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11 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile 
3.0 étoiles sur 5 Le Baron Samedi a un peu de mal à finir la semaine, 8 décembre 2013
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Baron Samedi - Livre-disque (CD)
Un album pas désagréable mais plutôt moyen de l'Indiana Jones de la chanson française.

Depuis la période post "Idées Noires" (son dernier opus sincère et novateur en date), donc de 1983 à nos jours, Nanar alterne les escales en "variété française digne" ("Voleur de Feu", "If", "Carnets de bord") et les naufrages plus ou moins complets ("Tout est permis, rien n'est possible", "Solo", "Champs du possible")

Nul n'espère plus bien sûr le voir de nouveau réaliser des disques aussi énergiquement atypiques que "Les Barbares", le génial "Pouvoirs" ou la poussée sudative de "T'es vivant", même si à l'époque son personnage artificiel de prolo à gros bras exotico-rock sentait déjà le toc et annonçait les caricatures à venir...
Mais, plus que l'esbrouffe et l'inspiration fluctuante, le problème majeur de sa discographie de ces dernières années réside, à mon humble avis, dans le manque d'audace artistique et surtout l'abominable production variétoche "FM" qui annihile souvent des chansons parfois inspirées comme c'était déjà le cas pour "Voleur de Feu".
Finalement le fait d'avoir délaissé, au début des années 80, son staff de tueurs, les impeccables Bréant, Arroyo, Lacordaire, Mahut et cie finit par être fatal à la qualité sonore de son oeuvre.

Un sursaut avait pourtant eu lieu récemment avec le beau live épuré de 2007 "Escale au Grand Rex" puis l'excellent "Causes Perdues" boosté par des compos et un chant parfois exceptionnels ("Sourire en Coin", "Je cours")
Ce n'est malheureusement pas le cas de ce "Baron" qui est de plus complètement déclassé par la production atone et sans âme de Romain Humeau, chanteur de l'insipide groupe Eiffel, dont on se demande comment il s'est retrouvé producteur de Lavilliers. On ne dira jamais assez le rôle néfaste de certains arrangeurs/producteurs dans pas mal de ratages de la chanson hexagonale.

Il est donc difficile d'être ensorcelé par ce "Baron Samedi" tellement il est peu inspirant, et même un des rares morceaux qui fait un moment dresser l'oreille, "Vivre Encore", retombe comme un soufflet lorsqu'on réalise qu'il n'est qu'une resucée de son propre "Nicaragua" de jadis :

"Vivre là, survivre là, dormir là
Sur la fissure, sans être sûr
De vivre encore, survivre encore, aimer encore
La liberté jusqu'à la mort
Si c'est possible"

Une écoute attentive nous révèle ensuite un texte bourré de lieux communs Lavillieresques ("sang" "mort" "blessure" "amour" etc) qui sent vraiment le procédé:

"Quand tu n'entends plus
Dans ton cœur trop lourd
Battre ton sang noir
Voiler les tambours"

...qui nous renvoie là encore à un autre morceau ancien :

"Pour les morts
Qui ont le coeur lourd
Les tambours
Battent aussi pour
Ton amour"
("Seigneur de Guerre" 1983)

Mais à lire le bon nombre de réactions enthousiastes à cet album (à défaut de vraies critiques argumentées) publiées sur Amazon on se dit que peu importe pour certains de ses fans que Lavilliers leur serve de la soupe auto parodique: du moment qu'elle a le goût de ce qu'ils attendent, ils sont toujours contents.

Le reste n'est pas indigne (Lavilliers ne fait tout de même pas du Biolay ni du Raphaël) mais les mélodies manquent tant de relief et les textes sont parfois si convenus qu'ils sonnent presque aussi fades que du Romain Didier ou du Gilbert Lafaille, c'est-à-dire qu'on y entend de la gentille chanson française "à texte" ("Villa Noailles", "Vague à l'âme") ou au mieux du sous-Gainsbourg ("Jack") ou simplement donc du sous-Lavilliers...
"Sans fleurs ni couronnes", beau texte pudique dédié à sa mère défunte, manque d'une mélodie à son niveau et le lourdaud "Y'a pas qu'à New-York" semble pasticher ses tubes cuivrés des années 80.
On n'y retrouve plus guère le parolier un peu roublard mais virtuose de "Pigalle la Blanche" ou de "Nightbird", le mélodiste subtil d' "Attention Fragile", de "Betty" ou d'"Extérieur Nuit" et le tout donne au final un album trop soft, "agréable à écouter", qui ne se différencie pas d'autres productions formatées actuelles.

Quant au long poème de Cendrars, il y a un certain panache à le sortir dans le paysage d'une chanson française en pleine décadence pollué par les affligeants "M" Chedid, Grande Sophie, Julien Doré et consorts...Mais, bien que récité avec sobriété ( on peut tout de même préférer la version qu'en avait fait Bohringer ) son accompagnement musical, là aussi, alourdi tellement d'ennui ce "Transsibérien" qu'il roule vraiment à petite vitesse et peine à arriver à destination.

_________________________________________________________________________

PS : il est amusant de lire ici et là (et aussi chez certains chroniqueurs de ce disque sur Amazon) les lieux communs habituels sur Lavilliers :
"Le chanteur des ouvriers", "le compagnon de route du parti Communiste" (???????) et le voyageur intrépide aux mille aventures bariolées...

Revenons sur terre et surtout dans le Shobize : Lavilliers a bâti sa légende en mentant comme un arracheur de dents du Mato Grosso, moitié par mythomanie, moitié pour asseoir son image auprès d'une presse servile et d'un public avide de se rêver une vie qu'il ne peut mener...
Sauf que Lavilliers non plus n'a en réalité jamais mené une pareille existence à la Corto Maltese !

Je conseille à ce sujet de lire l'intéressante bio du "Grand Fauve d'Amazone" (ce serait plutôt le "Grand faux d'Amazone"...) récemment publiée par le critique Stéphanois Michel Kemper intitulée "Les Vies Liées de Lavilliers" (disponible chez Amazon, ce qui va de soi s'agissant de notre "Gringo")

Une des révélations de ce bouquin qui me fait encore le plus rire est la suivante : Nanar a prétendu avoir été insoumis au service militaire dans les années 60 et en conséquence enfermé par les autorités en..."forteresse" à Metz (J'avoue avoir tiqué le jour où j'ai lu ça dans une de ses interviews...Bigre, on est où là ? Dans les steppes de la Russie Tsariste ???...)
Voilà pour les bobards. Mais en réalité, Nanar a tout simplement été...exempté du service militaire vu qu'à l'époque il était déjà...marié, eh oui !

Lisons des morceaux choisis de la notice bio de RFI digne d'une roman de gare (Wikipedia n'est pas mal non plus dans le genre):

"Pratiquant la boxe depuis l'âge de 13 ans (????????), commençant même à participer à de petits combats..."
-( Lavilliers a prétendu avoir disputé des matchs de boxe ; mais il n'y a aucune trace de ses combats dans les annales de ce sport...)

"En 1962, il passe un contrat avec son père et apprend le métier de tourneur sur métaux. Il gagne ainsi sa vie jusqu'en 1965 comme ouvrier P3"
-( En réalité Nanar n'a bossé comme O.S que quelques mois et son père était secrétaire administratif et non ouvrier...)

"Pour fuir cet avenir bouché et cet environnement gris, il part pour le Brésil, qu'il croit être un nouvel Eldorado. Débarquant à Rio, il essaie sans succès de devenir docker. Puis il fait cap au Nord : Salvador de Bahia, puis Belem, où il est engagé comme chauffeur de camion. C'est l'aventure de l'Amazonie : chaleur, insécurité des routes et vétusté des camions, … un épisode mouvementé de sa vie."
-( Là, après "Germinal", "Colditz" et "Ragging Bull", on est carrément dans le "Salaire de la Peur"... Pas besoin d'aller chez le photographe pour avoir des clichés à foison et il ne manque plus que les coupeurs de tête et les camions chargés de dynamite...En vérité, Nanar n'est enfin parti en Amérique Latine et n'a commencé a bourlinguer que bien plus tard-et avec tout le confort nécessaire- c'est-à-dire lorsqu'il a commencé à gagner assez d'argent pour le faire, à peu près à l'époque d' "O Gringo"...)

"Après cette année et demie au Brésil, il rentre en France via les Caraïbes, l'Amérique centrale et l'Amérique du Nord. Mais à son arrivée, il découvre que l'armée française ne l'a pas oublié. Elle le considère comme insoumis : bataillon disciplinaire en Allemagne et forteresse à Metz en Lorraine"
ETC...

Lavilliers est un auteur/chanteur de grand talent mais il prend parfois les gens pour des demeurés. Allez, Nanar, on t'en veut pas !
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Afficher les messages 1-6 sur 6 de cette discussion.
Message initial: 10 déc. 13 17:34:11 GMT+01:00
PRUNELLE dit:
Ce qui me plait,c'est d'écouter de la bonne musique,des belles chansons bien écrites et B.Lavilliers sait si bien le faire;mais si ces gens se construisent un personnage,çà fait rêver et puis alors? En tout cas,"radoter" sur la vie privée des artistes,c'est bon pour les "concierges" qui n'ont rien d'autre à faire...

En réponse à un message antérieur du 10 déc. 13 19:21:08 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 31 janv. 14 09:12:12 GMT+01:00
joan dit:
Personne ne "radote", madame Prunelle, sur la "vie privée" des artistes, comme vous le dites dans votre aimable message !

Permettez-moi de faire remarquer que :

1) D'abord, la vie que Lavilliers s'est fabriquée et a vendue aux médias et à son public n'est pas du tout..."privée", pour la bonne raison que c'est lui qui l'a rendue...publique !

Du reste, le bouquin de Kemper que j'ai évoqué est une biographie critique mais très respectueuse de Lavilliers et de sa vie privée et ne s'occupe jamais de ragots de "concierges", de coucheries ou d'autres détails intimes. C'est une très bonne bio consacrée à un personnage finalement assez romanesque, mais pas de la façon dont les clichés qu'il a propagé le dépeignent. Il décrit la vérité, bien plus passionnante que la légende à trois sous, du parcours, de la fin des années 60 aux débuts de ses premiers succès, d'un type acharné à percer dans le shobize et c'est aussi la peinture de toute une époque.
Je vous invite vraiment à la lire, et je vous assure qu'après lecture Nanar ne vous en paraîtra que plus attachant car plus humain que l'image chromo qu'il persiste à se donner.

2) S'agissant du verbe "radoter", il a un sens précis qui ne s'applique pas en ce qui me concerne...

Définition du verbe "Radoter" :
1) Tenir des propos, des discours dénués de sens ou peu cohérents : "Vieillard qui commence à radoter".
2) Répéter de façon ennuyeuse les mêmes propos, les mêmes thèmes :" Rien de nouveau dans sa conférence, il radote".

Ce terme s'appliquerait bien plutôt à Nanar qui nous assène depuis 30 ans les mêmes mensonges, ne croyez-vous pas ?

D'autre part il est surprenant de lire qu'à partir du moment où il nous "ferait rêver" un artiste serait en droit de mentir sur sa vie. Ainsi il serait autorisé à proférer des mensonges que personne pourtant ne tolèrerait venant d'un autre ?
D'autre part, des siècles de réflexion sur la fonction de l'artiste n'ont jamais conclu que celui-ci devait faire "rêver". L'artiste n'a pas à être un opium du peuple. Au contraire sa fonction la plus noble, le privilège de son art relève exactement du contraire: apporter au monde plus de vérité, s'efforcer d'éclairer les aspects du réel que d'autres ne voient pas, et même apporter la désillusion face à un monde qui se paie de mots, de conventions et de mensonges.

Enfin, il me semble qu'à partir du moment où un personnage public assume une certaine image, il s'expose à ce qu'elle soit, si elle est fausse, un jour ou l'autre démentie. C'est un risque logique et nul n'est fondé, ni lui, ni ses "fans", à aller se plaindre si cela se produit.
Ce qui est inquiétant dans votre réaction, c'est qu'elle montre que de nos jours une des éthiques les plus universelles, celle qui a longtemps vu le faux témoignage comme une faute, ne signifie plus rien du tout.
Le mensonge, surtout s'il n'est pas justifié, n'est jamais défendable.
Il y a pire : s'il est justifié dans un but d'image publique, il répand la fraude non sur une ou deux personnes mais sur une multitude de gens, des gens qui achètent vos CD, vos bouquins ou que sais-je, et à qui vous n'hésitez pourtant pas à mentir continuellement. C'est une très vilaine chose...!
Et l'idolâtrie aussi est une vilaine chose. Rien ne doit être préféré à liberté et à la vérité. Et idolâtrer un artiste au point d'accepter tout ce qu'il racontera et de trouver super même ses oeuvres les moins bonnes, c'est renoncer à la fois à l'une et à l'autre.

A part ça, je n'ai fait allusion à la bio de Nanar que de façon gentiment ironique, sans plus, le reste causait de son dernier cd...
Mais je vous avoue que je m'attendais tout à fait à tomber sur quelque réaction "ayatollesque" ...On a tout de même encore le droit de rigoler, j'espère, rassurez-moi...ou sinon, quel triste pays nous sommes devenus !
Très cordialement.

En réponse à un message antérieur du 19 févr. 14 20:32:25 GMT+01:00
Bravo pour votre chronique ainsi que, pour sûr, votre "réplique" (aux quatre lignes de la nana -peu inspirée celle-là-). j'aimerais bien pouvoir "radoter" comme vous le faites (et sans fautes d'orthographe ou de grammaire, de surcroît, car ce n'est pas ce qui manque sur ce site comme sur d'autres...) Je n'ai pas encore écouté le dernier album du "Nanar" mais je tâcherai de le faire sans a priori bien que cela va sans doute s'avérer difficile après avoir lu vos propos particulièrement argumentés (ou "radotés", comme dirait l'autre...) J'avais bien aimé ses deux précédents albums : ils évitaient habilement les errances instrumentales de ces fichues années 80, Higelin s'y étant également fourvoyé avec l'album "Aï" (mais le morceau-titre en question rattrapait quand même la "sauce", un certain Mahut y jouant d'ailleurs quelques percus...)

En réponse à un message antérieur du 21 févr. 14 12:04:01 GMT+01:00
joan dit:
Merci, c'est sympa de votre part d'avoir zieuté mon humble avis sur ce "Baron Samedi" sans a priori...
Et ça change des habituelles réactions agressives !
Donnez-nous votre impression sur ce disque du sacré Nanar, je la lirai avec intérêt. Ai-je été trop dur ? Je ne pense pas, car j'essaye vraiment de ne pas exprimer d'avis négatifs sans réels motifs et sans argumenter.
Le problème avec Amazon c'est qu'on a souvent ou bien des avis de fans aveuglément laudatifs ou bien d'autres opinions qui dézinguent pour le plaisir de dézinguer. Souvent jusqu'à l'absurde: par exemple, je viens juste de lire un commentaire relatif au classique bouquin de Louis Massignon sur la "passion d'Al Hallaj" qui le qualifie de...nul et sans intérêt...Même chose sur un chef d'oeuvre de Kierkegaard...! Faut le faire.

Pour en revenir à ce "Baron", il fait pale figure à côté des deux derniers de Lavilliers. J'aime surtout beaucoup "Causes perdues", la production y est chaleureuse, les instruments bien distingués, les compos correctes et Nanar fait une performance vocale de premier plan sur "Je cours" que je considère être une immense chanson à la fois pleine de force et d'auto-dérision, fait plutôt rare chez Lavilliers.
Hélas dans ce "Baron" la prod est sans relief et les morceaux plus que moyens, Lavilliers semblant même s'ennuyer à chanter ce type de pensum.

D'accord à 100% avec vous sur le "Aï" de Higelin qui porte bien son nom: c'est un album qui fait mal à écouter.
Mais Higelin c'est un peu comme Léonard Cohen: ayant signé des albums hors-du-commun jusqu'à, à mon avis du moins, "Higelin 82" inclus, après ce fut la cata presque ininterrompue, et en grande partie à cause des horribles productions de ses albums qui neutralisaient parfois des compositions ponctuellement honnêtes.
Commes vous dites : fichues années 80 ! Et 90 et 2000 assez souvent...Ah que revienne les sons bruts et humains des années 60 et 70...!
Cordialement.

Publié le 24 févr. 14 08:42:00 GMT+01:00
vivaminata dit:
Je suis globalement d'accord! et bien déçue par ce CD!!!!Snifff

En réponse à un message antérieur du 24 févr. 14 08:58:14 GMT+01:00
joan dit:
Oui, snifff...
Mais ne vous désolez pas, Nanar nous sortira un chef-d'oeuvre la prochaine fois. C'est un peu devenu son rythme : un bon album sur deux.
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