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Ce commentaire fait référence à cette édition : Blood Money (CD)
D'Edith Piaf aux tangos d'Astor Piazzola, l'aeuvre de Tom Waits s'est toujours détachée du lot par un savant mélange d'univers, comme d'époques. Par certains côtés, si l'artiste aime à se complaire dans les situations les plus bancales, jouer sur la décrépitude sociale et mener sa barque là où les rives ne se touchent jamais, ce qui semble lui tenir le plus à coeur se résume en un mot : pessimisme. Pour autant, tandis que d'autres feraient de ce terme un simple fond de commerce utile à leur promotion, Tom l'élève par magie au niveau du sacré. En effet, dans toute son oeuvre, au-delà de ces hommes ou femmes fragmentés par la vie, c'est de l'absurdité d'être vivant dont il est question. Ainsi, toujours preneur lorsqu'il s'agit d'ausculter le moindre angle mort de notre âme, voici que le portraitiste relance sa quête du bizarre en nous entraînant sur les traces du jeune soldat Woyzeck, personnage torturé que n'auraient pas renié un Fritz Lang, ni un Edgar Allan Poe. Parue au même moment que le magnifique Alice dans lequel Waits prenait tous les risques, Blood Money cultive l'étrange comme seul notre écorché vif en a le secret.Dans ce disque, si comme d'habitude les textes force l'admiration par leur densité poético dramatique, les musiques qui leurs donnent corps n'ont d'autre but que de d'ajouter à l'insolite des situations. Naturellement, pourrait-on dire, on retrouve ici tout le décorum connu chez Tom Waits. Cette matière musicale qui, d'un tango animal comme Misery Is the River of The World aux frissons d'un Another Man's Vine, fait de chaque titre une plongée hypnotique en eaux troubles. Et si le style est immédiatement reconnaissable, se calque par moment sur certains mondes déjà fréquentés, il n'en demeure pas moins que la cohérence de l'ensemble ne souffle aucune critique. Sans doute moins aventureux que son faux frère d'âme, moins épineux qu'Alice, Blood Money n'explore pas, il questionne jusqu'à mettre en danger notre propre inconscient. Il faut dire que le sujet est fort. Très singulier même. Aussi rien d'étonnant à ce que l'émotion surgisse au détour d'une vibration, d'un silence, voire d'une clarinette. Par ailleurs, suite à plusieurs écoutes, on remarquera qu'un drôle de je-ne-sais-quoi rôde dans cet album. Serait-ce simplement de la pure poésie ? Avec une réussite de plus à porter au crédit du duo Tom Waits - Kenneth Brennan (son épouse), Blood Money n'est pas l'outsider que l'on aurait tendance à vouloir nous faire croire. A la fois très différent par son atmosphère et son écriture, tout en s'affirmant comme le pendant indispensable à l'édifice Alice, voici un album dans lequel chaque seconde est essentielle. Vitale, pourrait-on dire, surtout lorsqu'elle s'égraine tel un compte à rebours vers une fin inconnue. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles |
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