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5.0 étoiles sur 5 Breivik, le Templier, 5 septembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Utoya (Broché)
Nous sommes le 22 juillet 2011.
Et plus rien ne sera comme avant.
Des sirènes retentissement à Oslo devant le H-Block. Les secours s'activent parmi les blessés. Mais la police, elle, fonce ailleurs. A une quarantaine de kilomètres, les forces Delta abordent l'île D'Utoya où le parti travailliste réunit ses jeunes militants. Du camp d'été, il ne reste qu'un cauchemar de corps et de sang, de larmes et de cris. Les corps transpercés de dizaines de jeunes jalonnent le sentier des amoureux et les rivages de l'île. Les blessés hurlent à peine plus que les survivants du carnage. Les médecins, chirurgiens et autres infirmiers ne savent plus où donner de la tête et du scalpel.
D'Utoya, la belle île tranquille, il ne reste rien.
Si ce n'est un homme aux cheveux blonds et au regard de fer, un Norvégien anonyme jusqu'ici.
D'utoya, il reste Anders Breivik, le chevalier Templier.

Laurent Obertone a détonné récemment avec son essai très controversé publié par les éditions Ring, La France Orange Mécanique. Comme inévitable après cette étude sur l'ultraviolence, son second livre, un roman cette fois, s'intéresse au plus grand massacre commis en Norvège depuis la seconde guerre mondiale. Mais pas d'essai cette fois. Après avoir documenté et même surdocumenté son écrit à propos de Breivik et de son acte, Obertone livre un roman fort de plus de 400 pages. Un roman où il fait parler Breivik, où il s'immerge dans le personnage pour nous conter Utoya depuis ses préparatifs jusqu'au procès et la prison en passant par le massacre sur l'île, vécu balle par balle, minute par minute. Sobrement intitulé Utoya, le livre qui va faire bruisser le monde littéraire pendant cette rentrée littéraire, c'est bien lui. Bienvenue dans le monde d'un tueur de masses et de rêves.

Obertone choisit l'ascension par la face Nord. Pas d'ordre chronologique, pas de préambule pour poser son Breivik. Dès le début, le lecteur se retrouve en compagnie de Nilsen, un policier surarmé qui aborde l'île d'Utoya pour "sécuriser" les lieux suite à l'attentat à la bombe d'Oslo. En fait de protecteur, c'est le fossoyeur qui se terre sous le masque du policier. Rapidement, les premiers claquements retentissent, les premières victimes tombent, fauchées. Pendant ces premiers chapitres presque interminables, l'auteur décrit minute par minute l'action de Breivik sur l'île. Il décompte ses victimes une par une en coupant la parole du narrateur Breivik par des croix indiquant les morts et le trajet des balles. Ce rythme répétitif, presque désagréable à la lecture, donne le staccato de l'horreur. Une tuerie mécanique, froide, sans aucun sentiment ou presque. Presque, car Breivik sera notre guide. Pas de narrateur extérieur dans le livre d'Obertone, ici, c'est le tueur qui nous guide, c'est dans sa tête que l'on pénètre. Entre les tirs, il nous fait partager ses angoisses sur sa peur de l'échec, ou son envie de devenir un héros. On avance pied à pied avec lui face au marxisme. On se prend au jeu de la tuerie, au goût du sang. Sans jamais s'arrêter sur les victimes, on n'entend d'abord que la voix du tueur et uniquement sa version. Seul le décompte des victimes interrompt cette plongée dans la brutalité et l'horreur. C'est ça le jusqu'au boutisme choisit par Obertone pour parler d'un des massacres les plus incroyables qui soit.

Il aurait été d'une grande facilité de traiter d'Anders Breivik par un essai ou un roman à la troisième personne. Facile d'effrayer et de terroriser en racontant les actes, le procès et le manifeste du tueur. Tout le monde a déjà été choqué par l'absolue terreur de son acte, que ce soit par les journaux ou par les reportages. Mais Obertone n'est pas de cette espèce d'écrivain. Utoya nous immerge dans le personnage de Breivik, pas jusqu'au mollet ni jusqu'à la taille, mais jusqu'au cou, jusqu'à risquer l’asphyxie. Obertone adopte, embrasse le tueur pour mieux capter son essence et le représenter. Passé le massacre et l'arrestation, Breivik ne cesse de nous parler, ne cesse de nous exposer outre son procès, ses motivations et sa vision. Au risque de perdre la raison, l'auteur développe le message de Breivik. Bien loin d'en faire un repoussoir immédiat, il en fait une sorte de confident du lecteur, un frère d'armes. Il se pose réellement en Breivik et en fait un héros. Une logique absolue car, aux yeux du Norvégien, il n'y a d'autre héros en ce monde que lui. Pendant des dizaines de pages, on vibre avec lui sur ses colères et ses vues de grandeurs. On rentre dans le personnage, dans le noir complet. Entre les versets sur le courage, la pureté et la peur de l'Islamisation, Breivik digresse. Toujours. De plus en plus même au cours du récit. Il nous parle de sa vision de la femme, mysogyne et utilitariste à souhait, de sa mère et de ses amis, sans compter sur son pays.

La Norvège reste toujours au centre d'Utoya. C'est d'elle, sorte de prisme de la société Occidentale, qu'Obertone va parler. Voici un pays moderne et progressiste, englué dans ses rêves de "tout le monde peut réussir", et qui se réveille avec la gueule de bois. De la beuverie d'hier est né un monstre inavouable. Obertone fait écho à La France Orange Mécanique, ou comment la mixité culturelle et la laxité judiciaire engendre l'injustice et le rejet, et finalement, comme un abcès longuement ignoré, le monstre Breivik. L'autre versant puant du vivre ensemble forcé et jusqu'au-boutiste. Breivik, ce sont les thèses de l'impossible Melting Pot poussées à leur paroxysme, un reflet déformé et terrifiant de ce qui guette. Anonyme, le petit monstre a grandi dans l'ombre de son QI et de sa mégalomanie. Mais Obertone fait vivre Breivik dans ses pages. On ne retrouve pas simplement le Diable, on retrouve sa séduction. Il sait parler, il sait quasiment convaincre. On vibre, on rit parfois, on tremble pour lui et avec lui, on tombe d'accord sur certains points - comble de l'horreur - vraiment évidents (le passage sur son emprisonnement et le droit à son procès ultramédiatisé au lieu de l'exécution). Obertone arrive à ses fins, il ne fait pas un livre sur Breivik ni pour Breivik, mais de Breivik.

Mais cette quasi-idéalisation du tueur par lui-même se fissure. Breivik tombe parfois dans la logorrhée et dégueule toute sa haine, sur les femmes, sur les musulmans, sur les travaillistes marxistes. Entre les lignes, le tueur charismatique se révèle mégalomaniaque et narcissique, obsessif et compulsif. On découvre les témoignages de survivants entre deux diatribes, des extraits qui font mal, qui font saigner. Qui parle de balles et de membres amputés chez des adolescents de 15 à 20 ans. On découvre aussi le témoignage d'un psychiatre et d'un policier qui se répondent. Qui tente d'appréhender la nébuleuse Breivik mais ne reste que pantois devant l'horreur totale et l'acharnement phénoménal dont il a fait preuve. La Norvège voulait croire au fou, au malade mental, mais en fait de psychopathe, les voilà devant un produit de leur société et devant... un homme. Le diable une fois révélé serait un homme. Et c'est cela qui glace le sang devant Utoya, qu'Obertone transmet, que Breivik, aussi terrible que fut ses actes, ne reste qu'un homme.

Dans les dernières pages, dans son enfermement, Breivik se fragilise, perd de sa splendeur d'invincible. Celui qui a impressionné dans tout le roman montre les lézardes de ses fondations mentales. Jusqu'à cette lettre de victime qu'il nous lit, qui ébranle le lecteur et lui fait sortir la tête de l'eau, de cette tempête qui a faillit nous engloutir 400 pages durant, cet ouragan mental nommé Anders Behring Breivik. Soudain, le Templier ne se révèle qu'un petit meurtrier dont les rêves de grandeur l'ont dépassé, comme quelque chose de pathétique mais dégoûtant. Et Obertone de nous ramener à la réalité, de nous faire sortir par la porte de la cellule du Norvégien qui restera là...pour vingt et un ans...au moins. Accompli le message et le tour de force de l'auteur, de nous restituer Breivik au plus près pour disséquer la Norvège, le monde Occidentale et ses recoins sombres. Accompli le tour de force de nous faire verser dans la folie, de nous y immoler par les balles et les explosifs avant de nous faire sortir, pantelant et haletant. Une fois le livre refermé, c'est ce tueur au regard de glace que l'on semble reléguer aux oubliettes d'où il ne devrait jamais sortir. Mais le livre reste bien là, sur votre étagère, parce que d'autres finiront par venir. Il faut s'en rappeler.

Avec Utoya, Laurent Obertone assène un sacré coup. Jusqu'au-boutiste, borderline en diable, écrit avec un sens aigu de la narration et du rythme, toujours minutieusement documenté, le roman va définitivement vous mettre KO, et pas debout.
Un séisme littéraire.

"Utoya est un défi lancé à la raison"
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Message initial: 18 sept. 13 16:10:00 GMT+02:00
[Supprimé par Amazon le 23 janv. 14 14:08:00 GMT+01:00]

Publié le 18 sept. 13 16:10:46 GMT+02:00
[Supprimé par Amazon le 23 janv. 14 14:08:01 GMT+01:00]

En réponse à un message antérieur du 5 oct. 13 12:48:39 GMT+02:00
Autoportrait?

Aucun lecteur n'est assez naïf pour croire que c'est Breivik qui parle. Sans porter de jugement sur les talents divinatoires de Laurent Obertone, c'est bien lui qui écrit. C'est donc lui qu'on lit. Sa fascination pour Breivik, la complaisance académique avec laquelle il décrit les balles qui rentrent dans les corps et qui rebondissent contre les os des mâchoires et qui déchirent les organes et qui tuent sur le coup, descriptions finalement peu intéressantes, saturées de termes médicaux dont il semble très fier.

On finit par se demander si Obertone n'a pas fait son autoportrait en tueur de masse. Quand il fait dire à Breivik: «J'ai le goût de la catastrophe», ou: «Je suis du genre à passer des heures à lire les analyses des experts, les rapports de police, les calculs des ingénieurs», quand il reproduit les propos d'une psychiatre expliquant que le pseudo-Templier «est un "hyper-systemizer"», un obsédé des grands systèmes idéologiques, on pense moins au sujet qu'à l'auteur. Breivik, sous la dictée d'Obertone, explique qu'il a les yeux grands ouverts sur la réalité de l'invasion islamique de l'Europe, pendant que «les marxistes» préfèrent vivre dans leur petit fantasme multiculturel ; on retrouve là un élément de langage classique des identitaires et on se souvient qu'Obertone lui-même a plus d'une fois manié l'argument.
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Lieu : Valenciennes, France

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