26 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile
Les carnets secrets de la République !, 20 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : MANIPULATIONS, une histoire Française (DVD)
Produit par Christophe Nick (né en 1958 et réalisateur notamment de 'Chroniques de la violence ordinaire' et de 'Ecole(s)') et mis en images par Jean-Robert Viallet (né en 1970 et réalisateur notamment de 'La mise à mort du travail' et de 'Le temps de cerveau disponible' pour Christophe Nick) avec la collaboration du grand journaliste d'investigation Pierre Péan (né en 1938 et auteur notamment de 'TF1, un pouvoir' en librairie et 'Les Irlandais de Vincennes' à la télévision avec Christophe Nick) secondé par Vanessa Ratignier ('La résistance' avec Christophe Nick, ou comme quoi les bons journalistes d'investigation français travaillent main dans la main et c'est vraiment bien !), 'Manipulations, une affaire française' est un documentaire en six parties de 55mn chacune sur la fameuse affaire 'Clearstream' à laquelle le réalisateur Daniel Leconte s'était intéressé en premier au travers de son 'Bal des menteurs'. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce documentaire-ci, c'est le fait qu'il n'est pas question que de l'affaire elle-même (quelque passionnante qu'elle soit), mais, bien au-delà de l'affaire en tant que telle, des mécanismes du pouvoir : cet époustouflant documentaire nous fait en effet cheminer dans le labyrinthe des zones grises de la forteresse des secrets de la République et le résultat est décapant ! Les principaux acteurs de l'affaire sont connus : les frères Lahoud et plus précisément Imad Lahoud (le financier devenu agent secret), Jean-Louis Gergorin (le vice-président d'EADS), Dominique de Villepin, le général Rondot et le journaliste Denis Robert. Tous furent emportés par une tornade nommée 'Clearstream', une sorte de banque des banques, luxembourgeoise, créée au départ pour enregistrer (un peu comme un notaire) les transactions mondiales de banque à banque (une 'chambre de compensation' en langage bancaire), qui s'est petit à petit transformée en banque tout court acceptant l'ouverture de comptes (un compte officiel publié offrant la possibilité d'ouvrir un sous-compte officieux non-publié... ; par après, il fut même possible d'ouvrir directement uniquement ces sous-comptes sans devoir avoir de compte et donc devoir rendre des comptes...) et fidélisant ainsi d'autres banques, de grands groupes industriels et même des Etats, mais aussi le crime organisé. Et c'est là que les choses deviennent particulièrement intéressantes : l'argent sale qui se gagne aujourd'hui de par la planète (grâce au commerce de la drogue, du sexe, des armes -les ventes illégales-, des organes, etc.) représente une masse financière colossale, largement supérieure à celle que produit l'économie mondiale officielle ; et bien sûr, les moines-soldats du libéralisme le plus effréné estiment ne pas pouvoir se passer de cet argent et donc ils le récupèrent en le faisant transiter par ces 'chambres de compensation' qui font entrer l'argent sale strictement discrètement via les sous-comptes officieux non-publiés et le font ressortir 'blanchi' via les comptes officiels publiés grâce à un jeu d'écriture savant (« avanies et framboises » aurait entonné l'excellent Bobby Lapointe). C'est dans cet univers impénétrable de probabilités et de processus aléatoires (qui tient les non-initiés que nous sommes gentiment, et si nécessaire même moins gentiment, à l'écart) que les auteurs (un immense merci et bravo à eux : leur entreprise de vulgarisation économico-politique n'a pas dû plaire à certains !) nous font pénétrer quand même grâce aux fissures de celui-ci : en sous-main et à l'abri des regards, le business et le crime se donnent la main, profitant des poches d'opacité offertes par un système aussi organisé que le crime dont il profite, un système en l'occurrence d'ententes et de dérives animé par des joueurs aux motivations multiples et aux rêves de puissance inavouables (fonds d'investissements, industries de la défense, services secrets, terroristes, cercles du pouvoir) qui brouillent savamment les pistes en experts du maquillage/maquignonnage organisé qu'ils sont. Conclusion : « There's something wrong in Paradise » : ce sont « les gangsters qui contrôlent l'affaire » et regarder, à l'heure de la mondialisation financière, des paradis fiscaux et du financement occulte des politiques (ceux-là même qui sont censés faire le ménage dans tout ce système !), ce thriller, qui nous plonge (vite une douche !) dans les abîmes du capitalisme financier, relève du devoir de vigilance ! A noter : si vous voulez comprendre comment un tel système a pu se mettre en place, n'hésitez pas à regarder également le salutaire documentaire-plaidoirie contre le capitalisme effréné 'La stratégie du choc' (au départ, un livre de Naomi Klein, une journaliste militante altermondialiste canadienne, datant de 2007 ; à l'arrivée, un documentaire illustrant ce livre réalisé par le britannique Michael Winterbottom -'Welcome to Sarajevo' et 'The road to Gantanamo'-) Et si vous avez un peu froid dans le dos après tout cela, n'hésitez pas à prendre un bon grog et à vous coucher. Mais peut-être aussi que tout cela fera naître en vous une irrésistible envie de rejoindre certaines personnes qui commencent de s'en indigner en public : si tous les gens biens du monde se donnaient la main... (on peut toujours rêver, d'autant plus que finalement c'est l'espoir qui fait vivre !)
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ?
MANIPULATIONS, une histoire Française B005TLWOKE
Emmanuelle Yacoubi
France Télévisions Distribution
MANIPULATIONS, une histoire Française
Bienvenue
Les carnets secrets de la République !
Produit par Christophe Nick (né en 1958 et réalisateur notamment de 'Chroniques de la violence ordinaire' et de 'Ecole(s)') et mis en images par Jean-Robert Viallet (né en 1970 et réalisateur notamment de 'La mise à mort du travail' et de 'Le temps de cerveau disponible' pour Christophe Nick) avec la collaboration du grand journaliste d'investigation Pierre Péan (né en 1938 et auteur notamment de 'TF1, un pouvoir' en librairie et 'Les Irlandais de Vincennes' à la télévision avec Christophe Nick) secondé par Vanessa Ratignier ('La résistance' avec Christophe Nick, ou comme quoi les bons journalistes d'investigation français travaillent main dans la main et c'est vraiment bien !), 'Manipulations, une affaire française' est un documentaire en six parties de 55mn chacune sur la fameuse affaire 'Clearstream' à laquelle le réalisateur Daniel Leconte s'était intéressé en premier au travers de son 'Bal des menteurs'.
Ce qui est particulièrement intéressant dans ce documentaire-ci, c'est le fait qu'il n'est pas question que de l'affaire elle-même (quelque passionnante qu'elle soit), mais, bien au-delà de l'affaire en tant que telle, des mécanismes du pouvoir : cet époustouflant documentaire nous fait en effet cheminer dans le labyrinthe des zones grises de la forteresse des secrets de la République et le résultat est décapant !
Les principaux acteurs de l'affaire sont connus : les frères Lahoud et plus précisément Imad Lahoud (le financier devenu agent secret), Jean-Louis Gergorin (le vice-président d'EADS), Dominique de Villepin, le général Rondot et le journaliste Denis Robert. Tous furent emportés par une tornade nommée 'Clearstream', une sorte de banque des banques, luxembourgeoise, créée au départ pour enregistrer (un peu comme un notaire) les transactions mondiales de banque à banque (une 'chambre de compensation' en langage bancaire), qui s'est petit à petit transformée en banque tout court acceptant l'ouverture de comptes (un compte officiel publié offrant la possibilité d'ouvrir un sous-compte officieux non-publié... ; par après, il fut même possible d'ouvrir directement uniquement ces sous-comptes sans devoir avoir de compte et donc devoir rendre des comptes...) et fidélisant ainsi d'autres banques, de grands groupes industriels et même des Etats, mais aussi le crime organisé. Et c'est là que les choses deviennent particulièrement intéressantes : l'argent sale qui se gagne aujourd'hui de par la planète (grâce au commerce de la drogue, du sexe, des armes -les ventes illégales-, des organes, etc.) représente une masse financière colossale, largement supérieure à celle que produit l'économie mondiale officielle ; et bien sûr, les moines-soldats du libéralisme le plus effréné estiment ne pas pouvoir se passer de cet argent et donc ils le récupèrent en le faisant transiter par ces 'chambres de compensation' qui font entrer l'argent sale strictement discrètement via les sous-comptes officieux non-publiés et le font ressortir 'blanchi' via les comptes officiels publiés grâce à un jeu d'écriture savant (« avanies et framboises » aurait entonné l'excellent Bobby Lapointe).
C'est dans cet univers impénétrable de probabilités et de processus aléatoires (qui tient les non-initiés que nous sommes gentiment, et si nécessaire même moins gentiment, à l'écart) que les auteurs (un immense merci et bravo à eux : leur entreprise de vulgarisation économico-politique n'a pas dû plaire à certains !) nous font pénétrer quand même grâce aux fissures de celui-ci : en sous-main et à l'abri des regards, le business et le crime se donnent la main, profitant des poches d'opacité offertes par un système aussi organisé que le crime dont il profite, un système en l'occurrence d'ententes et de dérives animé par des joueurs aux motivations multiples et aux rêves de puissance inavouables (fonds d'investissements, industries de la défense, services secrets, terroristes, cercles du pouvoir) qui brouillent savamment les pistes en experts du maquillage/maquignonnage organisé qu'ils sont.
Conclusion : « There's something wrong in Paradise » : ce sont « les gangsters qui contrôlent l'affaire » et regarder, à l'heure de la mondialisation financière, des paradis fiscaux et du financement occulte des politiques (ceux-là même qui sont censés faire le ménage dans tout ce système !), ce thriller, qui nous plonge (vite une douche !) dans les abîmes du capitalisme financier, relève du devoir de vigilance !
A noter : si vous voulez comprendre comment un tel système a pu se mettre en place, n'hésitez pas à regarder également le salutaire documentaire-plaidoirie contre le capitalisme effréné 'La stratégie du choc' (au départ, un livre de Naomi Klein, une journaliste militante altermondialiste canadienne, datant de 2007 ; à l'arrivée, un documentaire illustrant ce livre réalisé par le britannique Michael Winterbottom -'Welcome to Sarajevo' et 'The road to Gantanamo'-)
Et si vous avez un peu froid dans le dos après tout cela, n'hésitez pas à prendre un bon grog et à vous coucher. Mais peut-être aussi que tout cela fera naître en vous une irrésistible envie de rejoindre certaines personnes qui commencent de s'en indigner en public : si tous les gens biens du monde se donnaient la main... (on peut toujours rêver, d'autant plus que finalement c'est l'espoir qui fait vivre !)
Le voyageur immobile
20 novembre 2011
- Général:
5

|
Détails de l'évaluation
Classement des meilleurs critiques: 25
|