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Le crépuscule de l'intelligence, 1 août 2005
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le rayon vert (Poche)
De ce roman, on retiendra un nom amusant à lire et à relire : celui du positiviste, du scientiste Aristobulus Ursiclos - fameuse trouvaille, dont l'origine est encore enveloppée de mystère. Pourtant le personnage qui porte ce nom n'est là que pour retarder l'observation du phénomène optique ou atmosphérique qui donne au roman son titre et à l'aventure son prétexte, et pour servir de faire-valoir au parfait honnête homme Olivier Sinclair. D'ailleurs, le pathétique Aristobulus Ursiclos ne fait pas beaucoup d'usage, et se voit évincé de la dernière partie de l'intrigue. Le Rayon vert n'est ni le mieux construit ni le mieux écrit des romans de Jules Verne. Même la narration du sauvetage d'Helena Campbell au cœur de la grotte de Fingal envahie par les flots déchaînés de la marée montante, qui aurait dû être le clou de ce roman, nous ennuie : techniquement, le point de vue omniscient adopté par l'auteur confère peu de relief à cette lutte de l'homme contre les éléments, et le sentimentalisme, s'il permet de ne pas effaroucher le jeune public auquel sont destinés les Voyages extraordinaires, n'est pas le ton qui convient à un épisode qui dépeint, à peine voilée sous l'évocation, plus emphatique que réellement majestueuse, d'une lutte avec l'élément minéral et avec l'élément liquide, l'étreinte charnelle de « l'intrépide jeune homme » et d'une Miss Campbell « prise de défaillance », la fusion éternellement recommencée de l'homme et de la femme... On est encore loin de l'intensité poétique à laquelle parviendra Zola, dans l'avant-dernier chapitre de Germinal (1885), lorsqu'il fera s'unir Étienne Lantier et Catherine Maheu au cœur d'une prison naturelle de roc et de boue. Certains chapitres atteignent les cimes du comique involontaire, tant les protagonistes - oui : nos charmants héros Olivier Sinclair et Helena Campbell eux-mêmes ! - y rivalisent de grandiloquence et de pédantisme. Il en est ainsi du chapitre XIII, intitulé « Les magnificences de la mer », qui nous suggère qu'Aristobulus Ursiclos n'est peut-être pas l'antithèse d'Olivier Sinclair mais... son double. À quel excès se porte, en Jules Verne, le zèle de la pédagogie ! (Du reste, ce chapitre pourrait bien être l'une des sources de la célèbre invocation au « Vieil Océan » qui figure dans le premier des Chants de Maldoror, exercice de rhétorique saturé d'adjectifs et amalgamant en un magma presque informe divers lieux communs de la philosophie morale, que le poète s'amuse à prendre au pied de la lettre, substituant ses chimères au pittoresque descriptif attendu.) Dans le même ordre d'idées, on relira avec profit, dans Un Capitaine de quinze ans (1878), roman nettement plus réussi du même auteur, un chapitre tout aussi amusant que ces « Magnificences de la mer » : celui où un Jules Verne très conscient de sa mission éducative se met à décrire scientifiquement la « combustion spontanée » d'un être humain arrivé au dernier stade de l'alcoolisme... Zola, en 1893 dans Le Docteur Pascal, ne fera pas plus dramatique ! Je tiens encore à recommander la lecture de la farce vernienne qu'est Le Rayon vert à ceux et à celles qui ont aimé une bande dessinée parue en 1987, le premier album (récemment réédité - note d'octobre 2009) de Frédéric Boilet, qui s'intitulait aussi Le Rayon vert : un récit au rythme haletant, une histoire située à la lisière du fantastique, et qui nous transportait alternativement dans l'observatoire du pic du Midi et dans la cathédrale de Strasbourg, tantôt sur les pas d'une petite fille qu'accompagnait un garçonnet craintif mais fasciné, tantôt sur ceux d'un jeune homme ténébreux et peut-être fou... tous désireux de contempler le fameux rayon vert évoqué par Jules Verne.
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Le rayon vert 2253160873
Jules Verne
Le Livre de Poche
Le rayon vert
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Le crépuscule de l'intelligence
De ce roman, on retiendra un nom amusant à lire et à relire : celui du positiviste, du scientiste Aristobulus Ursiclos - fameuse trouvaille, dont l'origine est encore enveloppée de mystère. Pourtant le personnage qui porte ce nom n'est là que pour retarder l'observation du phénomène optique ou atmosphérique qui donne au roman son titre et à l'aventure son prétexte, et pour servir de faire-valoir au parfait honnête homme Olivier Sinclair. D'ailleurs, le pathétique Aristobulus Ursiclos ne fait pas beaucoup d'usage, et se voit évincé de la dernière partie de l'intrigue. Le Rayon vert n'est ni le mieux construit ni le mieux écrit des romans de Jules Verne. Même la narration du sauvetage d'Helena Campbell au c½ur de la grotte de Fingal envahie par les flots déchaînés de la marée montante, qui aurait dû être le clou de ce roman, nous ennuie : techniquement, le point de vue omniscient adopté par l'auteur confère peu de relief à cette lutte de l'homme contre les éléments, et le sentimentalisme, s'il permet de ne pas effaroucher le jeune public auquel sont destinés les Voyages extraordinaires, n'est pas le ton qui convient à un épisode qui dépeint, à peine voilée sous l'évocation, plus emphatique que réellement majestueuse, d'une lutte avec l'élément minéral et avec l'élément liquide, l'étreinte charnelle de « l'intrépide jeune homme » et d'une Miss Campbell « prise de défaillance », la fusion éternellement recommencée de l'homme et de la femme... On est encore loin de l'intensité poétique à laquelle parviendra Zola, dans l'avant-dernier chapitre de Germinal (1885), lorsqu'il fera s'unir Étienne Lantier et Catherine Maheu au c½ur d'une prison naturelle de roc et de boue. Certains chapitres atteignent les cimes du comique involontaire, tant les protagonistes - oui : nos charmants héros Olivier Sinclair et Helena Campbell eux-mêmes ! - y rivalisent de grandiloquence et de pédantisme. Il en est ainsi du chapitre XIII, intitulé « Les magnificences de la mer », qui nous suggère qu'Aristobulus Ursiclos n'est peut-être pas l'antithèse d'Olivier Sinclair mais... son double. À quel excès se porte, en Jules Verne, le zèle de la pédagogie ! (Du reste, ce chapitre pourrait bien être l'une des sources de la célèbre invocation au « Vieil Océan » qui figure dans le premier des Chants de Maldoror, exercice de rhétorique saturé d'adjectifs et amalgamant en un magma presque informe divers lieux communs de la philosophie morale, que le poète s'amuse à prendre au pied de la lettre, substituant ses chimères au pittoresque descriptif attendu.) Dans le même ordre d'idées, on relira avec profit, dans Un Capitaine de quinze ans (1878), roman nettement plus réussi du même auteur, un chapitre tout aussi amusant que ces « Magnificences de la mer » : celui où un Jules Verne très conscient de sa mission éducative se met à décrire scientifiquement la « combustion spontanée » d'un être humain arrivé au dernier stade de l'alcoolisme... Zola, en 1893 dans Le Docteur Pascal, ne fera pas plus dramatique ! Je tiens encore à recommander la lecture de la farce vernienne qu'est Le Rayon vert à ceux et à celles qui ont aimé une bande dessinée parue en 1987, le premier album (récemment réédité - note d'octobre 2009) de Frédéric Boilet, qui s'intitulait aussi Le Rayon vert : un récit au rythme haletant, une histoire située à la lisière du fantastique, et qui nous transportait alternativement dans l'observatoire du pic du Midi et dans la cathédrale de Strasbourg, tantôt sur les pas d'une petite fille qu'accompagnait un garçonnet craintif mais fasciné, tantôt sur ceux d'un jeune homme ténébreux et peut-être fou... tous désireux de contempler le fameux rayon vert évoqué par Jules Verne.
René Perceur
1 août 2005
- Général:
5

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Détails de l'évaluation
Lieu : France
Classement des meilleurs critiques: 1.529
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