michelet..., est un fervent défenseur de la littérature classique - son grand oeuvre Histoire de la littérature française l'attestera - et censeur de toute atteinte à l'idéal littéraire mais également politique et social du siècle de Louis XIV. Cette posture réactionnaire fossoyant la littérature, Sa Majesté mineure, dont le nom disparut avec le personnage, méritait une sentence implacable: la calomnie. Ainsi, le narrateur/auteur, grâce à une rhétorique diablement stylée qui ne lorgne jamais vers la suffisance de l'insulte, cède à la tentation de discréditer ce vil homme: son physique, ses prouesses, ses fonctions, ses écrits - dont le très dispensable Convoi de la laitière - sont traités sans aménités, avec dégoût et aversion. Le brûlot s'identifie à une série de strophes où la litote et la paranoïa s'invitent, laissant s'épandre quelques foucades d'un auteur censeur de la bêtise humaine. La diffamation relève de l'opportunisme guerrier, et si la malhonnêteté peut forcer le trait, il ne faut pas s'en priver, au risque que le Chevillard se mue en Nisard incarné ! Faut-il n'y percevoir qu'un exercice de style accablant la profession de critique ou une réaction à l'allergène de la médiocrité, de la fourberie, de la versatilité ou de la morgue? Je vous laisse le soin d'appréhender le forfait... Découvrir (le trop méconnu) Eric Chevillard par cette oeuvre encourage à poursuivre ses aventures littéraires tant sa verve, sa richesse lexicale, sa dérision en font un écrivain original et talentueux.
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Démolir Nisard 2707319651
Eric Chevillard
Les Editions de Minuit
Démolir Nisard
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Une oraison funèbre décalée et jubilatoire
Le titre de l'ouvrage ne laisse planer aucun doute sur la manoeuvre littéraire à laquelle va se livrer le narrateur: la force du libelle à l'endroit de cet illustre inconnu risque de faire du bruit dans le landerneau de l'imprécatrice critique. Nisard, Jean-Marie-Napoléon-Désiré Nisard pour être plus précis, est de ces hommes qui estiment avoir marqué leur époque - un XIX ème siècle ramassé entre 1806 et 1888 - par la qualité de leur état de service. N'en déplaise à ces nombreux détracteurs, l'homme puise dans ses titres une renommée que lui seul semble louer. Maître de conférence et Directeur de l'Ecole Normale, Inspecteur Général de l'enseignement supérieur, Maître des requêtes au Conseil d'Etat, Député ministériel, Membre de l'Académie Française et Commandeur de la Légion d'honneur... L'individu a bel et bien existé. Mais qui se souvient de ce Désiré Nisard qu'il conviendrait de démolir?
Un homme en particulier - le narrateur ou l'auteur du présent ouvrage - se charge d'une tâche exaltante, une vengeance ourdie avec soin et sans vergogne à l'égard d'un homme réputé odieux et péremptoire. « En deçà de Malherbe (poète, 1555-1628) et au delà de Massillon (homme d'église, 1663-1742), il n'y a plus rien qui mérite l'attention dans la littérature et les moeurs se sont perverties en même temps que la langue ». Cet opiniâtre conservateur, thuriféraire de Corneille, Racine et Boileau et contempteur des Romantiques, Michelet..., est un fervent défenseur de la littérature classique - son grand oeuvre Histoire de la littérature française l'attestera - et censeur de toute atteinte à l'idéal littéraire mais également politique et social du siècle de Louis XIV.
Cette posture réactionnaire fossoyant la littérature, Sa Majesté mineure, dont le nom disparut avec le personnage, méritait une sentence implacable: la calomnie. Ainsi, le narrateur/auteur, grâce à une rhétorique diablement stylée qui ne lorgne jamais vers la suffisance de l'insulte, cède à la tentation de discréditer ce vil homme: son physique, ses prouesses, ses fonctions, ses écrits - dont le très dispensable Convoi de la laitière - sont traités sans aménités, avec dégoût et aversion. Le brûlot s'identifie à une série de strophes où la litote et la paranoïa s'invitent, laissant s'épandre quelques foucades d'un auteur censeur de la bêtise humaine. La diffamation relève de l'opportunisme guerrier, et si la malhonnêteté peut forcer le trait, il ne faut pas s'en priver, au risque que le Chevillard se mue en Nisard incarné ! Faut-il n'y percevoir qu'un exercice de style accablant la profession de critique ou une réaction à l'allergène de la médiocrité, de la fourberie, de la versatilité ou de la morgue? Je vous laisse le soin d'appréhender le forfait...
Découvrir (le trop méconnu) Eric Chevillard par cette oeuvre encourage à poursuivre ses aventures littéraires tant sa verve, sa richesse lexicale, sa dérision en font un écrivain original et talentueux.
Woland
1 novembre 2010
- Général:
5

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Détails de l'évaluation
Lieu : Mouvaux
Classement des meilleurs critiques: 472
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