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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Très dérangeant et magnifiquement maîtrisé., 26 août 2013
Ce commentaire fait référence à cette édition : Stoker [Blu-ray] (Blu-ray)
Park Chan-Wook est connu pour ses films coréens violents et dérangeants. Old Boy est le plus connu, mais d’autres œuvres comme Sympathy for Mr Vengeance, Lady Vengeance ou encore Thirst sont loin de dépareiller dans sa filmographie. Mais on a déjà vu plusieurs cinéastes asiatiques se planter complètement en immigrant aux US. « Stoker » était donc un pari risqué, que Park remporte haut la main.

L’histoire est centrée autour de trois personnages : tout d’abord India, à la frontière entre grande adolescente et jeune femme (Mia Wasikowska, un tout petit peu âgée pour le rôle, mais très pro), et sa mère Evelyn (Nicole Kidman, sans surprise mais impeccable). Le père et mari vient de mourir quand, le jour de l’enterrement, apparaît comme sorti de nulle part Charles (Matthew Goode), un mystérieux frère que les proches regardent de travers. Celui-ci s’invite chez les deux femmes, et commence à devenir très envahissant...

Le film tient pour l’essentiel sur les épaules de Wasikowska et Goode. Ce dernier utilise les multiples facettes de son regard froid et magnétique pour déployer son potentiel de séduction et susciter tout le malaise dont il est capable. Et c’est absolument bluffant. Ce garçon est capable d’incarner le sympathique beau-frère dans Match Point comme le terrible Ozymandias dans Watchmen, et voilà qu’il combine les deux sans effort apparent. Il vole toutes les scènes où il figure, et nous procure un plaisir coupable à le haïr tout en restant fascinés. Il est tout simplement incroyable. Mia Wasikowska, quant à elle, joue ici comme une coréenne. Son visage reste relativement impassible pendant la plupart du film, mais elle parvient à nous transmettre les émotions et contradictions qui bouillonnent dans son personnage, et menacent d’exploser. La performance mérite le détour. Nous sommes très loin de personnages américains classiques, et pourtant cela ne paraît jamais déplacé ni forcé. Park Chan-Wook a très bien su s’adapter sans perdre ses repères : sa direction d’acteurs est aussi précise que sans faille.

Côté mise en scène, outre une caméra magnifique, il est à noter tout un jeu de couleurs particulièrement inventif. Le blanc et le noir symbolisent l’enfance, entre pureté innocente et deuil qu’il faudra faire de cette époque vue comme bénie. Le vert, omniprésent au début du film, est la couleur de la nature, et en réalité de la chasse. C’est la couleur du père absent et pourtant encore omniprésent. Le gris est porté par Charles comme le pelage d’un loup prédateur. Enfin, le jaune devient la couleur de la sensualité féminine, qui apparaît au départ seulement dans les vêtements d’Evelyn ; mais si la maison paraît intégralement tendue de vert au début, la caméra va nous révéler de plus en plus de jaune (papiers peints) au fur et à mesure que l’intrigue progresse : India est en train de s’éveiller à sa féminité adulte. Le jeu sur la signification des vêtements se prolonge avec les chaussures, notamment celles d’India. Elle a reçu un paire identique tous les ans depuis son enfance, mais c’est bien son oncle qui va lui offrir sa première paire d’escarpins, sous le regard affolé de sa mère. La métaphore est évidente.

Park Chan-Wook retrouve sa thématique récurrente de la prédation. Elle était au premier plan de sa trilogie de la vengeance, mais aussi de Thirst, adaptation très surprenante (et réussie) de Thérèse Raquin en histoire de vampire coréen. Cependant, il traite ici une nouvelle thématique : celle du passage à l’âge adulte et de la perte de l’innocence. C’est un grand classique des films hollywoodiens (Stand by me, ou American Beauty par exemple, mais aussi rien que pour la même année (2013) : Mud, L'Odyssée de Pi, Le Monde de Charlie, ou After Earth), mais Park Chan-Wook parvient à en produire une version tout à fait originale.

Enfin, notons que l’essentiel des problématiques du film sont introduites en voix-off dès le début, en deux phrases : « Une fois que l’on a compris que l’on ne peut aller contre sa nature, alors on devient véritablement libre. L’acceptation de cela est nécessaire pour devenir adulte. » Ces propositions sont évidemment très discutables, mais « Stoker » va chercher à les illustrer rigoureusement. Très rapidement se pose la question de la nature des personnages. India est-elle une prédatrice ou bien ne reproduit-elle ses réflexes de chasseresse que par fidélité à la figure paternelle ? Est-elle en train de réaliser sa nature innée, ou bien quelle est la part d’acquis dans son comportement ? Quelle est la nature réelle de Charles ? Lui et feu son frère Richard ont-ils la même ? Pour mieux répondre aux questions de l’inné et de l’acquis c hez India et Charles, il faut nous reporter alors sur le personnage qui est à la fois le plus central et le plus absent (et pour cause : tout débute à son enterrement !) : Richard, le frère, père et mari aimé. Le drame du film tient en réalité sur le fait malheureux que Richard fut trop aimé : son frère voulait son amour pour lui seul, et son épouse se trouva délaissée car elle était jalouse de la relation entre India et son père. Pourtant, on réalisera à la fin du film que celui-ci n’avait fait que son devoir de père attentif : la préparer à devenir adulte et savoir affronter les prédateurs que le monde recèle.

Je recommande « Stoker » à ceux qui aiment les films taiseux, où la psychologie des personnages n’est pas verbalisée mais passe par le jeu impeccable de ses acteurs ainsi qu’une foule de détails introduits par une mise en scène très travaillée. Le rythme pourra paraître un peu lent, mais jamais on ne s’ennuie. Il faut enfin prévenir que l’ambiance générale de « Stoker » flirte en permanence avec le malsain, dont Park Chan-Wook n’hésite pas à franchir la frontière à plusieurs reprises. La violence est bien présente, parfois contenue, parfois explicite. « Stoker » est dur, dérangeant et superbe, s’adressant plus aux amateurs de films d’auteur, mais tout à fait accessible au grand public. Pour ceux qui se retrouvent dans ce type de spectacle, ne le ratez pas !
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FX de Vasselot
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