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Ce commentaire fait référence à cette édition : Prometheus - Combo Blu-ray + DVD + Copie digitale (Blu-ray)
"Alien", sorti en 1979, est un mythe."Prometheus" tente de renouveler aujourd'hui le coup de maître de Ridley Scott d'il y a trente-trois ans. C'est amplement râté. Trop d'attentes vis à vis d'une barre placée trop haut dans l'esprit du fan, quoi qu'aurait pu faire Scott? Toujours est-il qu'on sort de la projection d'un des films les plus attendus de l'histoire du cinéma (par les fans de la saga "Alien", en tout cas) incrédule et imbibé de sentiments contradictoires, reflétant finalement ce qu'est cette prequel de "Alien" (car c'en est bien une): un vaste -et parfois magnifique- bordel. Bien sûr, on est à mille lieues de la catastrophique clôture (définitive?) du cycle "Alien", à savoir le 4ème opus "Alien Resurrection" commis par Jean-Pierre Jeunet, un épisode embarrassant pour la série tant cette "Resurrection" s'était révélée grotesque dans ses choix scénaristiques, avec cette Reine ovipare finissant enceinte comme une loutre et accouchant d'un alien géant jaune pisseux à yeux de caniche et langue de tamanoir qui léchait Ripley comme si elle était un cornexqui à la fraise -une séquence qui remporte haut la main l'oscar du ridicule, toutes catégories confondues. Sans oublier la distribution, outrancière et tape-à-l'œil (Pinon et Perlman, vraiment too much). Une suite et fin qui a vite fait pshitt, surtout dès qu'on la compare aux volets 2 et 3 de Cameron et Fincher, "Aliens" et "Alien 3", des sequels ayant chacune à sa manière su renouveler le genre brillament, avec une efficacité concise et redoutable, tout en ayant eu l'humilité et l'intelligence de respecter ses codes et ses passages obligés. Sur ce point, "Prometheus" respecte effectivement le cahier des charges établi par l'auteur de "Alien. Le Huitième Passager", mais d'une façon scolaire : Scott semble avoir rempli des cases, listé les objectifs style "À faire aujourd'hui" en prenant soin de tout cocher ; par exemple: - vaisseau spatial versus planète vénéneuse -à la fois personnages à part entière et centres de la dramaturgie, - robot humanoïde plus ou moins amical ou traître, - bestioles terrifiantes et répugnantes, éléments culturels "alien" déconcertants, barbares et sauvages, - casques explosés par la bébête de service avec dommages attendus s'ensuivant, - héroïne à poigne mais dénudée quand il le faut, symbolique sexuelle à tous les étages, etc... Mais ces pivots scénaristiques, jalons qui servaient d'ossature aux œuvres de Cameron et Fincher en légitimant leur filiation, tombent à plat dans "Prometheus" en le rendant simplement prévisible, et par moment presque rasoir. Et ces "repères" ont bien du mal à masquer l'incohérence (abyssale) du scénario, ses complaisances et ses invraisemblances. Scott, ratissant trop large, semble s'être perdu dans un labyrinthe d'intentions, tant au niveau de l'écriture basique de son film que des choix narratifs et visuels. Choix dont il serait seul responsable, d'après Damon Lindelof, co-scénariste avec Jon Spaihts du film, lassé de s'entendre reprocher le salmigondis qu'on voit à l'écran. Mais au delà de l'incohérence et de l'opacité de l'histoire proprement dite, "Prometheus" souffre d'un handicap majeur qui est la sensation de déjà vu. Et sur ce point, si nombre d'éléments clefs du film peuvent être considérés avec indulgence comme des hommages, des citations ou des clins d'œil, certains laissent tout de même un sérieux sentiment de malaise car ils confinent carrément au plagiat. Côté positif, dans la catégorie des hommages et de leurs signifiants, "Prometheus" s'apparente à "2001. L'Odyssée de l'Espace", avec son plan d'ouverture volontairement identique à une lune et un soleil prés à celui du film de Kubrick ; mais aussi par son thème majeur : le mythe de la création de l'humanité par une entité supérieure. Mais là où Kubrick laissait planer un mystère métaphysique sur l'identité de cette dernière, rendant ainsi son œuvre aussi profonde qu'intemporelle, le film de Scott échoue largement à se tenir au niveau de sa promesse de fond, plombé par la banalité et la faiblesse de son propos narratif. De la même façon, la symétrie entre le Eldon Tyrell de "Blade Runner" et le Peter Weyland de "Prometheus" ne peut être un hasard -deux victimes de leur propres créations, ou pour le moins de la science et des appétits mégalomaniaques qu'elle a fait naître en eux ; résurgence d'un des thèmes de prédilection chez Scott (les actes et leurs conséquences, personnages rattrapés par un destin dont ils ont été les architectes dès l'origine), rappelant qu'il est un peu plus qu'un simple cinéaste "visuel" obsédé par l'esthétique au détriment du fond. Mais là où les choses se corsent, c'est lorsque Scott donne le sentiment d'avoir carrément fait son marché ailleurs. Difficilement pardonnable pour un cinéaste qui a créé entre 79 et 82, de toutes pièces et sans précédents, deux univers de science-fiction (et non d'anticipation, comme l'avait fait Kubrick avec "2001") totalement géniaux, totalement novateurs et originaux, totalement crédibles tant au niveau de la forme que du fond, deux absolus chef-d'œuvres qui n'ont jamais été égalés depuis: "Alien" et "Blade Runner". Hélas, c'est un fait, "Prometheus" pille allègrement d'autres films. En premier lieu et d'une façon criante, les trames conceptuelles et visuelles du "Mission to Mars" de Brian de Palma (autre plantage calamiteux, sorti en 2000). On citera dans l'ordre : - l'origine "extra-terrestre" de l'Humanité, - l'époux de l'héroïne qui, se sachant perdu, se sacrifie pour que la mission puisse continuer - le temple-laboratoire, montagne gigantesque, inqiétante, isolée et dominant la plaine, révélant un visage à la Brancusi dans "Mission", devenu montagne-buste et visage à moitié affaissé dans "Prometheus" qui va accoucher du vaisseau organique entrevu dans "Alien" - les tempêtes de sable et de pierres, certes d'origine différente dans "Mission" et "Prometheus", mais qui frappent à l'identique les héros et les deux structures - enfin le ballet des planètes et étoiles en modèle géant holographique virtuel, simulation féérique accompagnant l'explication des origines de l'Humanité dans les deux films. C'est beaucoup. Mais ça ne s'arrête pas là. "The Thing" de John Carpenter (1982) est aussi mis à contribution : le célèbre FaceHugger semble ici avoir été faire un tour sur le plateau de Carpenter pour faire un raccord maquillage et devenir cette chose caoutchouteuse, monumentale et tentaculaire, qui hésite entre les bestioles à pattes et tentacules de Carpenter et la pieuvre géante de "Vingt-Mille Lieues sous les Mers". À "Independance Day", Scott emprunte l'idée des scaphandres morphologiques, et là où Emmerich affublait ses envahisseurs de scaphandres organiques, sortes d'exoskins géantes à tentacules dorsales fouettant l'air, Scott nous la joue scaphandres en forme de squelette. Et le réalisateur commet ainsi l'un des choix scénaristiques les plus désatreux de son film (et, partant, pour toute la mythologie Alien). Car il verrouille les futures suites de "Prometheus" (déjà à l'étude!) de la même façon que Cameron avait verrouillé les pas de ses successeurs Fincher et Jeunet avec l'idée de la Reine pondeuse. Pour mémoire, "Aliens" avait opté pour une explication de l'origine des bébêtes assez sage et plate : sur le mode de la ruche ou de la fourmillière, les œufs étaient pondus par une Reine géante. Cameron s'était ainsi volontairement démarqué de la genèse des bestioles proposée par Scott dans le "Huitième Passager", une scène tournée mais coupée au montage et figurant sur le director's cut du film. Scène qui révélait que c'était la matière organique du corps même des humains kidnappés par le monstre qui servaient de matériau pour les œufs : moment terrifiant, nauséeux, où Dallas/Tom Skerritt suppliait Ripley de l'achever pour abréger ses souffrances, tandis que sa chair vivante, dissoute et reprogrammée en matériel génétique "alien" par la bave moléculaire du monstre, aboutissait à la formation d'un œuf. Nous étions ainsi tous des Aliens, donnant naissance à des Aliens... Concept vertigineux. Cameron avait bifurqué, en abandonnant cette idée révolutionnaire pour imposer la solution d'une Reine pondeuse. Déception de fond par rapport au scénario du "Huitième Passager" de O'Bannon et Sushett, mais effet magistral dans sa forme, tout de même -"Aliens" ayant donné lieu à ce face à face d'anthologie entre la Reine et Ripley, scène de combat inoubliable faisant partie du best of de la série. En nous révèlant qui était le Pilote de l'Espace, Scott d'une certaine façon s'affranchit lui aussi des fondamentaux de son "Alien" d'origine. En effet, le gigantesque cadavre biomécanique ossifié, mystérieux Pilote de l'Espace au crâne éléphantesque se terminant par une trompe elle-même reliée à sa cage thoracique (cette dernière supposément explosée par un FaceHugger), pointant son téléscope-phallus vers l'espace, n'était en fait qu'un "exosquelette", un "scaphandre organique", utilisé par les fameux Ingénieurs... Problème: ces Ingénieurs font figure de portions congrues par rapport à la taille du scaphandre de "Alien". Solution: Ridley Scott nous offre une version retrécie au lavage de son nouveau Space Jockey : celui de "Prometheus" ne mesure plus qu'à peine la moitié au garrot de l'original cloué sur son siège si on le compare à la taille des humains qui se baladaient autour dans "Alien. Le Huitième Passager"... Et voilà, le tour est joué! Sinon, imaginez l'embarras, un Ingénieur se coulant dans le "vrai" exosquelette de "Alien" aurait équivalu à un nain enfilant les fringues d'un géant... Gênant. Perdant ainsi en majesté et en mystère, ce Pilote fait donc banalement partie de la race des Ingénieurs entrevue au début de "Prometheus". Ah! Tout ça pour ça... Car si l'idée même de la Reine dans "Aliens" avait déçu, mais avait séduit par la démesure, la perfection et l'originalité de la forme que lui avait donné Cameron, que dire ici de ces réchappés de Comics, culturistes albinos à la peau grisouille, aux prunelles en boutons de culotte et aux paupières fardées de rose, tel des Ziggy Stardust bobybuildés? On pense à de l'image de synthèse, ce n'en est pas paraît-il (en tout cas, pas dans les premiers plans du film, ou l'Ingénieur "donnant naissance à la vie sur Terre" est réél, joué par un "vrai" acteur et nous assure-t-on, c'est une performance au niveau des prothèses et du maquillage), mais le hic est que la performance ne se voit pas. Scott ne fait que décevoir avec cette proposition de géants passés par la gonflette, façon Marvel Men blanchâtres aux tablettes de chocolat dignes d'un culturiste sur Venice. Bien sûr, comme le réalisateur anglais n'est pas manchot, ces personnages ont tout de même même un minimum de gueule. Un minimum. Et c'est bien là le problème. Au niveau de la créativité pure, la comparaison avec les créatures de la saga "Alien" dans leurs concepts et formes (œufs, FaceHugger, ChestBurster, Pilote de l'Espace, Alien adulte, etc) est fatale pour "Prometheus". Oubliées les fantasmagories géniales de Giger, il nous faudra nous contenter de ces mini-géants que l'on a le sentiment d'avoir déjà mille fois vu ailleurs, êtres antropomorphes à peu près aussi originaux que des musclors sortis de leurs boîtes-cadeau bonux. Et l'impression de déjà vu se répète ailleurs, inlassablement. Par exemple avec Vickers, personnage interprété par Charlize Theron, sorte de cougar-femme d'affaire tout droit sortie d'un "Wall Street" ou d'un "Margin Call" du pauvre (et parfumée par Dior en l'occurrence, Theron conservant de la pub sa démarche déhanchée, sexy et chaloupée). Une caricature de mannequin qui fait la gueule sans qu'on sache pourquoi, personnage sans épaisseur, qui semble n'être là que pour remplir de la pellicule et montrer les formes avantageuses de Theron ; copie conforme dans son look et ses expressions de la "T-X", terminator femelle dans "Terminator - Le Soulèvement des Machines" de Jonathan Mostow, une blonde robotique inflexible interprétée par Kristanna Loken dans cet excellent film sorti en 2003. Là encore, "Prometheus" provoque le malaise avec cette démarque de bombe blonde fade et rabâchée, à laquelle on ne parvient jamais à s'identifier, apparemment fille de Weyland mais en conflit avec le Père (auto-citation de Scott au répliquant Roy Batty confronté à son "père" Tyrell dans "Blade Runner"), mais sans qu'aucune clef ne soit jamais donnée sur la réalité et les raisons de leur relation d'amour-haine, bâclée en un plan ou Weyland retire sa main de celle de sa fille. Plan qui est supposé nous faire comprendre que... Mais comprendre quoi exactement? Hé bien, surtout que Scott s'est assis sur le trio infernal formé par Weyland, Vickers et David l'androïde, encore une super belle idée massacrée par le film tel qu'il est. Oubliez le Père déshéritant la fille au profit de son "fils" virtuel, la souffrance de l'enfant de chair trahie par son géniteur au profit d'un être siliconé qui lui ne ressent rien, rival et ennemi (l'anti A.I, en quelque sorte). On devra se contenter d'un cameo sur la pauvre enfant antipathique-mais-qui-souffre et du méchant papa qui l'aime pas. Point. C'est bien là l'un des problèmes majeurs de "Prometheus", qui souffre dans son ensemble du vide sidéral de ses personnages, incapables de susciter la moindre empathie. L'ensemble de l'équipage du "Prometheus" ne mérite pas qu'on s'y attarde plus d'une seconde, tant ses protagonistes sont inexistants, sans personnalité et sans intérêt, taillés à coups de clichés. On se contrefout de ce qui leur arrive -quand on arrive à comprendre ce qui leur arrive, ce qui est rarissime. On passera avec plus de regrets sur le personnage de Weyland vielli et grabataire, interprété par Guy Pearce mais qu'on ne voit jamais en tant que tel (?), et sorti du chapeau du magicien Scott au moment où ça l'arrange, avec le pire maquillage "vieillissant" de l'histoire du cinéma (Ed Wood aurait fait mieux). Incompréhensible de la part d'un perfectionniste comme Scott. Mais le comble, c'est que même Fassbender et Rapace ne parviennent pas à emporter le morceau. On reste de marbre devant Rapace, qui tente de faire oublier Sigourney Weaver, sans jamais y parvenir ; Lisbeth Salander est loin, et Ripley aussi. Non que Rapace joue mal ; c'est la définition de son personnage qui est en cause. On n'a toujours pas compris si cette Elizabeth Shaw était archéologue, ethnologue, anthropologue, astronome, docteur es quelque chose, bref elle découvre des fresques, étudie les antiques civilisations et connaît par cœur la préhistoire humaine, mais également le cosmos (le tout expédié en quatre plans alors qu'il y avait là sujet à un film à part entière!). Les connaissances universitaires de cette anthropo-archéo-quelque chose lui servent en plus pour manœuvrer un auto-doc/bloc opératoire sophistiqué comme s'il s'agissait d'une vulgaire mobylette, ou faire décoller un vaisseau extra-terrestre... À peu près aussi crédible que si cette bonne vieille Ripley nous avait été présentée à l'origine comme académicienne ou violoniste, mais tout de même apte, par la grâce et unique volonté du metteur en scène, à piloter le "Nostromo" au pied levé, sans avoir jamais appris. On croit rêver. Concernant Fassbender, on est juste désolé de voir David, le successeur (pardon, l'ancêtre) de Ash, Bishop et Call (A, B, C et D pour David...) évoluer dans un scénario sans queue ni tête, qui en fait, tour à tour et sans l'ombre d'une explication, un démon ou un ange gardien -c'est selon. Comprenne qui pourra. Au début, on pense vaguement, en le voyant errer et se distraire comme il peut dans un "Prometheus" totalement désert (pour cause d'hibernation-hyper sommeil de ses occupants humains), à un croisement symbolique entre le David Bowman et le HAL 9000 de "2001" -encore!-, mais la comparaison s'arrête là. La froideur de Bowman et l'intelligence artificielle de HAL, elles, avaient un sens. En sortant de "Prometheus", on se demande bien qui est David l'androïde, et à quoi riment ses agissements : - Pourquoi empoisonne-t-il le mari de Rapace en le gavant subrepticement de naphtosperme alien (pardon pour le néologisme), et pourquoi fait-il son possible pour que l'épouse clamse en accouchant d'un monstre... mais trente minutes plus tard la sauve en la prévenant de l'arrivée imminente d'un méchant Ingénieur? - Comment parvient-il à déchiffer instantannément les inscriptions cunéiformes du vaisseau des Ingénieurs et à parler leur langue? Parce qu'il a étudié les langues terrestres primitives? Un peu court comme explication. Et qu'est-ce qu'il peut bien leur dire (les sous-titres ont été semble-t-il volontairement oubliés)? Késako la relation d'allégeance-opposition de David avec (doit-on imaginer) sa "sœur" Vickers-Theron? Et sa relation occulte avec Weyland... Qui manipule qui? Qui est au courant de quoi? Qui a prémédité quoi et pour quoi faire? Mystère et boule de gomme. Scott paraît avoir confondu complexité et obscurité. On veut bien qu'il se soit laissé des portes de sorties pour ménager le "rêve", on est bien d'accord que tout expliquer aurait été fastidieux, et on ne demandait surtout pas ça. On veut bien qu'il se soit réservé de la matière pour ses futures suites, mais l'obscurité d'un récit -et la patience et l'attention du spectateur- ont tout de même leurs limites! On aurait d'ailleurs bien aimé en avoir un peu plus, de l'obscurité, au sein de cet étincelant vaisseau "Prometheus", trop lisse, trop clean, trop sorti d'un "Transformer" à la Michael Bay (faute suprême!). Là aussi, même revendiqué comme paquebot de luxe en opposition au vieux rafiot qu'était le "Nostromo" ou le vaisseau de guerre qu'était le "Sulaco", on se demande bien comment le "Prometheus" peut précéder ces derniers de quelques décennies, alors qu'il a l'air d'avoir cinquante ans d'avance sur eux... La technologie rutilante du "Prometheus" a finalement aussi peu à voir avec la série "Alien", que les trois épisodes Star Wars des années 2000 avaient à voir avec ceux des années 80. C'est dire le gap. Et c'est aussi mesurer le piège de ces "suites" qui se veulent prequels, dans lequel tombe des réalisateurs comme Lucas ou Scott en cédant à la tentation de la création par ordinateur et ses séductions graphiques, qui du coup anéantissent le lien entre leurs créations passées et celles présentes, en décrédibilisant ces dernières. La crédibilité. La vraisemblance. C'est bien ce qui manque le plus à "Prometheus". Les libertés que prend ce film avec les fondamentaux de la saga d'origine, ou simplement avec la logique pure, le desservent de bout en bout. Même les moments forts ne fonctionnent pas sur ce plan précis. La scène de l'auto-doc/bloc-opératoire automatisé en est un parfait exemple. En premier lieu, cet instrument médical robotisé, créé pour la commodité première de Vickers/Theron (une femme a priori...) est incapable de réaliser quelque opération que ce soit spécifique... à la nature féminine, comme une césarienne, allez, au hasard! Très logique. Quand à la façon dont le gadget va être utilisé, ça donne quelque chose de monstrueux, de stressant, tout y est... Mais ça finit par être juste gore, et ça ne marche pas! Là où l'on était resté scotché à vie par la "naissance" du ChestBurster dans "Alien. Le Huitième Passager", on ne croit pas une seconde à ce qui arrive à cette pauvre Noomi Rapace. Trop d'invraisemblances, aucune rigueur vis à vis de la logique connue de la gestation biomécanique "alien" font que cette scène de fœtus à tronche de calmar miniature ne fonctionne pas. En tout cas pour tous ceux qui ont gardé en mémoire les épisodes "Alien", et donc ce qui était arrivé au pauvre Kane dans le premier "Alien", et ce qu'on pouvait voir des FaceHuggers dans "Aliens" : désolé, mais la stase Alien n'avait rien à voir avec des embryons poussant dans un utérus, mais procèdait de la trompe du FaceHugger, immonde appendice qui violait sa victime pour se détacher du corps du FaceHuger-mère dans la gorge et l'estomac de l'hôte d'accueil, pour murir et muter petit à petit en "bébé" alien dans les entrailles de la victime qui lui servait ainsi d'incubateur. Sa mission accompli et le bébé alien en bonne voie, le FaceHugger-vaisseau-amiral se détachait et partait crever dans son coin. Ici, on a droit, après la "Resurrection" de Jeunet, à une nouvelle geste de l'accouchement dégueu. Il est né le divin xénomorphe. Aussi débile et facile que chez Jeunet, quoi qu'évidemment beaucoup moins ridicule parce que Scott, lui, sait y faire ; donc c'est correctement fait et correctement horrible mais... c'est tout! On y croit pas, et on rigole. Et n'insistons pas sur la suite, où, bien que gazé dans l'auto-doc par Rapace, et donc théoriquement passé ad patres, le mignonnet calmar nous fera un alien-le-retour en format géant à la fin du film, dans une scène où le grand guignol le dispute au n'importe quoi. Décidemment, après la ridicule Reine enceinte de la sequel 4, et cette prequel "Prometheus", il serait bon que les scénaristes nous évitent les grossesses alien... Il serait fastidieux de lister plus avant les invraisemblances, raccourcis débouchant sur des impasses scénaristiques qu'on pourrait imputer à des erreurs de montage (c'est dire!)... Ils sont légion. Entre autres : - les membres de l'équipage, débarrassés de leurs casques sitôt parvenus dans le vaisseau-temple (très crédible), et découvrant des proto-FaceHuggers en forme de cobra pour leur faire guili-guili (encore plus crédible). - l'équipage se crashant en riant et fleur au fusil, volontairement sur le vaisseau des Ingénieurs sans qu'on comprenne ce qui diantre a pu les convaincre de la nécessité impérieuse de leur sacrifice (?). - la fin du film avec notre Elizabeth Shaw/Noomi Rapace qui bien que subclaquante finit par s'envoler à bord d'un improbable autre vaisseau des Ingénieurs sorti d'on ne sait où : comment, étant donné son état et l'hostilité de la planète, y a t-elle eu accés auusi vite et facilement? Comment elle-même, ou les restes de l'androïde Fassbender emportés dans un sac de gym sont-ils à même de piloter ce vaisseau? Nous n'en saurons rien... Suite au prochain numéro? Ben voyons. Et enfin cet Ingénieur survivant qui aurait pu être le Pilote de l'Espace du "Alien. Le Huitième Passager", mais finalement ne l'est pas, pas plus que la planète de "Prometheus" n'était finalement la maléfique LV-426... Râté! Vous aviez des questions vis à vis des mythologies du "Alien" premiere mouture? Vous repasserez pour les réponses. Au final et en der des der, vous aurez droit tout de même à un Ingénieur facehuggérisé, accouchant donc de l'Alien de service. L'honneur est sauf et le lien noué avec la série, sauf que... Sauf que le crâne de la bestiole a une forme de cône de sécurité en plastique abandonné sur l'autoroute. Pourquoi? Parce que. Bon, rassurez-vous, pas à bandes oranges et blanches, tout de même. Dommage, ça aurait pu au moins être drôle -à défaut d'autre chose. En définitive, faute de réponses, on essaiera de répondre à la seule question qui compte : y a-t-il quelque chose à sauver de cette mega-déception? Paradoxalement, oui -et c'est là où Scott nous rappelle son immense talent, fait qui rend d'autant plus amer et saumâtre la déception qu'inflige son "Prometheus". Le film après visionnage, demeure entêtant, s'incruste, et ne vous quitte pas si facilement que ça. Peut-être est-ce dû à la force, et à la fascination suscitée par les trois premiers épisodes de la série d'origine? Peut-être la splendeur de certaines images (mais certainement pas la 3D, gadget inutile qui comme souvent n'apporte strictement rien au film)? La richesse et l'amplitude des thèmes abordés aussi, très certainement. Les Ingénieurs, un beau concept. Les paysages et les effets spéciaux. Le vaisseau des Ingénieurs, superbe création de Giger, et superbement repris ici dans une chute qui fait penser à la catastrophe du Zeppelin version extra-terrestre. Voilà pour les trois étoiles. Pour le reste... À l'inverse de "Alien" (qui ne s'appelait pas "Nostromo"...), Scott a décidé de donner à son nouveau film le nom du vaisseau, espérant ainsi tirer bénéfice des sens mythologiques du patronyme. Démarche à tiroirs qui débouche sur une intrigue compliquée -et non pas complexe : Scott nous livre un joujou à la fois alambiqué et sommaire, une pelote sans fil à tirer qui est un prequel mais pour laquelle il ambitionne quand même un statut de grandiose nouveau départ ; une clef qui n'ouvre aucune portes du passé de la glorieuse série -sauf très mal-, et pas davantage celles de cette nouvelle saga qu'il veut nous conter. Compliqué. On ne veut pas forcément voir des choses simples au cinéma. Et simple ne veut pas dire simpliste. Ni obscur forcément intéressant. Dans "Prometheus", Ridley Scott nous montre un méchant Ingénieur faisant plein de mal aux pauvres humains alors que sa race a créé la nôtre. On ne comprend pas. On se dit "ouh là là, j'ai dû somnoler et rater dix minutes". On a rien râté. C'est fait exprès. Alors, si c'est pour nous expliquer avec "Prometheus" II, III et IV que les Ingénieurs ne nous ont pas créés pour la beauté du geste, et qu'ils se soucient de nous comme d'une guigne car pour eux nous ne sommes que de la chair à incubateurs pour leurs armes de guerre (les aliens), et que c'est juste pour ça qu'ils sont venus nous créer il y a X millions d'années et qu'ils sont colère qu'on ait découvert le pot aux roses, et que la pauvre Noomi Rapace va tenter de nous sauver le monde en faisant un petit tour sur la planète d'origine des méchants avec sa tête de Fassbender sous le bras pour la guider et puis qu'elle va se planter aussi grave que ce "Prometheus" juste après s'être fait la malle de la planète, puisqu'en fait, ben oui, le squelette du 1er "Alien", qui c'est donc qu'il y avait à l'intérieur? Ben Noomi voyons, la boucle est bouclée, Noomi s'est fait avoir dans le scaphandre du Space Jockey par un FaceHugger, elle a trépassé et envoyé un avertissement, et v'là le "Nostromo" qui se pointe... Heu... Heu, ben non, franchement, Ridley, c'est pas la peine. Et surtout, Mister Scott, ne touchez pas à une suite de "Blade Runner", comme vous l'avez aussi annoncé. On préfèrerait rester sur notre faim, car il y a des déceptions qui vraiment coupent l'appétit. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles Remarques
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Message initial:
8 juin 12 00:49:52 GMT+02:00
Dernière modification par l'auteur le 8 juin 12 00:50:26 GMT+02:00
Touzot dit:
Votre avis à lire était totalement éclatant. C'était somptueux. En essayant de coller mon propres post pour expliquer également ma déception, je n'ai guère pu hélas aborder de la sorte avec autant d' aisance le pourquoi du comment du vautrage de cette entreprise qu'est Prometheus. Tout est ici expliqué point par point. Juste brillant.
Publié le
8 juin 12 10:10:38 GMT+02:00
ecce.om dit:
VU. Difficile de faire plus complet en gardant un aspect lisible.
La seule réserve concerne le 2ème vaisseau à la fin, dans lequel Lisbeth salanshaw part avec son sac de sport (spores ?). Parmi l'amas ahurissant d'invraisemblances, celle ci ne m'a pas choqué outre mesure puisqu'on a compris que chaque monticule aperçu au moment de l'arrivée sur la planète, devait recéler un vaisseau (sous 3 milliards de tonne de poussière plea..ze). Quant à savoir comment notre Arty Shaw a pu le piloter en ayant la tête dans l' sac...
En réponse à un message antérieur du
9 juin 12 18:36:37 GMT+02:00
Jacques BENOIT dit:
Merci. J'ai lu votre commentaire : tout à fait d'accord avec ce que vous écrivez. L'éventualité d'un Scott tournant "Thésée" et engageant l'abruti punk (ou l'autre type, je ne me souviens plus mais de toutes façon comme les personnages de ce "Weyland Team" sont + ou - tous interchangeables et sans épaisseur, on s'en fout) pour le labyrinthe m'a fait mourir de rire... + sérieusement, c'est un drame que Scott ait abouti à un truc pareil! Il faudrait organiser une pétition pour qu'il ne touche pas à "Blade Runner"... Bravo en tout cas pour votre avis sur lequel il n'y a rien à rajouter -et concernant les monticules, effectivement dans ce fouillis je m'en rappelle maintenant et le lien avec d'autres vaisseaux-éventuellement-présents-mais-qu
En réponse à un message antérieur du
9 juin 12 18:52:02 GMT+02:00
Jacques BENOIT dit:
Merci beaucoup. J'ai évidemment lu votre propre avis, et là aussi, rien à rajouter, je suis totalement en phase avec ce que vous écrivez - qui est de bout en bout éclatant, documenté et limpide!. Vous avez du reste mis en avant un point que j'ai omis, parce que sinon mon commentaire aurait été encore plus long (!), mais c'est un point crucial : sur la musique vous avez mille fois raisons ; elle est nullissime, omniprésente jusqu'à indigestion, et sans âme ; et lorsqu'on sait l'importance du son et de la B.O. dans un film, c'est encore un point négatif très important par rapport à "Prometheus". Là encore, en comparaison, le score de Goldsmith pour "Alien" (une perfection, r.à.d de plus!) ou celui de Vangelis pour "Blade Runner" (une somptuosité d'onirisme, de majesté, d'émotion, un chef-d'½uvre à part entière) font que "Prometheus" s'en prend plein la figure, sur ce point comme sur tant d'autres. Ça fait mal au c½ur de voir ce que ça aurait pu être, et ce que Scott en a fait.
Merci et bravo pour votre propre avis en tout cas.
En réponse à un message antérieur du
19 juin 12 15:04:30 GMT+02:00
SMIRNOFF Henry dit:
Intéressant commentaire mais beaucoup trop long , jme la joue et pompeux. Nous sommes sur Amazon un site de vente en ligne pas sur Allociné.
En réponse à un message antérieur du
19 juin 12 15:18:25 GMT+02:00
Jacques BENOIT dit:
1- personne ne vous oblige à lire si c'est trop long.
2- jme la joue? Si exprimer un avis en le documentant et en tentant de l'étayer pour éviter le j'aime-j'aime pas, c'est se la jouer, no problemo, je continuerai à me la jouer. 3- pompeux? Désolé, je ne sais pas écrire en langage sms, y compris sur les sites de vente en ligne. 4- tous les avis sont respectables, y compris le vôtre. À bon entendeur.
En réponse à un message antérieur du
19 juin 12 15:36:50 GMT+02:00
Touzot dit:
ça pour le coup c'est vraiment un commentaire hors sujet, et sans intérêt. Le commentaire du commentaire. Amazon n'est certes pas allo ciné mais il se trouve justement que c'est sur Amazon, que l'on trouve des avis les plus avisé, les plus constructifs sur les films, musique ou autre. Ici, nous sommes au carrefour de fans, de geeks et d' amateurs éclairés qui profitent de ce genre de tribune pour non pas essayer de "se la jouer" mais pour faire partager des avis, des émotions et des envies... Et c'est cela qui est plaisant. Pas de chapelle, pas de promotion, pas de pipo. Des avis, des conseils et c'est tout.
En réponse à un message antérieur du
19 juin 12 16:11:12 GMT+02:00
Jacques BENOIT dit:
Merci, M. Touzot! Je n'ai jamais compris pourquoi les internautes commentent la façon dont le commentaire qu'ils viennent de lire est rédigé (je n'oserai parler de style, ça serait... pompeux!), ou alors sa longueur! C'est vraiment pas le problème! D'autant qu'encore une fois personne ne les oblige à lire si c'est les mots sont trop comme ceci et pas assez comme cela à leur goût!
C'est le fond qui est intéressant ; pas la forme -dont on se contrefout. Et j'écris comme je peux! Je suis retourné voir le film depuis la publication de mon commentaire, à propos, parce que je pensais que tout ce que j'avais "critiqué" trouverait une explication et que cette nouvelle vision gommerait les incohérences et autres invraisemblances. Mais c'est pire. Tous les défauts incriminés sont encore plus flagrants. Et d'autres m'ont sauté aux yeux... Donc je persiste et signe -et pourrais en rajouter, mais bon, comme je me fais déjà tacler parce que c'est trop long et pompeux!...
En réponse à un message antérieur du
19 juin 12 16:33:36 GMT+02:00
Touzot dit:
Pour ma part j'attendrais de revoir Prometheus sur les différents supports proposés en sachant que même à une deuxième visions, le film sera toujours aussi raté. J'imagine même que passé la surprise ou le plaisir visuel, il ne reste effectivement plus que les incohérences et la bêtise du scénario qui tienne ce film. L'expérience doit être encore plus douloureuse quand au gâchis généré et l'inutilité d'une telle entreprise à par celle de rapporter pleins de billets.
En réponse à un message antérieur du
19 juin 12 16:44:00 GMT+02:00
Jacques BENOIT dit:
Vous avez entièrement raison : effectivement, même plus d'effet de surprise -et pour cause ; et seul le plaisir visuel était à peu près intact, ce qui confirme l'unique qualité que le film possède. Pour le reste oui, épargnez-vous le ciné à nouveau!... On verra ce que les éditions DVDs nous réservent...
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