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12 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Musique, vraiment ?, 8 septembre 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Goldberg Variations (1981) (CD)
30 ans après la sidération que provoqua cet enregistrement – qui ne ressemblait à rien de connu, pas même chez Gould ; qui tournait insolemment le dos à la vague montante des interprétations sur instruments anciens, mais dont la perfection digitale, mentale et sonore, la réussite esthétique intrinsèque, semblaient rendre vaine a priori, et même insensée, toute question d'exactitude historico-musicologique (à quelle fin compose-t-on et écoute-t-on de la musique, en dernière analyse ?) – 30 ans après, oui, que reste-t-il de nos amours ? Cet enregistrement débordant de rigueur enchantée et de fantaisie savante, d'une pulsion intellectuelle et vitale inégalée, méritait-il vraiment qu'on l'écoute pendant des décennies, et que tant de monde continue à considérer ce « best-seller » invraisemblable comme une sorte d'absolu du piano, de Bach, et peut-être de la musique même ? Un tel succès ne pouvait-il pas s'expliquer par la démagogie médiatique du pianiste d'un côté (l'excentricité, ça paye toujours, dans la société du spectacle), et l'amateurisme inculte de son public de l'autre ?
Je dois donc avouer l'avoir délaissé, depuis quelques années : après des centaines d'écoutes, avoir usé vinyles et CDs de ses rééditions successives sur tous les supports possibles, j'avais l'impression d'en connaître le moindre souffle (le moindre grognement aussi...), j'en voyais venir 20 mn à l'avance la moindre inflexion, je guettais l'arrivée de tel ou tel passage pour vérifier une fois encore que « c'était aussi bien que la dernière fois ». J'ai mis le temps, notez bien, à passer à autre chose, et ce n'est pas si courant (ça doit être ça, l'amour !). Mais de toute façon je le savais par cœur, et le timbre même de ce Yamaha-là, si caractéristique, était gravé au fond de mon cerveau, et y résonnait encore à volonté.
Il était vraiment temps de changer, sauf à y perdre définitivement la raison : alors j'ai écouté systématiquement d'autres compositeurs, d'autres pianistes, pour oublier ça. J'ai même fini par acheter les Goldberg de Leonhardt et celles de Scott Ross – no comment. Pour ne pas se dire, non plus, qu'il n'y avait plus rien à découvrir après « lui » (quelle désolation, sinon, à 20 ans...). Oublié, le Gould ! Evité, l'hurluberlu, lorsqu'il s'agissait de choisir un CD dans la discothèque (surbookée depuis) !
Et puis voilà : ça faisait peut-être 5 ans que je ne l'avais plus écouté, et je l'ai remis en piste, ce disque qui me brûlait les doigts, et dont je n'avais plus vraiment le désir. Juste comme ça, négligemment, pour voir. J'avais même envie que ça ne me plaise plus, de pouvoir me moquer de mon fanatisme, de ma naïveté, de mes illusions et de mon ignorance passés, et d'en finir « une bonne fois » avec lui.
Et là...
La MEME lumière aveuglante que la première fois, exactement la même. La même EVIDENCE, sidérale et sidérante. La même révélation, la même dessillation. Une nouveauté et une clarté qui décantaient ou balayaient à nouveau tout ce que j'avais entendu entre les deux, ou presque (et pourtant, il y en avait eu), parce que cela semblait relever de tout autre chose que la musique même, en fait. Et je le connaissais encore par cœur, évidemment, mais rien n'y a fait : j'étais aussi époustouflé, quand je voulais ne pas l'être. 30 ans, et toujours neuf, toujours original, sans la moindre trace de « démodé » ou de « dépassé » – comme s'il s'était toujours situé, de toute façon, à l'écart des modes et même, osons le dire, de l'histoire (et pas seulement celle de l'interprétation ou de la musique...). A l'écart même du temps physique. Et peut-être très au-delà encore d'un phénomène MUSICAL, oui, de la musique même, de ce qu'on croit que c'est, et ce que c'est qu'en faire, en composer, en jouer, en enregistrer, en écouter. A l'écart en tout cas, et sûrement, de tout ce qui a été fait en musique, et surtout de la façon même de concevoir la musique en général depuis toujours (dans l'horizon d'une activité humaine et culturelle) : une « proposition » inédite d'activité ou de mode d'existence, plutôt, A PARTIR de ce qu'on appelle habituellement « musique », laquelle n'est finalement plus ici qu'un prétexte à tout autre chose, que je préfère ne pas même essayer de nommer.
Il y a des miracles, comme ça – pas beaucoup. Pourquoi bouder son plaisir alors ? Au nom de quelle norme ?
Depuis, je le remets de temps en temps sur ma platine. Pas trop non plus : une ou deux fois par mois – il ne faut pas abuser des moments d'apnée, d'exaltation amoureuse ou religieuse, de jubilation intellectuelle, ni dépasser sans doute la dose de dopamine prescrite par les Facultés et autres Académi(sm)es.
Et c'est bien ainsi, un bon rythme, pour tenir jusqu'au bout. Pas trop de Gould.
Mais en alternance quand même avec ses dernières sonates de Haydn, que je mets au même niveau, voire plus haut encore, parfois.
Et puis son récital Byrd/Gibbons (idem).
Et ses Partitas et Toccatas de Bach.
Et la Suite de Schoenberg.
Et la Sonate de Grieg.
Et Hindemith.
Et...
Alors ?!? Il en valait la peine, ce disque ? La réponse est oui, évidemment. Cent et mille fois oui. Sans fin oui.
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Message initial: 19 sept. 12 20:09:02 GMT+02:00
Emerek dit:
pas facile de dire... l'indicible, et ma foi, vous vous en sortez joliment bien !

En réponse à un message antérieur du 30 sept. 12 23:07:19 GMT+02:00
Merci, je suis très touché. Gould est tellement présent...
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Lieu : Bayeux, Normandie

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