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4.0 étoiles sur 5 Saint-Saëns, encore et toujours méconnu ?, 10 janvier 2014
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Saint-Saëns : Les 5 Symphonies (CD)
Camille Saint-Saëns, "Les Cinq Symphonies", Orchestre National de l'ORTF, Jean Martinon, 1975, 2CD EMI 2003, notice français, anglais et allemand.

Contrairement à une légende tenace, la France a produit des symphonistes : César Franck, Saint-Saëns, Vincent d'Indy, Charles Tournemire, le grand oublié (huit symphonies)*, Alberich Magnard, Albert Roussel, Paul Le Flem ( chacun quatre symphonies et pas des moindres), sans oublier le grand négligé qu'est Maurice Emmanuel.

J'avoue qu'à la première écoute de cette intégrale des symphonies de Camille Saint-Saëns, j'ai ressenti une déception semblable à celle exprimée par une commentatrice : à part la célébrissime 3ème ou 5ème (cela dépend comment on les compte, puisqu'il y en a bel et bien 5, mais trois d'officiellement numérotées), rien qui ne me semblait mériter une grande attention : oeuvres agréables, mais de peu poids, entre redondances et joliesses, dont l'académisme touchait au conventionnel. Rien d'étonnant d'ailleurs puisque les quatre premières symphonies furent composées par Saint-Saëns entre sa 15ème et 24ème année. Seule la symphonie avec orgue date de sa pleine maturité.
Et puis, -mea culpa !- j'ai pris la peine d'écouter; pas d'entendre, d'être à l'écoute ! Comme on prend la peine de lire ! Comme on s'arrête un peu plus longuement devant un tableau, pour "voir" ce qu'il aurait à nous dire au-delà de son apparence... Et cela ne demande aucun effort, simplement de la disponibilité. Alors là oui ! Saint-Saëns m'a parlé, suivant cette détestable expression de psy amateur, mais que j'emploie à dessein, car elle exprime ma sensation. Je l'ai entendu, parce que j'écoutais ce qu'il avait à me dire. Oh, pas dupe ! J'ai entendu la musique d'un jeune musicien doué, surdoué même, maîtrisant déjà étonnamment son métier, mais rien qui rivalise avec Beethoven, ou Brahms; non,mais de la belle ouvrage, bien française, claire, fraîche, enjouée quelquefois, solennelle souvent, aimant à s'ouvrir sur de larges horizons... C'est déjà pas mal!

Et j'ai vu en Camille Saint-Saëns, une sorte d'Anatole France de la musique. Ce genre de comparaisons ou plutôt d'assimilations valent ce qu'elles valent, je le sais, pas grand chose dans l'absolu, mais elles permettent de mettre l'artiste dans une autre perspective tout en le conservant dans son époque; ces presque parfaits contemporains, Saint-Saëns (1835-1921) et Anatole France (1844-1924), aussi célèbres et honorés de leur vivant qu'on peut l'être, ayant eu droit tous deux, si je ne me trompe, à des funérailles nationales, ne furent pas des génies; ils n'ont pas bouleversé l'histoire de l'art, ni même ne l'ont enrichi extrêmement, et il semble qu'on pourrait se passer d'eux. Mais, une fois qu'on les connait, ces artistes, moins corsetés qu'on ne le croit par leur art suranné, touchent à l'esprit et au coeur, deviennent des intimes, sortes de compagnons de route; on voit en eux les fleurons, les derniers fleurons d'une esthétique, d'une culture qui après eux se perdra définitivement. Sans doute devait-elle se perdre, de par la loi de la "place au jeune!", du "faites du neuf!", du " C'est ça ! Plus de pères, rien que des fils !" comme Saint-Saëns lui-même le lança à un de ses élèves qui déclarait : "Nous ne voulons plus de maîtres !" Ce qui arriva d'ailleurs. Il n'y eut plus, il n'y a plus, de maîtres, et personne ne sait plus où est l'Art, cet Art auquel on donnait la majuscule majestative !

Alors ayons-leur de la gratitude -c'est mon cas- d'avoir tenu le flambeau de la tradition (comme le délicieux Delibes, comme Gérôme en peinture, Girault en architecture, Antonin Mercié en sculpture... entre tant d'autres), jusqu'au raz-de-marée final, inévitable, juste et profitable, sans aucune doute, mais provisoire aussi, puisque les "artistes pompiers" retrouvent leur place dans l'histoire de la musique, de la peinture, de l'architecture, de la sculpture, après des décennies de condescendance, pas au premier rang, puisque ce n'est pas le leur... Mais que serait l'histoire de l'Art sans les petits ou moyens maîtres?

Donc, si vous ne connaissez pas les quatre premières symphonies de Saint-Saëns, prenez la peine de découvrir le beau métier d'un jeune artisan de haut mérite qui fait honneur à l'art français, à son goût autant qu'à son besoin de clarté, de fraîcheur, d'élégance, de flamme... et d'esprit, un art magnifiquement servi par Jean Martinon et l'Orchestre de l'ORTF.

* On trouve encore quelques unes des symphonies de Tournemire enregistrées, magistralement d'ailleurs, par Antonio de Alméida dans la collection "Naxos Patrimoine" (évitez les versions de Pierre Bartholomée chez Valois, tellement sages et propres qu'elles en deviennent insipides). On trouve dans la même collection Naxos, Le Flem, Emmanuel, Aubert, Roger-Ducasse et bien d'autres négligés.
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Afficher les messages 1-5 sur 5 de cette discussion.
Message initial: 11 janv. 14 22:11:02 GMT+01:00
Carmen dit:
Quelle heureuse coïncidence, Ami !
Admiratrice de Camille Saint-Saëns, j'ai découvert ce disque très récemment (parmi ses symphonies, je ne connaissais que la fameuse avec orgue dont le mouvement lent, admirable, n'a rien de pompier) et je découvre ton commentaire : je partage absolument tout ce que tu en dis, et je n'ajouterai donc rien.
Merci.
Amitiés.
Carmen

En réponse à un message antérieur du 12 janv. 14 14:17:45 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 12 janv. 14 14:18:04 GMT+01:00
J'avais vu ce double CD dans tes "achats partagés", chère Carmen, et je suis bien heureux que tu sois la première à lire mon commentaire, et à l'approuver.
Merci.
Bien amicalement.
RD

Publié le 25 janv. 14 17:30:45 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 19 déc. 14 09:25:57 GMT+01:00
cacoton dit:
France et Saint-Saëns étaient tous deux agnostiques...Ceci dit, félicitations pour votre commentaire qui dénote une belle ouverture d'esprit.Cordialement.

Je me permets de combler un oubli parmi les symphonistes français que vous citez :Joseph-Guy Ropartz a écrit 6 symphonies entre 1895 et 1945.

En réponse à un message antérieur du 25 janv. 14 17:33:48 GMT+01:00
Dernière modification par l'auteur le 31 janv. 14 09:36:07 GMT+01:00
Ah bon ? J'avais lu le contraire, mais je vous fait confiance, et je corrige (ou plutôt je supprime cette remarque, loin d'être essentielle!).
Merci à vous !
Cordialement.
RD Maes

Publié le 15 févr. 14 22:17:30 GMT+01:00
Henrard dit:
VU, très beau parallèle entre ces deux auteurs prolifiques; toujours lyrique dans vos commentaires. Bravo
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